201
The Life of Lazarillo de Tormes and of His Fortunes and Adversities / Vie de Lazarille de TormĂšs — ĐœĐ° Đ°ĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșаĐč і Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 3

ĐĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșа-Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșая ĐșĐœŃ–ĐłĐ°-Đ±Ń–Đ»Ń–ĐœĐłĐČа

The Life of Lazarillo de Tormes and of His Fortunes and Adversities

Vie de Lazarille de TormĂšs

So I put him just in front of the pillar, and placed myself behind it. I then said,

Je le plaçai bien en face du pilier, sautai et me mis derriÚre le pilier, comme qui eût attendu rencontre de taureau, puis lui dis :

“Jump with all your might so as to clear the stream.”

« Allons, sautez tant que vous pourrez pour atteindre ce cĂŽtĂ©-ci de l’eau. »

I had hardly finished speaking, when the poor old man, balancing himself like a goat, gave one step backwards, and then sprang with all his force. His head came with such a noise against the pillar that it sounded like a great calabash. He fell down half dead.

À peine avais-je dit cela, que le pauvre aveugle se balance comme un bouc, et de toute sa force saute, aprĂšs avoir reculĂ© d’un pas pour mieux prendre son Ă©lan, et va donner de la tĂȘte contre le pilier, qui rĂ©sonna aussi fort que si on y eĂ»t brisĂ© une grosse calebasse. Il tomba Ă  la renverse, demi mort et la tĂȘte fendue.

“How was it you could smell the sausage and not the post? Oh! Oh!” I shouted.

« Comment ? Vous avez flairĂ© la saucisse et vous n’avez pas flairĂ© le pilier ? Flairez-le. »

Lazaro leaves his first master.
I left him among several people who ran to help him, while I made for the gate of the town at a sharp trot, so that before nightfall I might be in Torrijos, not knowing nor caring what afterwards happened to my blind man.

Je le laissai entre les mains de beaucoup de gens qui avaient accouru pour l’assister, gagnai d’un trot la porte de la ville, et avant la tombĂ©e de la nuit me retrouvai Ă  Torrijos. Je ne sus point ce que Dieu fit de l’aveugle, ni n’eus cure de le savoir.

SECOND MASTER. HOW LAZARO TOOK SERVICE WITH A CLERGYMAN, AND OF THE THINGS THAT HAPPENED TO HIM.

CHAPITRE III. COMMENT LAZARE SE MIT AU SERVICE D’UN PRÊTRE ET CE QUI LUI ADVINT ÉTANT AVEC CE MAÎTRE

The clergyman’s chest.
Next day, as I did not feel that I should be quite safe at Torrijos, I stopped at a place called Maqueda, where for my sins I took service with a clergyman. Going to him to ask for alms, he inquired whether I knew how to assist at Mass.

Le jour suivant, ne me trouvant pas en sĂ»retĂ©, je fus Ă  un village qu’on nomme Maqueda, oĂč mes pĂ©chĂ©s me firent rencontrer un prĂȘtre, qui, tandis que je lui demandais l’aumĂŽne, s’informa de moi si je savais servir la messe.

I said yes, which was true, for though the blind man ill-treated me, he taught me many useful things, and one of them was this.

Je lui dis que oui, comme c’était la vĂ©ritĂ©, car, tout en me maltraitant, le misĂ©rable aveugle m’enseigna mille bonnes choses, et l’une d’elles fut celle-lĂ .

Finally the clergyman took me as his servant.

Finalement, le prĂȘtre me reçut Ă  son service.

Out of the frying-pan into the fire.
I had escaped from the thunder to fall under the lightning.

J’échappai au tonnerre pour tomber dans l’éclair,

For compared with this priest, the blind man was an Alexander the Great.

car mon aveugle, quoiqu’il fĂ»t, comme j’ai contĂ©, l’avarice mĂȘme, au prix de celui-ci Ă©tait un Alexandre.

I will say no more than that all the avarice in the world was combined in this man, but I know not whether it was naturally born in him or whether it was put on with the priestly habit.

