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RomĂ©o et Juliette / Romeo and Juliet — ĐœĐ° Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč і Đ°ĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 7

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William Shakespeare

Roméo et Juliette

William Shakespeare

Romeo and Juliet

MERCUTIO.
Rien qu’un mot ? Accouplez-le à quelque chose : donnez le mot et le coup.

Mercutio
And but one word with one of us? couple it with something; make it a word and a blow.

TYBALT.
Vous m’y trouverez assez disposĂ©, messire, pour peu que vous m’en fournissiez l’occasion.

Tybalt
You shall find me apt enough to that, sir, an you will give me occasion.

MERCUTIO.
Ne pourriez-vous pas prendre l’occasion sans qu’on vous la fournüt ?

Mercutio
Could you not take some occasion without giving?

TYBALT.
Mercutio, tu es de concert avec Roméo


Tybalt
Mercutio, thou consort’st with Romeo⁠—

MERCUTIO.
De concert ! Comment ! nous prends-tu pour des mĂ©nestrels ? Si tu fais de nous des mĂ©nestrels, prĂ©pare toi Ă  n’entendre que dĂ©saccords.
Mettant la main sur son épée.
Voici mon archet ; voici qui vous fera danser. Sang-dieu, de concert !

Mercutio
Consort! what, dost thou make us minstrels? an thou make minstrels of us, look to hear nothing but discords: here’s my fiddlestick; here’s that shall make you dance. ’Zounds, consort!

BENVOLIO.
— Nous parlons ici sur la promenade publique ; — ou retirons-nous dans quelque lieu Ă©cartĂ©, — ou raisonnons froidement de nos griefs, — ou enfin sĂ©parons-nous. Ici tous les yeux se fixent sur nous.

Benvolio
We talk here in the public haunt of men:
Either withdraw unto some private place,
And reason coldly of your grievances,
Or else depart; here all eyes gaze on us.

MERCUTIO.
— Les yeux des hommes sont faits pour voir : laissons-les se fixer sur nous : — aucune volontĂ© humaine ne me fera bouger, moi !

Mercutio
Men’s eyes were made to look, and let them gaze;
I will not budge for no man’s pleasure, I.

Entre Roméo.

Enter Romeo.

TYBALT, Ă  Mercutio.
— Allons, la paix soit avec vous, messire !
Montrant Roméo.
Voici mon homme.

Tybalt
Well, peace be with you, sir: here comes my man.

MERCUTIO.
— Je veux ĂȘtre pendu, messire, si celui-lĂ  porte votre livrĂ©e : — morbleu, allez sur le terrain, il sera de votre suite ; — c’est dans ce sens-lĂ  que Votre Seigneurie peut l’appeler son homme.

Mercutio
But I’ll be hang’d, sir, if he wear your livery:
Marry, go before to field, he’ll be your follower;
Your worship in that sense may call him “man.”

TYBALT.
— RomĂ©o, l’amour que je te porte ne me fournit pas — de terme meilleur que celui-ci : Tu es un infĂąme !

Tybalt
Romeo, the hate I bear thee can afford
No better term than this⁠—thou art a villain.

ROMÉO.
— Tybalt, les raisons que j’ai de t’aimer — me font excuser la rage qui Ă©clate — par un tel salut 
 Je ne suis pas un infĂąme
 — Ainsi, adieu : je vois que tu ne me connais pas.
Il va pour sortir.

Romeo
Tybalt, the reason that I have to love thee
Doth much excuse the appertaining rage
To such a greeting: villain am I none;
Therefore farewell; I see thou know’st me not.

TYBALT.
— Enfant, ceci ne saurait excuser les injures — que tu m’as faites : tourne-toi donc, et en garde !

Tybalt
Boy, this shall not excuse the injuries
That thou hast done me; therefore turn and draw.

ROMÉO.
— Je proteste que je ne t’ai jamais fait injure, — et que je t’aime d’une affection dont tu n’auras idĂ©e — que le jour oĂč tu en connaĂźtras les motifs
 — Ainsi, bon Capulet
 (ce nom m’est — aussi cher que le mien), tiens-toi pour satisfait.

Romeo
I do protest, I never injured thee,
But love thee better than thou canst devise,
Till thou shalt know the reason of my love:
And so, good Capulet⁠—which name I tender
As dearly as my own⁠—be satisfied.

MERCUTIO.
— Ô froide, dĂ©shonorante, ignoble soumission ! — Une estocade pour rĂ©parer cela !

Mercutio
O calm, dishonourable, vile submission!
Alla stoccata carries it away.

Il met l’épĂ©e Ă  la main.

Draws.

— Tybalt, tueur de rats, voulez-vous faire un tour ? —

Tybalt, you rat-catcher, will you walk?

TYBALT.
Que veux-tu de moi ?

Tybalt
What wouldst thou have with me?

MERCUTIO.
Rien, bon roi des chats, rien qu’une de vos neuf vies ; celle-lĂ , j’entends m’en rĂ©galer, me rĂ©servant, selon votre conduite future Ă  mon Ă©gard, de mettre en hachis les huit autres. Tirez donc vite votre Ă©pĂ©e par les oreilles, ou, avant qu’elle soit hors de l’étui, vos oreilles sentiront la mienne.

