ĐĐœĐłĐ»ŃĐčŃĐșа-ŃŃĐ°ĐœŃŃĐ·ŃĐșĐ°Ń ĐșĐœŃга-бŃĐ»ŃĐœĐłĐČа
So I put him just in front of the pillar, and placed myself behind it. I then said,
Je le plaçai bien en face du pilier, sautai et me mis derriÚre le pilier, comme qui eût attendu rencontre de taureau, puis lui dis :
âJump with all your might so as to clear the stream.â
« Allons, sautez tant que vous pourrez pour atteindre ce cĂŽtĂ©-ci de lâeau. »
I had hardly finished speaking, when the poor old man, balancing himself like a goat, gave one step backwards, and then sprang with all his force. His head came with such a noise against the pillar that it sounded like a great calabash. He fell down half dead.
Ă peine avais-je dit cela, que le pauvre aveugle se balance comme un bouc, et de toute sa force saute, aprĂšs avoir reculĂ© dâun pas pour mieux prendre son Ă©lan, et va donner de la tĂȘte contre le pilier, qui rĂ©sonna aussi fort que si on y eĂ»t brisĂ© une grosse calebasse. Il tomba Ă la renverse, demi mort et la tĂȘte fendue.

âHow was it you could smell the sausage and not the post? Oh! Oh!â I shouted.
« Comment ? Vous avez flairĂ© la saucisse et vous nâavez pas flairĂ© le pilier ? Flairez-le. »
Lazaro leaves his first master.
I left him among several people who ran to help him, while I made for the gate of the town at a sharp trot, so that before nightfall I might be in Torrijos, not knowing nor caring what afterwards happened to my blind man.
Je le laissai entre les mains de beaucoup de gens qui avaient accouru pour lâassister, gagnai dâun trot la porte de la ville, et avant la tombĂ©e de la nuit me retrouvai Ă Torrijos. Je ne sus point ce que Dieu fit de lâaveugle, ni nâeus cure de le savoir.


SECOND MASTER. HOW LAZARO TOOK SERVICE WITH A CLERGYMAN, AND OF THE THINGS THAT HAPPENED TO HIM.
CHAPITRE III. COMMENT LAZARE SE MIT AU SERVICE DâUN PRĂTRE ET CE QUI LUI ADVINT ĂTANT AVEC CE MAĂTRE
The clergymanâs chest.
Next day, as I did not feel that I should be quite safe at Torrijos, I stopped at a place called Maqueda, where for my sins I took service with a clergyman. Going to him to ask for alms, he inquired whether I knew how to assist at Mass.
Le jour suivant, ne me trouvant pas en sĂ»retĂ©, je fus Ă un village quâon nomme Maqueda, oĂč mes pĂ©chĂ©s me firent rencontrer un prĂȘtre, qui, tandis que je lui demandais lâaumĂŽne, sâinforma de moi si je savais servir la messe.
I said yes, which was true, for though the blind man ill-treated me, he taught me many useful things, and one of them was this.
Je lui dis que oui, comme câĂ©tait la vĂ©ritĂ©, car, tout en me maltraitant, le misĂ©rable aveugle mâenseigna mille bonnes choses, et lâune dâelles fut celle-lĂ .
Finally the clergyman took me as his servant.
Finalement, le prĂȘtre me reçut Ă son service.
Out of the frying-pan into the fire.
I had escaped from the thunder to fall under the lightning.
JâĂ©chappai au tonnerre pour tomber dans lâĂ©clair,
For compared with this priest, the blind man was an Alexander the Great.
car mon aveugle, quoiquâil fĂ»t, comme jâai contĂ©, lâavarice mĂȘme, au prix de celui-ci Ă©tait un Alexandre.
I will say no more than that all the avarice in the world was combined in this man, but I know not whether it was naturally born in him or whether it was put on with the priestly habit.
Je ne dis rien de plus, sinon que toute la ladrerie du monde Ă©tait enfermĂ©e dans cet homme : jâignore sâil la tenait de sa nature ou sâil lâavait endossĂ©e avec lâhabit de prĂȘtrise.