Je ne dis rien de plus, sinon que toute la ladrerie du monde Ă©tait enfermĂ©e dans cet homme : j’ignore s’il la tenait de sa nature ou s’il l’avait endossĂ©e avec l’habit de prĂȘtrise.

He had an old chest closed with a key which he carried with him, fastened to the belt of his gown.

Il possĂ©dait un grand coffre vieux et fermĂ© par une clef qu’il portait pendue Ă  une aiguillette de son saye ;

When he brought the “bodigos” from the church, they were quickly locked up in the chest, and there was nothing to eat in the house such as is to be seen in other houses, a piece of bacon, some bits of cheese on a shelf or in a cupboard, or a few pieces of bread that may have remained over from the table.

et dĂšs que lui venait de l’église le pain de l’offrande, il l’y jetait incontinent, puis refermait le coffre. Dans toute la maison il n’y avait chose Ă  manger comme il y a communĂ©ment dans d’autres, quelque morceau de lard accrochĂ© Ă  la cheminĂ©e, quelque fromage posĂ© sur une tablette, ou, dans l’armoire, quelque corbeille avec des croĂ»tes de pain ramassĂ©es sur la table,

It seemed to me that the sight of such things, even if I could not have them, would have been a consolation.

car, encore que je n’en dusse pas profiter, il me semble que la seule vue de ces choses m’eĂ»t rĂ©confortĂ©.

Nothing in the clergyman’s house but an old chest, and a string of onions.
There was only a string of onions, and these were under lock and key in an upper chamber, one being allowed for every four days. If I asked for the key, to fetch the allowance, and any one else was present, he put his hand in his pocket, and gave it to me with great ceremony, telling me to take it and return at once without taking anything else;

Il y avait seulement une chaĂźne d’oignons mise sous clef dans une chambre au haut de la maison, dont il me donnait Ă  raison d’un pour quatre jours. Et si, en prĂ©sence de quelqu’un, je lui demandais la clef pour quĂ©rir ma ration, il mettait la main Ă  sa pochette, et cĂ©rĂ©monieusement dĂ©tachait la clef, qu’il me donnait en disant : « Prends-la et rends-la moi ; vous autres, ne pensez pas toujours Ă  friander » ;

as if all the conserves of Valencia were there. Yet there was not a thing in the room but the onions hanging from a nail, and he kept such a strict account of them, that if I ever took more than my allowance it cost me dear.

ni plus ni moins que si toutes les conserves de Valence eussent Ă©tĂ© enfermĂ©es dans cette chambre, oĂč du diable s’il y avait, ai-je dit, autre chose que les oignons pendus Ă  un clou, dont il tenait compte si Ă©troit que si, pour mon malheur, j’eusse outrepassĂ© ma ration, je l’aurais payĂ© cher.

At last I was near dead with hunger.

Finalement, je mourais de faim.

If he showed little charity to me, he treated himself as badly.

Mais si le prĂȘtre usait envers moi de peu de charitĂ©, il en avait pour lui-mĂȘme davantage.

Small bits of meat formed his usual food for dinner and supper.

Son ordinaire se montait Ă  cinq blanques de viande pour dĂźner et souper.

It is true that he shared the gravy with me, but nothing more except a small piece of bread.

Il est vrai qu’il partageait avec moi le potage ; mais de la viande, autant que dans mon Ɠil ! Quant au pain, plĂ»t Ă  Dieu qu’il m’en eĂ»t donnĂ© la moitiĂ© de ce qui m’était nĂ©cessaire.

On Saturdays they eat sheep’s head in those parts, and my master sent me for one that was to cost three maravedis.

Le samedi, on a coutume, en cette contrĂ©e, de manger des tĂȘtes de mouton. Il m’envoyait en quĂ©rir une pour trois maravĂ©dis,

He cooked it and ate all the eyes, tongue, brains, and the meat off the cheeks, giving me the well-picked bone on a plate, and saying, “Take! Eat! Triumph! for you is the world, and you live better than the Pope.”

et aprĂšs l’avoir fait cuire et en avoir mangĂ© les yeux, la langue, le cou, la cervelle et la chair des mĂąchoires, il m’en abandonnait tous les os rongĂ©s, qu’il jetait dans mon assiette, en disant : « Prends, mange, triomphe, c’est Ă  toi qu’est le monde, tu fais meilleure chĂšre que le pape. » —


« Telle te la donne Dieu, » disais-je bas à part moi.