Mercutio
Good king of cats, nothing but one of your nine lives; that I mean to make bold withal, and, as you shall use me hereafter, dry-beat the rest of the eight. Will you pluck your sword out of his pilcher by the ears? make haste, lest mine be about your ears ere it be out.

TYBALT, l’épĂ©e Ă  la main.
— Je suis à vous.

Tybalt
I am for you.


Drawing.

ROMÉO.
Mon bon Mercutio, remets ton épée.

Romeo
Gentle Mercutio, put thy rapier up.

MERCUTIO, Ă  Tybalt.
— Allons, messire, votre meilleure passe !

Mercutio
Come, sir, your passado.

Ils se battent.

They fight.

ROMÉO.
— DĂ©gaine, Benvolio, et abattons leurs armes
 — Messieurs, par pudeur, reculez devant un tel outrage : — Tybalt ! Mercutio ! Le prince a expressĂ©ment — interdit les rixes dans les rues de VĂ©rone
 — ArrĂȘtez, Tybalt ! cher Mercutio !

Romeo
Draw, Benvolio; beat down their weapons.
Gentlemen, for shame, forbear this outrage!
Tybalt, Mercutio, the prince expressly hath
Forbidden bandying in Verona streets:
Hold, Tybalt! good Mercutio!

RomĂ©o Ă©tend son Ă©pĂ©e entre les combattants. Tybalt atteint Mercutio par-dessous le bras de RomĂ©o et s’enfuit avec ses partisans.

Tybalt under Romeo’s arm stabs Mercutio, and flies with his followers.

MERCUTIO.
Je suis blessé  — MalĂ©diction sur les deux maisons !
 Je suis expĂ©dié  — Il est parti ! Est-ce qu’il n’a rien ?
Il chancelle.

Mercutio
I am hurt.
A plague o’ both your houses! I am sped.
Is he gone, and hath nothing?

BENVOLIO, soutenant Mercutio.
Quoi, es-tu blessé ?

Benvolio
What, art thou hurt?

MERCUTIO.
— Oui, oui, une Ă©gratignure, une Ă©gratignure ; morbleu, c’est bien suffisant
 — OĂč est mon page ? Maraud, va me chercher un chirurgien.

Mercutio
Ay, ay, a scratch, a scratch; marry, ’tis enough.
Where is my page? Go, villain, fetch a surgeon.

Le page sort.

Exit Page.

ROMÉO.
Courage, ami : la blessure ne peut ĂȘtre sĂ©rieuse.

Romeo
Courage, man; the hurt cannot be much.

MERCUTIO.
Non, elle n’est pas aussi profonde qu’un puits, ni aussi large qu’une porte d’église ! mais elle est suffisante, elle peut compter : demandez Ă  me voir demain, et, quand vous me retrouverez, j’aurai la gravitĂ© que donne la biĂšre. Je suis poivrĂ©, je vous le garantis, assez pour ce bas monde
 MalĂ©diction sur vos deux maisons !
 Moi, un homme, ĂȘtre Ă©gratignĂ© Ă  mort par un chien, un rat, une souris, un chat ! par un fier-Ă -bras, un gueux, un maroufle qui ne se bat que par rĂšgle d’arithmĂ©tique !
À RomĂ©o.
Pourquoi diable vous ĂȘtes-vous mis entre nous ? J’ai reçu le coup par-dessous votre bras.

Mercutio
No, ’tis not so deep as a well, nor so wide as a church-door; but ’tis enough, ’twill serve: ask for me to-morrow, and you shall find me a grave man. I am peppered, I warrant, for this world. A plague o’ both your houses! ’Zounds, a dog, a rat, a mouse, a cat, to scratch a man to death! a braggart, a rogue, a villain, that fights by the book of arithmetic! Why the devil came you between us? I was hurt under your arm.

ROMÉO.
J’ai cru faire pour le mieux.

Romeo
I thought all for the best.

MERCUTIO.
— Aide-moi jusqu’à une maison, Benvolio, — ou je vais dĂ©faillir
 MalĂ©diction sur vos deux maisons ! — Elles ont fait de moi de la viande Ă  vermine
 — Oh ! j’ai reçu mon affaire, et bien Ă  fond
 Vos maisons !


Mercutio
Help me into some house, Benvolio,
Or I shall faint. A plague o’ both your houses!
They have made worms’ meat of me: I have it,
And soundly too: your houses!

Mercutio sort, soutenu par Benvolio.

Exeunt Mercutio and Benvolio.

ROMÉO, seul.
— Donc un bon gentilhomme, le proche parent du prince, — mon intime ami, a reçu le coup mortel — pour moi, aprĂšs l’outrage dĂ©shonorant — fait Ă  ma rĂ©putation par Tybalt, par Tybalt, qui depuis une heure — est mon cousin !
 Ô ma douce Juliette, — ta beautĂ© m’a effĂ©minĂ© ; — elle a amolli la trempe d’acier de ma valeur !