He had an old chest closed with a key which he carried with him, fastened to the belt of his gown.
Il possĂ©dait un grand coffre vieux et fermĂ© par une clef quâil portait pendue Ă une aiguillette de son saye ;
When he brought the âbodigosâ from the church, they were quickly locked up in the chest, and there was nothing to eat in the house such as is to be seen in other houses, a piece of bacon, some bits of cheese on a shelf or in a cupboard, or a few pieces of bread that may have remained over from the table.
et dĂšs que lui venait de lâĂ©glise le pain de lâoffrande, il lây jetait incontinent, puis refermait le coffre. Dans toute la maison il nây avait chose Ă manger comme il y a communĂ©ment dans dâautres, quelque morceau de lard accrochĂ© Ă la cheminĂ©e, quelque fromage posĂ© sur une tablette, ou, dans lâarmoire, quelque corbeille avec des croĂ»tes de pain ramassĂ©es sur la table,
It seemed to me that the sight of such things, even if I could not have them, would have been a consolation.
car, encore que je nâen dusse pas profiter, il me semble que la seule vue de ces choses mâeĂ»t rĂ©confortĂ©.

Nothing in the clergymanâs house but an old chest, and a string of onions.
There was only a string of onions, and these were under lock and key in an upper chamber, one being allowed for every four days. If I asked for the key, to fetch the allowance, and any one else was present, he put his hand in his pocket, and gave it to me with great ceremony, telling me to take it and return at once without taking anything else;
Il y avait seulement une chaĂźne dâoignons mise sous clef dans une chambre au haut de la maison, dont il me donnait Ă raison dâun pour quatre jours. Et si, en prĂ©sence de quelquâun, je lui demandais la clef pour quĂ©rir ma ration, il mettait la main Ă sa pochette, et cĂ©rĂ©monieusement dĂ©tachait la clef, quâil me donnait en disant : « Prends-la et rends-la moi ; vous autres, ne pensez pas toujours Ă friander » ;
as if all the conserves of Valencia were there. Yet there was not a thing in the room but the onions hanging from a nail, and he kept such a strict account of them, that if I ever took more than my allowance it cost me dear.
ni plus ni moins que si toutes les conserves de Valence eussent Ă©tĂ© enfermĂ©es dans cette chambre, oĂč du diable sâil y avait, ai-je dit, autre chose que les oignons pendus Ă un clou, dont il tenait compte si Ă©troit que si, pour mon malheur, jâeusse outrepassĂ© ma ration, je lâaurais payĂ© cher.

At last I was near dead with hunger.
Finalement, je mourais de faim.
If he showed little charity to me, he treated himself as badly.
Mais si le prĂȘtre usait envers moi de peu de charitĂ©, il en avait pour lui-mĂȘme davantage.
Small bits of meat formed his usual food for dinner and supper.
Son ordinaire se montait Ă cinq blanques de viande pour dĂźner et souper.
It is true that he shared the gravy with me, but nothing more except a small piece of bread.
Il est vrai quâil partageait avec moi le potage ; mais de la viande, autant que dans mon Ćil ! Quant au pain, plĂ»t Ă Dieu quâil mâen eĂ»t donnĂ© la moitiĂ© de ce qui mâĂ©tait nĂ©cessaire.

On Saturdays they eat sheepâs head in those parts, and my master sent me for one that was to cost three maravedis.
Le samedi, on a coutume, en cette contrĂ©e, de manger des tĂȘtes de mouton. Il mâenvoyait en quĂ©rir une pour trois maravĂ©dis,
He cooked it and ate all the eyes, tongue, brains, and the meat off the cheeks, giving me the well-picked bone on a plate, and saying, âTake! Eat! Triumph! for you is the world, and you live better than the Pope.â
et aprĂšs lâavoir fait cuire et en avoir mangĂ© les yeux, la langue, le cou, la cervelle et la chair des mĂąchoires, il mâen abandonnait tous les os rongĂ©s, quâil jetait dans mon assiette, en disant : « Prends, mange, triomphe, câest Ă toi quâest le monde, tu fais meilleure chĂšre que le pape. » â
« Telle te la donne Dieu, » disais-je bas à part moi.