Lazaro was sinking into the silent tomb from hunger.
At the end of three weeks I became so weak that I could scarcely stand on my feet for hunger.

Au bout de trois semaines que je demeurai avec lui, je devins si faible que, de pure faim, je ne pouvais plus me tenir sur mes jambes.

I saw myself sinking down into the silent tomb. If God and my own intelligence had not enabled me to avail myself of ingenious tricks, there would have been no remedy for me.

Je me vis clairement sur le chemin du tombeau, si Dieu et mon savoir n’y remĂ©diaient pas.


Mais pour user de mes ruses je n’avais nul moyen, ne sachant par oĂč l’attaquer, et encore que j’en eusse eu un, il ne m’aurait pas Ă©tĂ© possible de tromper le prĂȘtre comme je trompais l’aveugle, Ă  qui Dieu pardonne, si de cette calebassade il est mort, car ce dernier, quoique bien retors, Ă©tait privĂ© de ce prĂ©cieux sens de la vue et ne me voyait point ; mais cet autre ! nul n’eut jamais vue plus perçante que la sienne.

Extraordinary stinginess of the clergyman.
When we were at the offertory not a single blanca was dropped into the shell without being registered by him.

Quand nous Ă©tions Ă  l’offrande, aucune blanque ne tombait dans le plat qui ne fĂ»t par lui enregistrĂ©e.

He kept one eye on the congregation and the other on my hands, moving his eyes about as if they were quicksilver.

Ses yeux, dont il tenait l’un fixĂ© sur les gens, l’autre sur mes mains, lui dansaient dans le crĂąne, comme s’ils avaient Ă©tĂ© de vif argent.

He knew exactly how many blancas had been given, and as soon as the offertory was over, he took the shell from me and put it on the altar.

Toutes les blanques que donnaient les fidĂšles, il les comptait, et, l’offrande terminĂ©e, me prenait le plat et le dĂ©posait sur l’autel.

During all the time I lived, or rather was dying in his service, I never was master of a single blanca.

De sorte que tout le temps que je vécus, ou, pour mieux dire, mourus avec lui, je ne fus pas maßtre de lui attraper une blanque.

I never brought a blanca worth of wine from a tavern, but it was put into his chest to last for a week.

De la taverne jamais je ne lui apportai pour une blanque de vin, mais ce peu d’argent de l’offrande qu’il mettait dans son grand coffre, il le mĂ©nageait de telle maniĂšre qu’il en avait pour toute la semaine.

To conceal his extreme stinginess he said to me,

Et pour dissimuler sa grande mesquinerie, il me disait :

“Look here, boy! Priests have to be very frugal in eating and drinking, and for this reason I do not feed like other people.”

« Vois-tu, garçon, les prĂȘtres doivent ĂȘtre trĂšs sobres dans leur manger et leur boire, et c’est pourquoi je ne me dĂ©rĂšgle pas comme d’autres. »

But he lied shamefully. For at meetings and funerals where we had to say prayers and responses, and where he could get food at the expense of others, he ate like a wolf and drank more than a proposer of toasts.

Mais le misĂ©rable mentait faussement, car aux confrĂ©ries et enterrements auxquels nous assistions, il mangeait aux dĂ©pens d’autrui comme un loup, et buvait plus qu’un conjureur.

Lazaro prayed for the deaths of sick people, for the sake of the funeral feasts.
And why do I speak of funerals? God forgive me! for I never was an enemy to the human race except on those occasions.

Enterrements, ai-je dit, Dieu me le pardonne ! car jamais, sauf alors, je ne fus ennemi de la nature humaine, et c’était parce que nous y mangions, et qu’on m’y rassasiait.

Then we could eat well, and I wished, and even prayed to God that He would kill some one every day.

Je souhaitais et mĂȘme priais Dieu que chaque jour tuĂąt son homme.