Romeo
This gentleman, the prince’s near ally,
My very friend, hath got his mortal hurt
In my behalf; my reputation stain’d
With Tybalt’s slander⁠—Tybalt, that an hour
Hath been my kinsman! O sweet Juliet,
Thy beauty hath made me effeminate
And in my temper soften’d valour’s steel!

Rentre Benvolio.

Re-enter Benvolio.

BENVOLIO.
— Ô RomĂ©o, RomĂ©o ! le brave Mercutio est mort : — Ce galant esprit a aspirĂ© la nuĂ©e, — trop tĂŽt dĂ©goĂ»tĂ© de cette terre.

Benvolio
O Romeo, Romeo, brave Mercutio’s dead!
That gallant spirit hath aspired the clouds,
Which too untimely here did scorn the earth.

ROMÉO.
— Ce jour fera peser sur les jours Ă  venir sa sombre fatalitĂ© : — il commence le malheur, d’autres doivent l’achever.
Rentre Tybalt.

Romeo
This day’s black fate on more days doth depend;
This but begins the woe others must end.

BENVOLIO.
— Voici le furieux Tybalt qui revient.

Benvolio
Here comes the furious Tybalt back again.

ROMÉO.
— Vivant ! triomphant ! et Mercutio tuĂ© ! — Remonte au ciel, circonspecte indulgence, — et toi, furie Ă  l’Ɠil de flamme, sois mon guide maintenant !

Romeo
Alive, in triumph! and Mercutio slain!
Away to heaven, respective lenity,
And fire-eyed fury be my conduct now!


Re-enter Tybalt.

— Ah ! Tybalt, reprends pour toi ce nom d’infĂąme — que tu m’as donnĂ© tout Ă  l’heure : l’ñme de Mercutio — n’a fait que peu de chemin au-dessus de nos tĂȘtes, — elle attend que la tienne vienne lui tenir compagnie. — Il faut que toi ou moi, ou tous deux, nous allions le rejoindre.

Now, Tybalt, take the villain back again,
That late thou gavest me; for Mercutio’s soul
Is but a little way above our heads,
Staying for thine to keep him company:
Either thou, or I, or both, must go with him.

TYBALT.
— MisĂ©rable enfant, tu Ă©tais son camarade ici-bas : — c’est toi qui partiras d’ici avec lui.

Tybalt
Thou, wretched boy, that didst consort him here,
Shalt with him hence.

ROMÉO, mettant l’épĂ©e Ă  la main.
Voici qui en décidera.

Romeo
This shall determine that.

Ils se battent. Tybalt tombe.

They fight; Tybalt falls.

BENVOLIO.
— Fuis, RomĂ©o, va-t’en ! — Les citoyens sont sur pied, et Tybalt est tué  — Ne reste pas lĂ  stupĂ©fait. Le prince va te condamner Ă  mort, — si tu es pris
 Hors d’ici ! va-t’en ! fuis !

Benvolio
Romeo, away, be gone!
The citizens are up, and Tybalt slain.
Stand not amazed: the prince will doom thee death,
If thou art taken: hence, be gone, away!

ROMÉO.
— Oh ! je suis le bouffon de la fortune !

Romeo
O, I am fortune’s fool!

BENVOLIO.
Qu’attends-tu donc ?

Benvolio
Why dost thou stay?

RomĂ©o s’enfuit.

Exit Romeo.

Entre une foule de citoyens armés.

Enter Citizens, etc.

PREMIER CITOYEN.
— Par oĂč s’est enfui celui qui a tuĂ© Mercutio ? — Tybalt, ce meurtrier par oĂč s’est-il enfui ?

First Citizen
Which way ran he that kill’d Mercutio?
Tybalt, that murderer, which way ran he?

BENVOLIO.
— Ce Tybalt, le voici à terre !

Benvolio
There lies that Tybalt.

PREMIER CITOYEN.
Debout, monsieur, suivez-moi : — je vous somme de m’obĂ©ir au nom du prince.

First Citizen
Up, sir, go with me;
I charge thee in the princes name, obey.

Entrent le prince et sa suite, Montague, Capulet, lady Montague, lady Capulet et d’autres.

Enter Prince, attended; Montague, Capulet, their Wives, and others.

LE PRINCE.
— OĂč sont les vils promoteurs de cette rixe ?

Prince
Where are the vile beginners of this fray?

BENVOLIO.
— Ô noble prince, je puis te rĂ©vĂ©ler toutes — les circonstances douloureuses de cette fatale querelle.
Montrant le corps de Tybalt.
— Voici l’homme qui a Ă©tĂ© tuĂ© par le jeune RomĂ©o, — aprĂšs avoir tuĂ© ton parent, le jeune Mercutio.

Benvolio
O noble prince, I can discover all
The unlucky manage of this fatal brawl:
There lies the man, slain by young Romeo,
That slew thy kinsman, brave Mercutio.