Lazaro was sinking into the silent tomb from hunger.
At the end of three weeks I became so weak that I could scarcely stand on my feet for hunger.
Au bout de trois semaines que je demeurai avec lui, je devins si faible que, de pure faim, je ne pouvais plus me tenir sur mes jambes.
I saw myself sinking down into the silent tomb. If God and my own intelligence had not enabled me to avail myself of ingenious tricks, there would have been no remedy for me.
Je me vis clairement sur le chemin du tombeau, si Dieu et mon savoir nây remĂ©diaient pas.
Mais pour user de mes ruses je nâavais nul moyen, ne sachant par oĂč lâattaquer, et encore que jâen eusse eu un, il ne mâaurait pas Ă©tĂ© possible de tromper le prĂȘtre comme je trompais lâaveugle, Ă qui Dieu pardonne, si de cette calebassade il est mort, car ce dernier, quoique bien retors, Ă©tait privĂ© de ce prĂ©cieux sens de la vue et ne me voyait point ; mais cet autre ! nul nâeut jamais vue plus perçante que la sienne.

Extraordinary stinginess of the clergyman.
When we were at the offertory not a single blanca was dropped into the shell without being registered by him.
Quand nous Ă©tions Ă lâoffrande, aucune blanque ne tombait dans le plat qui ne fĂ»t par lui enregistrĂ©e.
He kept one eye on the congregation and the other on my hands, moving his eyes about as if they were quicksilver.
Ses yeux, dont il tenait lâun fixĂ© sur les gens, lâautre sur mes mains, lui dansaient dans le crĂąne, comme sâils avaient Ă©tĂ© de vif argent.
He knew exactly how many blancas had been given, and as soon as the offertory was over, he took the shell from me and put it on the altar.
Toutes les blanques que donnaient les fidĂšles, il les comptait, et, lâoffrande terminĂ©e, me prenait le plat et le dĂ©posait sur lâautel.
During all the time I lived, or rather was dying in his service, I never was master of a single blanca.
De sorte que tout le temps que je vécus, ou, pour mieux dire, mourus avec lui, je ne fus pas maßtre de lui attraper une blanque.
I never brought a blanca worth of wine from a tavern, but it was put into his chest to last for a week.
De la taverne jamais je ne lui apportai pour une blanque de vin, mais ce peu dâargent de lâoffrande quâil mettait dans son grand coffre, il le mĂ©nageait de telle maniĂšre quâil en avait pour toute la semaine.
To conceal his extreme stinginess he said to me,
Et pour dissimuler sa grande mesquinerie, il me disait :
âLook here, boy! Priests have to be very frugal in eating and drinking, and for this reason I do not feed like other people.â
« Vois-tu, garçon, les prĂȘtres doivent ĂȘtre trĂšs sobres dans leur manger et leur boire, et câest pourquoi je ne me dĂ©rĂšgle pas comme dâautres. »
But he lied shamefully. For at meetings and funerals where we had to say prayers and responses, and where he could get food at the expense of others, he ate like a wolf and drank more than a proposer of toasts.
Mais le misĂ©rable mentait faussement, car aux confrĂ©ries et enterrements auxquels nous assistions, il mangeait aux dĂ©pens dâautrui comme un loup, et buvait plus quâun conjureur.
Lazaro prayed for the deaths of sick people, for the sake of the funeral feasts.
And why do I speak of funerals? God forgive me! for I never was an enemy to the human race except on those occasions.
Enterrements, ai-je dit, Dieu me le pardonne ! car jamais, sauf alors, je ne fus ennemi de la nature humaine, et câĂ©tait parce que nous y mangions, et quâon mây rassasiait.
Then we could eat well, and I wished, and even prayed to God that He would kill some one every day.
Je souhaitais et mĂȘme priais Dieu que chaque jour tuĂąt son homme.
When we gave the Sacraments to the sick, especially extreme unction, the priest was called upon to say prayers for those who were present. I was certainly not the last in prayer, for with all my heart I besought the Lord that He would take the sick man to Himself.
Et lorsque nous donnions le sacrement aux malades, spĂ©cialement lâextrĂȘme-onction, au moment oĂč le prĂȘtre commande aux assistants de prier, je nâĂ©tais certes pas le dernier Ă le faire, mais, de tout mon cĆur et de toute mon Ăąme, priais le Seigneur, non pas quâil fĂźt du malade selon sa volontĂ© comme on a coutume de dire, mais bien quâil lâemportĂąt de ce monde.
If any one recovered I devoted him to the devil a thousand times.
Et quand quelquâun Ă©chappait (Dieu me le pardonne), je le donnais mille fois au diable ;
He who died received many benedictions from me, yet the number of persons who died during the whole time I was there, which was over six months, only amounted to twenty. I verily believed that I killed them, or rather that they died in answer to my prayers, the Lord seeing how near death I was, and that their deaths gave me life.
au contraire, celui qui mourait partait avec autant de mes bĂ©nĂ©dictions. Tout le temps que je demeurai lĂ â environ six mois â vingt personnes seulement trĂ©passĂšrent, et ce fut moi, je le pense, qui les tuai, ou plutĂŽt elles moururent Ă ma requĂȘte, parce que le Seigneur, voyant ma mort terrible et continue, prenait plaisir, ce mâest avis, de les tuer pour me donner vie.