When we gave the Sacraments to the sick, especially extreme unction, the priest was called upon to say prayers for those who were present. I was certainly not the last in prayer, for with all my heart I besought the Lord that He would take the sick man to Himself.

Et lorsque nous donnions le sacrement aux malades, spĂ©cialement l’extrĂȘme-onction, au moment oĂč le prĂȘtre commande aux assistants de prier, je n’étais certes pas le dernier Ă  le faire, mais, de tout mon cƓur et de toute mon Ăąme, priais le Seigneur, non pas qu’il fĂźt du malade selon sa volontĂ© comme on a coutume de dire, mais bien qu’il l’emportĂąt de ce monde.

If any one recovered I devoted him to the devil a thousand times.

Et quand quelqu’un Ă©chappait (Dieu me le pardonne), je le donnais mille fois au diable ;

He who died received many benedictions from me, yet the number of persons who died during the whole time I was there, which was over six months, only amounted to twenty. I verily believed that I killed them, or rather that they died in answer to my prayers, the Lord seeing how near death I was, and that their deaths gave me life.

au contraire, celui qui mourait partait avec autant de mes bĂ©nĂ©dictions. Tout le temps que je demeurai lĂ  — environ six mois — vingt personnes seulement trĂ©passĂšrent, et ce fut moi, je le pense, qui les tuai, ou plutĂŽt elles moururent Ă  ma requĂȘte, parce que le Seigneur, voyant ma mort terrible et continue, prenait plaisir, ce m’est avis, de les tuer pour me donner vie.

But there was no remedy, for if on the days of the funerals I lived, on the days when no one died I was starving, and I felt it all the more.

NĂ©anmoins je ne trouvais nul remĂšde au mal que j’endurais, car, si le jour que nous enterrions, je vivais, les jours qu’il n’y avait pas de mort, contraint, aprĂšs m’ĂȘtre fait Ă  la suffisance, de revenir Ă  ma faim habituelle, je la sentais davantage.

So that there seemed to be no rest for me but in death; and I often desired it for myself, as well as for others.

De maniĂšre qu’en rien je ne trouvais soulagement, hors en la mort, que parfois je me souhaitais ; mais je ne la voyais point venir, quoiqu’elle fĂ»t perpĂ©tuellement en moi.

I frequently thought of leaving my penurious master, but two things detained me.

Souvent j’eus l’idĂ©e de quitter ce ladre maĂźtre, mais j’y renonçai pour deux raisons.

The first was that I feared my legs would not carry me, so reduced was I by starvation.

L’une, c’est que je ne me fiais pas Ă  mes jambes, Ă  cause de la grande faiblesse que la seule faim m’avait causĂ©e ;

The other was the consideration that I had had two masters. The first starved me, the second brought me to death’s door, and a third might finish me. It appeared that any change might be for the worse.

la seconde, parce que je considĂ©rais et disais : j’ai eu deux maĂźtres, le premier me faisait mourir de faim, et, l’ayant laissĂ©, j’ai rencontrĂ© cet autre qui m’a conduit jusqu’au bord de la fosse ; or, si je renonce Ă  celui-ci et en prends un plus mauvais, il me faudra de toute nĂ©cessitĂ© pĂ©rir.


Aussi n’osais-je pas bouger, tenant pour article de foi qu’à chaque changement je trouverais un maĂźtre pire, et qu’en descendant d’un degrĂ© encore, le nom de Lazare ne retentirait plus en ce monde et qu’on n’y entendrait plus parler de lui.

Lazaro is saved from starvation by an angel of a locksmith.
One day when my wretched master was out, a locksmith came to the door by chance. I thought that he was an angel sent to me by the hand of God, in the dress of a workman.

Étant donc en cette affliction (dont Dieu veuille dĂ©livrer tout fidĂšle chrĂ©tien) et me voyant, sans que j’y susse donner conseil, aller de mal en pis, un jour, tandis que mon anxieux, mĂ©chant et ladre de maĂźtre Ă©tait hors du village, par aventure vint Ă  ma porte un chaudronnier, que je crus ĂȘtre un ange par Dieu envoyĂ© sous cet habit.

He asked me whether I had any work for him to do.

Il me demanda si j’avais quelque chose à rapetasser.