LADY CAPULET, se penchant sur le corps.
— Tybalt, mon neveu !
 Oh ! l’enfant de mon frĂšre ! — Oh ! prince !
 Oh ! mon neveu !
 mon mari ! C’est le sang — de notre cher parent qui a coulĂ© !
 Prince, si tu es juste, — verse le sang des Montagues pour venger notre sang
 — Oh ! mon neveu ! mon neveu !

Lady Capulet
Tybalt, my cousin! O my brother’s child!
O prince! O cousin! husband! O, the blood is spilt
Of my dear kinsman! Prince, as thou art true,
For blood of ours, shed blood of Montague.
O cousin, cousin!

LE PRINCE.
— Benvolio, qui a commencĂ© cette rixe ?

Prince
Benvolio, who began this bloody fray?

BENVOLIO.
— Tybalt, que vous voyez ici, tuĂ© de la main de RomĂ©o. — En vain RomĂ©o lui parlait sagement, lui disait de rĂ©flĂ©chir — Ă  la futilitĂ© de la querelle, et le mettait en garde — contre votre auguste dĂ©plaisir
 Tout cela, dit d’une voix affable, d’un air calme, avec l’humilitĂ© d’un suppliant agenouillĂ©, — n’a pu faire trĂȘve Ă  la fureur indomptable — de Tybalt, qui, sourd aux paroles de paix, a brandi — la pointe de son Ă©pĂ©e contre la poitrine de l’intrĂ©pide Mercutio. — Mercutio, tout aussi exaltĂ©, oppose le fer au fer dans ce duel Ă  outrance ; avec un dĂ©dain martial, il Ă©carte d’une main — la froide mort et de l’autre la retourne — contre Tybalt, dont la dextĂ©ritĂ© — la lui renvoie ; RomĂ©o leur crie : — ArrĂȘtez, amis ! amis, sĂ©parez-vous ! et, d’un geste — plus rapide que sa parole, il abat les pointes fatales. — Au moment oĂč il s’élance entre eux, passe sous son bras mĂȘme — une botte perfide de Tybalt qui frappe mortellement — le fougueux Mercutio. Tybalt s’enfuit alors, — puis tout Ă  coup revient sur RomĂ©o, — qui depuis un instant n’écoute plus que la vengeance. — Leur lutte a Ă©tĂ© un Ă©clair, car, avant que — j’aie pu dĂ©gainer pour les sĂ©parer, le fougueux Tybalt Ă©tait tuĂ©. — En le voyant tomber, RomĂ©o s’est enfui. — Que Benvolio meure si telle n’est pas la vĂ©ritĂ© !

Benvolio
Tybalt, here slain, whom Romeo’s hand did slay;
Romeo that spoke him fair, bade him bethink
How nice the quarrel was, and urged withal
Your high displeasure: all this uttered
With gentle breath, calm look, knees humbly bow’d,
Could not take truce with the unruly spleen
Of Tybalt deaf to peace, but that he tilts
With piercing steel at bold Mercutio’s breast,
Who, all as hot, turns deadly point to point,
And, with a martial scorn, with one hand beats
Cold death aside, and with the other sends
It back to Tybalt, whose dexterity
Retorts it: Romeo he cries aloud,
“Hold, friends! friends, part!” and, swifter than his tongue,
His agile arm beats down their fatal points,
And ’twixt them rushes; underneath whose arm
An envious thrust from Tybalt hit the life
Of stout Mercutio, and then Tybalt fled;
But by and by comes back to Romeo,
Who had but newly entertain’d revenge,
And to’t they go like lightning, for, ere I
Could draw to part them, was stout Tybalt slain,
And, as he fell, did Romeo turn and fly.
This is the truth, or let Benvolio die.

LADY CAPULET, désignant Benvolio.
— Il est parent des Montagues ; — l’affection le fait mentir, il ne dit pas la vĂ©ritĂ© ! — Une vingtaine d’entre eux se sont liguĂ©s pour cette lutte criminelle, — et il a fallu qu’ils fussent vingt pour tuer un seul homme ! — Je demande justice, fais-nous justice, prince. — RomĂ©o a tuĂ© Tybalt ; RomĂ©o ne doit plus vivre.

Lady Capulet
He is a kinsman to the Montague;
Affection makes him false; he speaks not true:
Some twenty of them fought in this black strife,
And all those twenty could but kill one life.
I beg for justice, which thou, prince, must give;
Romeo slew Tybalt, Romeo must not live.

LE PRINCE.
— RomĂ©o a tuĂ© Tybalt, mais Tybalt a tuĂ© Mercutio : — qui maintenant me payera le prix d’un sang si cher ?

Prince
Romeo slew him, he slew Mercutio;
Who now the price of his dear blood doth owe?

MONTAGUE.
— Ce ne doit pas ĂȘtre RomĂ©o, prince, il Ă©tait l’ami de Mercutio. — Sa faute n’a fait que terminer ce que la loi eĂ»t tranchĂ©, — la vie de Tybalt.

Montague
Not Romeo, prince, he was Mercutio’s friend;
His fault concludes but what the law should end,
The life of Tybalt.