But there was no remedy, for if on the days of the funerals I lived, on the days when no one died I was starving, and I felt it all the more.
NĂ©anmoins je ne trouvais nul remĂšde au mal que jâendurais, car, si le jour que nous enterrions, je vivais, les jours quâil nây avait pas de mort, contraint, aprĂšs mâĂȘtre fait Ă la suffisance, de revenir Ă ma faim habituelle, je la sentais davantage.
So that there seemed to be no rest for me but in death; and I often desired it for myself, as well as for others.
De maniĂšre quâen rien je ne trouvais soulagement, hors en la mort, que parfois je me souhaitais ; mais je ne la voyais point venir, quoiquâelle fĂ»t perpĂ©tuellement en moi.
I frequently thought of leaving my penurious master, but two things detained me.
Souvent jâeus lâidĂ©e de quitter ce ladre maĂźtre, mais jây renonçai pour deux raisons.
The first was that I feared my legs would not carry me, so reduced was I by starvation.
Lâune, câest que je ne me fiais pas Ă mes jambes, Ă cause de la grande faiblesse que la seule faim mâavait causĂ©e ;
The other was the consideration that I had had two masters. The first starved me, the second brought me to deathâs door, and a third might finish me. It appeared that any change might be for the worse.
la seconde, parce que je considĂ©rais et disais : jâai eu deux maĂźtres, le premier me faisait mourir de faim, et, lâayant laissĂ©, jâai rencontrĂ© cet autre qui mâa conduit jusquâau bord de la fosse ; or, si je renonce Ă celui-ci et en prends un plus mauvais, il me faudra de toute nĂ©cessitĂ© pĂ©rir.
Aussi nâosais-je pas bouger, tenant pour article de foi quâĂ chaque changement je trouverais un maĂźtre pire, et quâen descendant dâun degrĂ© encore, le nom de Lazare ne retentirait plus en ce monde et quâon nây entendrait plus parler de lui.
Lazaro is saved from starvation by an angel of a locksmith.
One day when my wretched master was out, a locksmith came to the door by chance. I thought that he was an angel sent to me by the hand of God, in the dress of a workman.
Ătant donc en cette affliction (dont Dieu veuille dĂ©livrer tout fidĂšle chrĂ©tien) et me voyant, sans que jây susse donner conseil, aller de mal en pis, un jour, tandis que mon anxieux, mĂ©chant et ladre de maĂźtre Ă©tait hors du village, par aventure vint Ă ma porte un chaudronnier, que je crus ĂȘtre un ange par Dieu envoyĂ© sous cet habit.
He asked me whether I had any work for him to do.
Il me demanda si jâavais quelque chose Ă rapetasser.