Inspired by the Holy Spirit I replied:

« En moi vous trouveriez assez Ă  rapetasser, et vous ne feriez pas peu en me raccoutrant », dis-je si bas qu’il ne m’entendit point.

“Uncle! I have lost a key, and I fear that my master will whip me. Kindly see if there are any on your bunch that will fit the lock, and I will pay you for it.”

Mais comme je n’avais pas de temps Ă  perdre en gentillesses, comme illuminĂ© par le Saint-Esprit, je lui dis : « Oncle, j’ai perdu une clef de ce coffre, et je crains que mon maĂźtre ne me fouette ; par votre vie, voyez si parmi celles que vous portez, vous n’en trouvez pas quelqu’une qui l’ouvre : je vous la paierai. »

The chest opened. The angelic locksmith began to try his keys, and soon the chest was opened, and I beheld the Lord’s gift in the form of bread.

L’angĂ©lique chaudronnier se mit alors Ă  en Ă©prouver plusieurs du grand trousseau qu’il portait, tandis que moi je l’aidais de mes dĂ©biles priĂšres. Et voici qu’au moment oĂč j’y pensais le moins, j’aperçois le coffre ouvert, et au fond, sous forme de pain, la face de Dieu, comme on dit.

“I have no money,” I said, “to give you for the key, but take what you like in payment.”

« Je n’ai pas d’argent Ă  vous donner pour la clef », lui dis-je, « mais payez-vous de ceci. »

He took one of the loaves that looked the best, and went away quite satisfied, leaving the key with me.

Il prit de ces pains celui qui lui plut le mieux, et, me donnant la clef, s’en fut content.

Lazaro is happy until the clergyman begins to smell a rat.
I did not touch anything, at the moment, because I did not feel the need.

Et moi je le restai davantage, mais en ce moment je ne touchai Ă  rien pour qu’on ne s’aperçût point de la fraude et aussi parce que, me sentant maĂźtre d’un tel bien, je me persuadai que la faim n’oserait pas s’approcher de moi.

My wretched master came back, and, as God willed it, he did not look into the trunk which that angel had opened.

Mon misĂ©rable maĂźtre revint, et Dieu voulut qu’il ne prĂźt pas garde Ă  l’offrande que l’ange avait emportĂ©e.

But next day, when he had gone out, I opened my bread paradise and took a loaf between the hands and teeth. In two credos I made it invisible.

Le lendemain, lorsqu’il fut sorti, j’ouvris mon paradis de pain et en pris un entre les mains et les dents qu’en deux credos je rendis invisible,

The clergyman counts the loaves of bread.
Not forgetting the open chest, I rejoiced to think that, with this remedy, my life would be less miserable.

n’oubliant pas de refermer le coffre. Et puis je commençai Ă  balayer la maison, persuadĂ© qu’avec ce remĂšde j’allais remĂ©dier Ă  ma pauvre vie.

Thus I was happy with him for two days, but it was not destined that this should continue.

Avec cela je me tins en joie ce jour et le suivant ; mais je n’étais point destinĂ© Ă  jouir longtemps de ce repos,

For on the third day, at the very time that I was dying of hunger, he was to be seen at our chest, counting and recounting the loaves. I dissimulated, and, in my secret prayers and devotions, I implored that he might be blinded.

car au troisiĂšme jour la fiĂšvre tierce me vint Ă  point nommĂ© en la personne de celui qui me tuait de faim, qu’à une heure indue je vis penchĂ© sur notre coffre, tournant et retournant, comptant et recomptant les pains. Je dissimulai, et, en mes secrĂštes priĂšres, dĂ©votions et supplications, je dis : « Saint Jean, fermez-lui les yeux. »

After he had been counting for a long time, he said: “If I did not keep such an exact account I should think that some loaves have been taken from this chest. From this day I shall have a more accurate account.

AprĂšs qu’il fut restĂ© un grand moment supputant le compte par jour et sur ses doigts, il dit : « Si ce coffre n’était en lieu si sĂ»r, je dirais qu’on m’a pris des pains, mais Ă  partir de ce jour, je veux fermer la porte au soupçon en en tenant bon compte.