LE PRINCE.
Et, pour cette offense, — nous l’exilons sur-le-champ. — Je suis moi-mĂȘme victime de vos haines ; — mon sang coule pour vos brutales disputes ; — mais je vous imposerai une si rude amende — que vous vous repentirez tous du malheur dont je souffre. — Je serai sourd aux plaidoyers et aux excuses ; — ni larmes ni priĂšres ne rachĂšteront les torts ; — elles sont donc inutiles. Que RomĂ©o se hĂąte de partir ; — l’heure oĂč on le trouverait ici serait pour lui la derniĂšre. — Qu’on emporte ce corps et qu’on dĂ©fĂšre Ă  notre volontĂ© : — la clĂ©mence ne fait qu’assassiner en pardonnant Ă  ceux qui tuent.

Prince
And for that offence
Immediately we do exile him hence:
I have an interest in your hate’s proceeding,
My blood for your rude brawls doth lie a-bleeding;
But I’ll amerce you with so strong a fine
That you shall all repent the loss of mine:
I will be deaf to pleading and excuses;
Nor tears nor prayers shall purchase out abuses:
Therefore use none: let Romeo hence in haste,
Else, when he’s found, that hour is his last.
Bear hence this body and attend our will:
Mercy but murders, pardoning those that kill.


Exeunt.

SCÈNE XIII.

Scene II

L’appartement de Juliette.

Capulet’s orchard.

Entre Juliette.

Enter Juliet.

JULIETTE.
— Retournez au galop, vous coursiers aux pieds de flamme, — vers le logis de PhĂ©bus ; dĂ©jĂ  un cocher — comme PhaĂ©ton vous aurait lancĂ©s dans l’ouest — et aurait ramenĂ© la nuit nĂ©buleuse
 — Étends ton Ă©pais rideau, nuit vouĂ©e Ă  l’amour, — que les yeux de la rumeur se ferment et que RomĂ©o — bondisse dans mes bras, ignorĂ©, inaperçu ! — Pour accomplir leurs amoureux devoirs, les amants y voient assez — Ă  la seule lueur de leur beautĂ© ; et, si l’amour est aveugle, — il s’accorde d’autant mieux avec la nuit
 Viens, nuit solennelle, — matrone au sobre vĂȘtement noir, — apprends-moi Ă  perdre, en la gagnant, cette partie — qui aura pour enjeux deux virginitĂ©s sans tache ; — cache le sang hagard qui se dĂ©bat dans mes joues, — avec ton noir chaperon, jusqu’à ce que le timide amour, devenu plus hardi, — ne voie plus que chastetĂ© dans l’acte de l’amour ! — À moi, nuit ! Viens, RomĂ©o, viens : tu feras le jour de la nuit, — quand tu arriveras sur les ailes de la nuit, — plus Ă©clatant que la neige nouvelle sur le dos du corbeau. — Viens, gentille nuit ; viens, chĂšre nuit au front noir, — donne-moi mon RomĂ©o, et, quand il sera mort, — prends-le et coupe-le en petites Ă©toiles, — et il rendra la face du ciel si splendide — que tout l’univers sera amoureux de la nuit — et refusera son culte Ă  l’aveuglant soleil
 — Oh ! j’ai achetĂ© un domaine d’amour, — mais je n’en ai pas pris possession, et celui qui m’a acquise — n’a pas encore joui de moi. Fastidieuse journĂ©e, — lente comme la nuit l’est, Ă  la veille d’une fĂȘte, — pour l’impatiente enfant qui a une robe neuve — et ne peut la mettre encore ! Oh ! voici ma nourrice


Juliet
Gallop apace, you fiery-footed steeds,
Towards Phoebus’ lodging: such a waggoner
As Phaethon would whip you to the west,
And bring in cloudy night immediately.
Spread thy close curtain, love-performing night,
That runaways’ eyes may wink, and Romeo
Leap to these arms, untalk’d of and unseen.
Lovers can see to do their amorous rites
By their own beauties; or, if love be blind,
It best agrees with night. Come, civil night,
Thou sober-suited matron, all in black,
And learn me how to lose a winning match,
Play’d for a pair of stainless maidenhoods:
Hood my unmann’d blood, bating in my cheeks,
With thy black mantle; till strange love, grown bold,
Think true love acted simple modesty.
Come, night; come, Romeo; come, thou day in night;
For thou wilt lie upon the wings of night
Whiter than new snow on a raven’s back.
Come, gentle night, come, loving, black-brow’d night,
Give me my Romeo; and, when he shall die,
Take him and cut him out in little stars,
And he will make the face of heaven so fine
That all the world will be in love with night
And pay no worship to the garish sun.
O, I have bought the mansion of a love,
But not possess’d it, and, though I am sold,
Not yet enjoy’d: so tedious is this day
As is the night before some festival
To an impatient child that hath new robes
And may not wear them. O, here comes my nurse,
And she brings news; and every tongue that speaks
But Romeo’s name speaks heavenly eloquence.

Entre la nourrice, avec une échelle de corde.

Enter Nurse, with cords.