Inspired by the Holy Spirit I replied:
« En moi vous trouveriez assez Ă rapetasser, et vous ne feriez pas peu en me raccoutrant », dis-je si bas quâil ne mâentendit point.
âUncle! I have lost a key, and I fear that my master will whip me. Kindly see if there are any on your bunch that will fit the lock, and I will pay you for it.â
Mais comme je nâavais pas de temps Ă perdre en gentillesses, comme illuminĂ© par le Saint-Esprit, je lui dis : « Oncle, jâai perdu une clef de ce coffre, et je crains que mon maĂźtre ne me fouette ; par votre vie, voyez si parmi celles que vous portez, vous nâen trouvez pas quelquâune qui lâouvre : je vous la paierai. »

The chest opened. The angelic locksmith began to try his keys, and soon the chest was opened, and I beheld the Lordâs gift in the form of bread.
LâangĂ©lique chaudronnier se mit alors Ă en Ă©prouver plusieurs du grand trousseau quâil portait, tandis que moi je lâaidais de mes dĂ©biles priĂšres. Et voici quâau moment oĂč jây pensais le moins, jâaperçois le coffre ouvert, et au fond, sous forme de pain, la face de Dieu, comme on dit.
âI have no money,â I said, âto give you for the key, but take what you like in payment.â
« Je nâai pas dâargent Ă vous donner pour la clef », lui dis-je, « mais payez-vous de ceci. »

He took one of the loaves that looked the best, and went away quite satisfied, leaving the key with me.
Il prit de ces pains celui qui lui plut le mieux, et, me donnant la clef, sâen fut content.
Lazaro is happy until the clergyman begins to smell a rat.
I did not touch anything, at the moment, because I did not feel the need.
Et moi je le restai davantage, mais en ce moment je ne touchai Ă rien pour quâon ne sâaperçût point de la fraude et aussi parce que, me sentant maĂźtre dâun tel bien, je me persuadai que la faim nâoserait pas sâapprocher de moi.

My wretched master came back, and, as God willed it, he did not look into the trunk which that angel had opened.
Mon misĂ©rable maĂźtre revint, et Dieu voulut quâil ne prĂźt pas garde Ă lâoffrande que lâange avait emportĂ©e.
But next day, when he had gone out, I opened my bread paradise and took a loaf between the hands and teeth. In two credos I made it invisible.
Le lendemain, lorsquâil fut sorti, jâouvris mon paradis de pain et en pris un entre les mains et les dents quâen deux credos je rendis invisible,
The clergyman counts the loaves of bread.
Not forgetting the open chest, I rejoiced to think that, with this remedy, my life would be less miserable.
nâoubliant pas de refermer le coffre. Et puis je commençai Ă balayer la maison, persuadĂ© quâavec ce remĂšde jâallais remĂ©dier Ă ma pauvre vie.

Thus I was happy with him for two days, but it was not destined that this should continue.
Avec cela je me tins en joie ce jour et le suivant ; mais je nâĂ©tais point destinĂ© Ă jouir longtemps de ce repos,
For on the third day, at the very time that I was dying of hunger, he was to be seen at our chest, counting and recounting the loaves. I dissimulated, and, in my secret prayers and devotions, I implored that he might be blinded.
car au troisiĂšme jour la fiĂšvre tierce me vint Ă point nommĂ© en la personne de celui qui me tuait de faim, quâĂ une heure indue je vis penchĂ© sur notre coffre, tournant et retournant, comptant et recomptant les pains. Je dissimulai, et, en mes secrĂštes priĂšres, dĂ©votions et supplications, je dis : « Saint Jean, fermez-lui les yeux. »
After he had been counting for a long time, he said: âIf I did not keep such an exact account I should think that some loaves have been taken from this chest. From this day I shall have a more accurate account.
AprĂšs quâil fut restĂ© un grand moment supputant le compte par jour et sur ses doigts, il dit : « Si ce coffre nâĂ©tait en lieu si sĂ»r, je dirais quâon mâa pris des pains, mais Ă partir de ce jour, je veux fermer la porte au soupçon en en tenant bon compte.
There are now nine loaves and part of another.â
Il mâen reste neuf et un morceau. » â
âNew misfortunes have come,â I said to myself, and I felt that my stomach would soon be in the same wretched state as before.
« Neuf mauvais sorts tâenvoie Dieu », rĂ©pondis-je Ă part moi. Et en lui entendant dire cela, il me sembla quâil me transperçait le cĆur comme avec un Ă©pieu de chasseur, et mon estomac commença Ă me tirailler, se sentant ramenĂ© Ă sa diĂšte passĂ©e.