There are now nine loaves and part of another.”

Il m’en reste neuf et un morceau. » —

“New misfortunes have come,” I said to myself, and I felt that my stomach would soon be in the same wretched state as before.

« Neuf mauvais sorts t’envoie Dieu », rĂ©pondis-je Ă  part moi. Et en lui entendant dire cela, il me sembla qu’il me transperçait le cƓur comme avec un Ă©pieu de chasseur, et mon estomac commença Ă  me tirailler, se sentant ramenĂ© Ă  sa diĂšte passĂ©e.

When the priest went out, I opened the chest as some consolation, and when I saw the bread I began to worship it, giving it a thousand kisses. But I did not pass that day so happily as the day before.

Il sortit, tandis que moi, pour me consoler, j’ouvris le coffre, et, voyant les pains, commençai Ă  les adorer, sans oser y toucher. Je les comptai pour voir si par hasard le ladre ne s’était pas trompĂ©, et trouvai le compte plus juste que je ne l’eusse voulu.


Tout ce que je pus faire fut de leur donner mille baisers, et, le plus subtilement possible, du pain entamĂ© rogner un peu Ă  l’endroit de l’entame. De cette façon je passai ce jour moins joyeux que le prĂ©cĂ©dent.

As my hunger increased, so did my longing for more bread. At length God, who helps the afflicted, showed me a remedy. I said to myself:

Mais comme la faim croissait, principalement parce que mon estomac s’était, pendant ces deux ou trois jours, habituĂ© Ă  manger plus de pain, je mourais malemort, Ă  ce point que, lorsque je me trouvais seul, je ne faisais autre chose que d’ouvrir et fermer le coffre pour y contempler cette face de Dieu, comme disent les enfants. Toutefois ce Dieu qui secourt les affligĂ©s, me voyant en telle dĂ©tresse, suggĂ©ra Ă  mon esprit un petit remĂšde. Pensant Ă  part moi, je me dis :

“This chest is old, and broken in some parts, though the holes are very small. The belief might be suggested that rats had got through these holes and had eaten some of the bread.”

« Ce coffre est vieux, grand et rompu de divers cĂŽtĂ©s, et quoiqu’il n’ait que de petits trous, on peut penser que des rats, y entrant, ont endommagĂ© ces pains. En retirer un tout entier n’est point chose convenable, car certes il y verrait la faute, celui qui en si grande me fait vivre. Mais ceci se souffre »,

It would not do to eat wholesale, but I began to crumble the bread over some not very valuable cloth, taking some and leaving some, and thus I got a meal.

dis-je, en Ă©miettant le pain sur une nappe pas trĂšs somptueuse qui se trouvait lĂ , prenant de l’un des pains, laissant l’autre, en sorte que de trois ou quatre je tirai quelques miettes, que je mangeai comme qui suce une dragĂ©e, et ainsi me rĂ©confortai un peu.

When the priest came to examine the damage, he did not doubt that it had been done by the rats, because it seemed to be done just in the way that rats would do it.

Quand mon maütre vint pour düner et ouvrit le coffre, il vit le dam, et sans doute crut que des rats l’avaient commis, car j’avais trùs exactement contrefait ce qu’ils font de coutume.

He looked over the chest from one end to the other, and saw the holes by which the rats might have entered.

Il examina le coffre d’un bout Ă  l’autre et y dĂ©couvrit certains endroits par oĂč il soupçonna qu’ils Ă©taient entrĂ©s.

He then called to me and said: “Lazaro, look! Look what damage has been done to our bread last night!”

Il m’appela et me dit : « Lazare, vois, vois, quelle persĂ©cution a souffert notre pain cette nuit. »

I appeared to be much astonished, and wondered how it could have happened.

Je fis le trĂšs Ă©tonnĂ©, lui demandant ce que ce pouvait ĂȘtre.

It was the rats.“It is the rats,” he declared, “they would leave us nothing.”