JULIETTE.
Elle m’apporte des nouvelles ; chaque bouche qui me parle — de RomĂ©o, me parle une langue cĂ©leste
 — Eh bien, nourrice, quoi de nouveau ?
 Qu’as-tu lĂ  ? l’échelle de corde — que RomĂ©o t’a dit d’apporter ?

Now, nurse, what news? What hast thou there? the cords
That Romeo bid thee fetch?

LA NOURRICE.
Oui, oui, l’échelle de corde !

Nurse
Ay, ay, the cords.

Elle laisse tomber l’échelle avec un geste de dĂ©sespoir

Throws them down.

JULIETTE.
— Mon Dieu ! que se passe-t-il ? Pourquoi te tordre ainsi les mains ?

Juliet
Ay me! what news? why dost thou wring thy hands?

LA NOURRICE.
— Ah ! misĂ©ricorde ! il est mort, il est mort, il est mort ! — Nous sommes perdues, madame, nous sommes perdues ! — HĂ©las ! quel jour ! C’est fait de lui, il est tuĂ©, il est mort !

Nurse
Ah, well-a-day! he’s dead, he’s dead, he’s dead!
We are undone, lady, we are undone!
Alack the day! he’s gone, he’s kill’d, he’s dead!

JULIETTE.
— Le Ciel a-t-il pu ĂȘtre aussi cruel ?

Juliet
Can heaven be so envious?

LA NOURRICE.
RomĂ©o l’a pu, — sinon le ciel
 Ô RomĂ©o ! RomĂ©o ! — Qui l’aurait jamais cru ? RomĂ©o !

Nurse
Romeo can,
Though heaven cannot: O Romeo, Romeo!
Who ever would have thought it? Romeo!

JULIETTE.
— Quel dĂ©mon es-tu pour me torturer ainsi ? — C’est un supplice Ă  faire rugir les damnĂ©s de l’horrible enfer. — Est-ce que RomĂ©o s’est tuĂ© ? Dis-moi oui seulement, — et ce simple oui m’empoisonnera plus vite — que le regard meurtrier du basilic. — Je cesse d’exister s’il me faut ouĂŻr ce oui, — et si tu peux rĂ©pondre : oui, les yeux de RomĂ©o sont fermĂ©s ! — Est-il mort ? dis oui ou non, — et qu’un seul mot dĂ©cide de mon bonheur ou de ma misĂšre !

Juliet
What devil art thou, that dost torment me thus?
This torture should be roar’d in dismal hell.
Hath Romeo slain himself? say thou but “I,”
And that bare vowel “I” shall poison more
Than the death-darting eye of cockatrice:
I am not I, if there be such an I;
Or those eyes shut, that make thee answer “I.”
If he be slain, say “I”; or if not, no:
Brief sounds determine of my weal or woe.

LA NOURRICE.
— J’ai vu la blessure, je l’ai vue de mes yeux
 — Par la croix du Sauveur !
 lĂ , sur sa mĂąle poitrine
 — Un triste cadavre, un triste cadavre ensanglantĂ©, — pĂąle, pĂąle comme la cendre, tout couvert de sang, — de sang caillé  À le voir, je me suis Ă©vanouie.

Nurse
I saw the wound, I saw it with mine eyes⁠—
God save the mark!⁠—here on his manly breast:
A piteous corse, a bloody piteous corse;
Pale, pale as ashes, all bedaub’d in blood,
All in gore-blood; I swounded at the sight.

JULIETTE.
— Oh ! renonce, mon cƓur ; pauvre failli, fais banqueroute Ă  cette vie ! — En prison, mes yeux ! Fermez-vous Ă  la libre lumiĂšre ! — Terre vile, retourne Ă  la terre, cesse de te mouvoir, — et, RomĂ©o et toi, affaissez-vous dans le mĂȘme tombeau.

Juliet
O, break, my heart! poor bankrupt, break at once!
To prison, eyes, ne’er look on liberty!
Vile earth, to earth resign; end motion here;
And thou and Romeo press one heavy bier!

LA NOURRICE.
— Ô Tybalt, Tybalt, le meilleur ami que j’eusse ! — Ô courtois Tybalt ! honnĂȘte gentilhomme ! — Faut-il que j’aie vĂ©cu pour te voir mourir !

Nurse
O Tybalt, Tybalt, the best friend I had!
O courteous Tybalt! honest gentleman!
That ever I should live to see thee dead!

JULIETTE.
— Quel est cet ouragan dont les rafales se heurtent ? — RomĂ©o est-il tuĂ© et Tybalt est-il mort ? — Mon cher cousin, et mon mari plus cher ! — Alors, sonne la trompette terrible du dernier jugement ! — Car qui donc est vivant, si ces deux-lĂ  ne sont plus ?

Juliet
What storm is this that blows so contrary?
Is Romeo slaughter’d, and is Tybalt dead?
My dear-loved cousin, and my dearer lord?
Then, dreadful trumpet, sound the general doom!
For who is living, if those two are gone?