When the priest went out, I opened the chest as some consolation, and when I saw the bread I began to worship it, giving it a thousand kisses. But I did not pass that day so happily as the day before.
Il sortit, tandis que moi, pour me consoler, jâouvris le coffre, et, voyant les pains, commençai Ă les adorer, sans oser y toucher. Je les comptai pour voir si par hasard le ladre ne sâĂ©tait pas trompĂ©, et trouvai le compte plus juste que je ne lâeusse voulu.
Tout ce que je pus faire fut de leur donner mille baisers, et, le plus subtilement possible, du pain entamĂ© rogner un peu Ă lâendroit de lâentame. De cette façon je passai ce jour moins joyeux que le prĂ©cĂ©dent.
As my hunger increased, so did my longing for more bread. At length God, who helps the afflicted, showed me a remedy. I said to myself:
Mais comme la faim croissait, principalement parce que mon estomac sâĂ©tait, pendant ces deux ou trois jours, habituĂ© Ă manger plus de pain, je mourais malemort, Ă ce point que, lorsque je me trouvais seul, je ne faisais autre chose que dâouvrir et fermer le coffre pour y contempler cette face de Dieu, comme disent les enfants. Toutefois ce Dieu qui secourt les affligĂ©s, me voyant en telle dĂ©tresse, suggĂ©ra Ă mon esprit un petit remĂšde. Pensant Ă part moi, je me dis :
âThis chest is old, and broken in some parts, though the holes are very small. The belief might be suggested that rats had got through these holes and had eaten some of the bread.â
« Ce coffre est vieux, grand et rompu de divers cĂŽtĂ©s, et quoiquâil nâait que de petits trous, on peut penser que des rats, y entrant, ont endommagĂ© ces pains. En retirer un tout entier nâest point chose convenable, car certes il y verrait la faute, celui qui en si grande me fait vivre. Mais ceci se souffre »,
It would not do to eat wholesale, but I began to crumble the bread over some not very valuable cloth, taking some and leaving some, and thus I got a meal.
dis-je, en Ă©miettant le pain sur une nappe pas trĂšs somptueuse qui se trouvait lĂ , prenant de lâun des pains, laissant lâautre, en sorte que de trois ou quatre je tirai quelques miettes, que je mangeai comme qui suce une dragĂ©e, et ainsi me rĂ©confortai un peu.
When the priest came to examine the damage, he did not doubt that it had been done by the rats, because it seemed to be done just in the way that rats would do it.
Quand mon maĂźtre vint pour dĂźner et ouvrit le coffre, il vit le dam, et sans doute crut que des rats lâavaient commis, car jâavais trĂšs exactement contrefait ce quâils font de coutume.
He looked over the chest from one end to the other, and saw the holes by which the rats might have entered.
Il examina le coffre dâun bout Ă lâautre et y dĂ©couvrit certains endroits par oĂč il soupçonna quâils Ă©taient entrĂ©s.
He then called to me and said: âLazaro, look! Look what damage has been done to our bread last night!â
Il mâappela et me dit : « Lazare, vois, vois, quelle persĂ©cution a souffert notre pain cette nuit. »
I appeared to be much astonished, and wondered how it could have happened.
Je fis le trĂšs Ă©tonnĂ©, lui demandant ce que ce pouvait ĂȘtre.
It was the rats.âIt is the rats,â he declared, âthey would leave us nothing.â
« Ce que câest ? Des rats, qui dĂ©vorent tout. »