« Ce que c’est ? Des rats, qui dĂ©vorent tout. »

We went to our meal, and even there it pleased God that I should come off well; for he gave me more than usual, including all the parts he thought the rats had touched, saying:

Nous nous mĂźmes Ă  manger, et, grĂące Ă  Dieu, de cela je tirai encore bon profit, car il m’échut plus de pain cette fois que la misĂšre qui m’était habituellement rĂ©servĂ©e, le prĂȘtre ayant, avec un couteau, rĂąclĂ© toute la partie qu’il croyait avoir Ă©tĂ© rongĂ©e, qu’il me donna en disant :

“Eat this which the rat has cleaned.”

« Mange ceci, le rat est bĂȘte propre. »

Thus the work of my hands, or rather nails, was added to my allowance.

Ce jour donc, ayant grossi ma ration du travail de mes mains, ou, pour mieux dire, de mes ongles, nous achevùmes de manger, quoique, à vrai dire, je ne commençasse jamais.

The clergyman boards up all the rat holes in the old chest.
Presently I beheld another piece of work. The wretched priest was pulling nails out of the wall, and looking for small boards with which to cover all the holes in the ancient chest.

Et aussitÎt aprÚs me vint autre sursaut, qui fut de voir mon maßtre aller anxieusement çà et là, arrachant des clous aux murs et cherchant des planchettes, avec lesquelles il cloua et boucha tous les trous du vieux coffre.

“O Lord!” I then said to myself, “to what miseries and disasters are we born, and how brief are our pleasures in this our toilsome life! I thought that by this poor little contrivance I might find a way to pass out of my misery, and I even ventured to rejoice at my good-fortune, and now my ill-luck has returned.”

« Oh ! mon Dieu, dis-je alors, à quelles misÚres, fortunes et calamités sont sujets les vivants, et combien peu durent les plaisirs de notre laborieuse vie ! Moi qui pensais, par ce pauvre et chétif remÚde, remédier à ma misÚre et en étais déjà quelque peu content et heureux !

Using all the diligence in his power, for misers as a rule are not wanting in that commodity, he shut the door of my consolation while he boarded up the holes in the chest.

Et voici qu’en rĂ©veillant mon ladre de maĂźtre et lui inspirant plus de diligence qu’il n’en avait naturellement (quoique telles gens pour la plupart n’en manquent jamais), ma malechance a voulu qu’il fermĂąt les trous du coffre, fermant en mĂȘme temps la porte Ă  mon rĂ©confort et l’ouvrant Ă  mes peines ! »

Thus I made my lamentation, as an end was made to the work, with many small boards and nails.

Ainsi me lamentais-je, pendant que mon inquiet charpentier, avec beaucoup de clous et de planchettes, mettait fin Ă  son Ɠuvre, en disant : « À prĂ©sent, messieurs les traĂźtres rats, il vous faut changer d’avis, car cĂ©ans vous ferez mauvaise besogne. »

“Now,” said the priest, “the traitor rats will find little in this house, and had better leave us, for there is not a hole left large enough for a mosquito to get in.”

DĂšs qu’il sortit, j’allai voir son ouvrage et trouvai qu’il n’avait laissĂ© trou quelconque au vieux et triste coffre, pas mĂȘme un par oĂč pĂ»t passer un moustique.

When he was gone I opened the chest with my key without any hope of profit from doing so. There were the three or four loaves which my master thought the rats had not begun upon.

Je l’ouvris avec mon inutile clef, sans espoir d’y rien pouvoir prendre, et y vis les deux ou trois pains entamĂ©s, que mon maĂźtre croyait grignotĂ©s, dont je tirai quelque misĂšre, les effleurant fort dĂ©licatement, Ă  la façon d’un adroit escrimeur.

Night and day I thought of some other plan, with the help of my hunger, for they say that it is an aid to invention. It certainly was so with me.

Mais comme la nĂ©cessitĂ© est une grande maĂźtresse et que la faim me tourmentait nuit et jour, je pensai au moyen de me conserver la vie ; et il me semble que pour trouver ces pauvres remĂšdes, la faim m’était une lumiĂšre : aussi bien, dit-on, qu’elle aiguise l’esprit, tandis que la satiĂ©tĂ© l’émousse, ce que j’éprouvais en moi-mĂȘme.

РэĐșĐ»Đ°ĐŒĐ°