LA NOURRICE.
— Tybalt n’est plus, et RomĂ©o est banni ! — RomĂ©o, qui l’a tuĂ©, est banni.

Nurse
Tybalt is gone, and Romeo banished;
Romeo that kill’d him, he is banished.

JULIETTE.
— Ô mon Dieu ! Est-ce que la main de RomĂ©o a versĂ© le sang de Tybalt ?

Juliet
O God! did Romeo’s hand shed Tybalt’s blood?

LA NOURRICE.
— Oui, oui, hĂ©las ! oui.

Nurse
It did, it did; alas the day, it did!

JULIETTE.
— Ô cƓur reptile cachĂ© sous la beautĂ© en fleur ! — Jamais dragon occupa-t-il une caverne si splendide ! — Gracieux tyran ! dĂ©mon angĂ©lique ! — corbeau aux plumes de colombe ! agneau ravisseur de loups ! — mĂ©prisable substance d’une forme divine ! — Juste l’opposĂ© de ce que tu sembles ĂȘtre justement, — saint damnĂ©, noble misĂ©rable ! — Ô nature, Ă  quoi rĂ©servais-tu l’enfer, — quand tu relĂ©guas l’esprit d’un dĂ©mon — dans le paradis mortel d’un corps si exquis ? — Jamais livre contenant aussi vile rapsodie — fut-il si bien reliĂ© ? Oh ! que la perfidie habite — un si magnifique palais !

Juliet
O serpent heart, hid with a flowering face!
Did ever dragon keep so fair a cave?
Beautiful tyrant! fiend angelical!
Dove-feather’d raven! wolvish-ravening lamb!
Despised substance of divinest show!
Just opposite to what thou justly seem’st,
A damned saint, an honourable villain!
O nature, what hadst thou to do in hell,
When thou didst bower the spirit of a fiend
In moral paradise of such sweet flesh?
Was ever book containing such vile matter
So fairly bound? O, that deceit should dwell
In such a gorgeous palace!

LA NOURRICE.
Il n’y a plus Ă  se fier aux hommes ; — chez eux ni bonne foi, ni honneur, ce sont tous des parjures, — tous des traĂźtres, tous des vauriens, tous des hypocrites
 — Ah ! oĂč est mon valet ? Vite, qu’on me donne de l’eau-de-vie ! — Ces chagrins, ces malheurs, ces peines me font vieillir. — Honte Ă  RomĂ©o !

Nurse
There’s no trust,
No faith, no honesty in men; all perjured,
All forsworn, all naught, all dissemblers.
Ah, where’s my man? give me some aqua vitae:
These griefs, these woes, these sorrows make me old.
Shame come to Romeo!

JULIETTE.
Que ta langue se couvre d’ampoules — aprĂšs un pareil souhait ! Il n’est pas nĂ© pour la honte, lui. — La honte serait honteuse de siĂ©ger sur son front ; — car c’est un trĂŽne oĂč l’honneur devrait ĂȘtre couronnĂ© — monarque absolu de l’univers. — Oh ! quel monstre j’étais de l’outrager ainsi !

Juliet
Blister’d be thy tongue
For such a wish! he was not born to shame:
Upon his brow shame is ashamed to sit;
For ’tis a throne where honour may be crown’d
Sole monarch of the universal earth.
O, what a beast was I to chide at him!

LA NOURRICE.
— Pouvez-vous dire du bien de celui qui a tuĂ© votre cousin ?

Nurse
Will you speak well of him that kill’d your cousin?

JULIETTE.
— Dois-je dire du mal de celui qui est mon mari ? — Ah ! mon pauvre seigneur, quelle est la langue qui caressera ta renommĂ©e, — quand moi, ton Ă©pousĂ©e depuis trois heures, je la dĂ©chire ? — Mais pourquoi, mĂ©chant, as-tu tuĂ© mon cousin ? — C’est que, sans cela, ce mĂ©chant cousin aurait tuĂ© mon RomĂ©o ! — ArriĂšre, larmes folles, retournez Ă  votre source naturelle : — il n’appartient qu’à la douleur, ce tribut — que par mĂ©prise vous offrez Ă  la joie. — Mon mari, que Tybalt voulait tuer, est vivant ; — et Tybalt, qui voulait tuer mon mari, est mort. — Tout cela est heureux : pourquoi donc pleurer ?
 — Ah ! il y a un mot, plus terrible que la mort de Tybalt, — qui m’a assassinĂ©e ! je voudrais bien l’oublier, — mais hĂ©las ! il pĂšse sur ma mĂ©moire, — comme une faute damnable sur l’ñme du pĂ©cheur. — Tybalt est mort et RomĂ©o est
 banni. — Banni ! ce seul mot banni — a tuĂ© pour moi dix mille Tybalt. Que Tybalt mourĂ»t, c’était un malheur suffisant, se fĂ»t-il arrĂȘtĂ© lĂ . — Si mĂȘme le malheur inexorable ne se plaĂźt qu’en compagnie, — s’il a besoin d’ĂȘtre escortĂ© par d’autres catastrophes, — pourquoi, aprĂšs m’avoir dit : Tybalt est mort, n’a-t-elle pas ajoutĂ© : — Ton pĂšre aussi, ou ta mĂšre aussi, ou mĂȘme ton pĂšre et ta mĂšre aussi ? — Cela m’aurait causĂ© de tolĂ©rables angoisses. — Mais, Ă  la suite de la mort de Tybalt, faire surgir cette arriĂšre-garde : — RomĂ©o est banni, prononcer seulement ces mots, — c’est tuer, c’est faire mourir Ă  la fois pĂšre, mĂšre, Tybalt, RomĂ©o et Juliette ! — RomĂ©o est banni ! — Il n’y a ni fin, ni limite, ni mesure, ni borne — Ă  ce mot meurtrier ! Il n’y a pas de cri pour rendre cette douleur-lĂ . — Mon pĂšre et ma mĂšre, oĂč sont-ils, nourrice ?