We went to our meal, and even there it pleased God that I should come off well; for he gave me more than usual, including all the parts he thought the rats had touched, saying:
Nous nous mĂźmes Ă manger, et, grĂące Ă Dieu, de cela je tirai encore bon profit, car il mâĂ©chut plus de pain cette fois que la misĂšre qui mâĂ©tait habituellement rĂ©servĂ©e, le prĂȘtre ayant, avec un couteau, rĂąclĂ© toute la partie quâil croyait avoir Ă©tĂ© rongĂ©e, quâil me donna en disant :
âEat this which the rat has cleaned.â
« Mange ceci, le rat est bĂȘte propre. »
Thus the work of my hands, or rather nails, was added to my allowance.
Ce jour donc, ayant grossi ma ration du travail de mes mains, ou, pour mieux dire, de mes ongles, nous achevùmes de manger, quoique, à vrai dire, je ne commençasse jamais.
The clergyman boards up all the rat holes in the old chest.
Presently I beheld another piece of work. The wretched priest was pulling nails out of the wall, and looking for small boards with which to cover all the holes in the ancient chest.
Et aussitÎt aprÚs me vint autre sursaut, qui fut de voir mon maßtre aller anxieusement çà et là , arrachant des clous aux murs et cherchant des planchettes, avec lesquelles il cloua et boucha tous les trous du vieux coffre.
âO Lord!â I then said to myself, âto what miseries and disasters are we born, and how brief are our pleasures in this our toilsome life! I thought that by this poor little contrivance I might find a way to pass out of my misery, and I even ventured to rejoice at my good-fortune, and now my ill-luck has returned.â
« Oh ! mon Dieu, dis-je alors, à quelles misÚres, fortunes et calamités sont sujets les vivants, et combien peu durent les plaisirs de notre laborieuse vie ! Moi qui pensais, par ce pauvre et chétif remÚde, remédier à ma misÚre et en étais déjà quelque peu content et heureux !
Using all the diligence in his power, for misers as a rule are not wanting in that commodity, he shut the door of my consolation while he boarded up the holes in the chest.
Et voici quâen rĂ©veillant mon ladre de maĂźtre et lui inspirant plus de diligence quâil nâen avait naturellement (quoique telles gens pour la plupart nâen manquent jamais), ma malechance a voulu quâil fermĂąt les trous du coffre, fermant en mĂȘme temps la porte Ă mon rĂ©confort et lâouvrant Ă mes peines ! »

Thus I made my lamentation, as an end was made to the work, with many small boards and nails.
Ainsi me lamentais-je, pendant que mon inquiet charpentier, avec beaucoup de clous et de planchettes, mettait fin Ă son Ćuvre, en disant : « Ă prĂ©sent, messieurs les traĂźtres rats, il vous faut changer dâavis, car cĂ©ans vous ferez mauvaise besogne. »
âNow,â said the priest, âthe traitor rats will find little in this house, and had better leave us, for there is not a hole left large enough for a mosquito to get in.â
DĂšs quâil sortit, jâallai voir son ouvrage et trouvai quâil nâavait laissĂ© trou quelconque au vieux et triste coffre, pas mĂȘme un par oĂč pĂ»t passer un moustique.
When he was gone I opened the chest with my key without any hope of profit from doing so. There were the three or four loaves which my master thought the rats had not begun upon.
Je lâouvris avec mon inutile clef, sans espoir dây rien pouvoir prendre, et y vis les deux ou trois pains entamĂ©s, que mon maĂźtre croyait grignotĂ©s, dont je tirai quelque misĂšre, les effleurant fort dĂ©licatement, Ă la façon dâun adroit escrimeur.
Night and day I thought of some other plan, with the help of my hunger, for they say that it is an aid to invention. It certainly was so with me.
Mais comme la nĂ©cessitĂ© est une grande maĂźtresse et que la faim me tourmentait nuit et jour, je pensai au moyen de me conserver la vie ; et il me semble que pour trouver ces pauvres remĂšdes, la faim mâĂ©tait une lumiĂšre : aussi bien, dit-on, quâelle aiguise lâesprit, tandis que la satiĂ©tĂ© lâĂ©mousse, ce que jâĂ©prouvais en moi-mĂȘme.
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