Juliet
Shall I speak ill of him that is my husband?
Ah, poor my lord, what tongue shall smooth thy name,
When I, thy three-hours wife, have mangled it?
But, wherefore, villain, didst thou kill my cousin?
That villain cousin would have kill’d my husband:
Back, foolish tears, back to your native spring;
Your tributary drops belong to woe,
Which you, mistaking, offer up to joy.
My husband lives, that Tybalt would have slain;
And Tybalt’s dead, that would have slain my husband:
All this is comfort; wherefore weep I then?
Some word there was, worser than Tybalt’s death,
That murder’d me: I would forget it fain;
But, O, it presses to my memory,
Like damned guilty deeds to sinners’ minds:
“Tybalt is dead, and Romeo⁠—banished;”
That “banished,” that one word “banished,”
Hath slain ten thousand Tybalts. Tybalt’s death
Was woe enough, if it had ended there:
Or, if sour woe delights in fellowship
And needly will be rank’d with other griefs,
Why follow’d not, when she said “Tybalt’s dead,”
“Thy father,” or “thy mother,” nay, or both,
Which modern lamentations might have moved?
But with a rearward following Tybalt’s death,
“Romeo is banished,” to speak that word,
Is father, mother, Tybalt, Romeo, Juliet,
All slain, all dead. “Romeo is banished!”
There is no end, no limit, measure, bound,
In that word’s death; no words can that woe sound.
Where is my father, and my mother, nurse?

LA NOURRICE.
— Ils pleurent et sanglotent sur le corps de Tybalt. — Voulez-vous aller prùs d’eux ? Je vous y conduirai.

Nurse
Weeping and wailing over Tybalt’s corse:
Will you go to them? I will bring you thither.

JULIETTE.
— Ils lavent ses blessures de leurs larmes ? Les miennes, je les rĂ©serve, — quand les leurs seront sĂ©chĂ©es, pour le bannissement de RomĂ©o. — Ramasse ces cordes
 Pauvre Ă©chelle, te voilĂ  déçue — comme moi, car RomĂ©o est exilĂ© : — il avait fait de toi un chemin jusqu’à mon lit ; — mais, restĂ©e vierge, il faut que je meure dans un virginal veuvage. — À moi, cordes ! Ă  moi, nourrice ! je vais au lit nuptial, — et, au lieu de RomĂ©o, c’est le sĂ©pulcre qui prendra ma virginitĂ©.

Juliet
Wash they his wounds with tears: mine shall be spent,
When theirs are dry, for Romeo’s banishment.
Take up those cords: poor ropes, you are beguiled,
Both you and I; for Romeo is exiled:
He made you for a highway to my bed;
But I, a maid, die maiden-widowed.
Come, cords, come, nurse; I’ll to my wedding-bed;
And death, not Romeo, take my maidenhead!

LA NOURRICE.
— Courez Ă  votre chambre ; je vais trouver RomĂ©o — pour qu’il vous console
 Je sais bien oĂč il est
 — Entendez-vous, votre RomĂ©o, sera ici cette nuit ; — je vais Ă  lui ; il est cachĂ© dans la cellule de Laurence.

Nurse
Hie to your chamber: I’ll find Romeo
To comfort you: I wot well where he is.
Hark ye, your Romeo will be here at night:
I’ll to him; he is hid at Laurence’ cell.

JULIETTE, détachant une bague de son doigt.
— Oh ! trouve-le ! Remets cet anneau à mon fidùle chevalier, — et dis-lui de venir me faire ses derniers adieux.

Juliet
O, find him! give this ring to my true knight,
And bid him come to take his last farewell.


Exeunt.

SCÈNE XIV.

Scene III

La cellule de frĂšre Laurence.

Friar Laurence’s cell.

Entre frÚre Laurence, puis Roméo. Le jour baisse.

Enter Friar Laurence.

LAURENCE.
— Viens, RomĂ©o ; viens, homme sinistre ; l’affliction s’est Ă©namourĂ©e de ta personne, — et tu es fiancĂ© Ă  la calamitĂ©.

Friar Laurence
Romeo, come forth; come forth, thou fearful man:
Affliction is enamour’d of thy parts,
And thou art wedded to calamity.

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