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RomĂ©o et Juliette / Romeo and Juliet — ĐœĐ° Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč і Đ°ĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 6

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William Shakespeare

Roméo et Juliette

William Shakespeare

Romeo and Juliet

LA NOURRICE, à Roméo.
Si vous ĂȘtes RomĂ©o, monsieur, je dĂ©sire vous faire une courte confidence.

Nurse
If you be he, sir, I desire some confidence with you.

BENVOLIO.
Elle va le convier Ă  quelque souper.

Benvolio
She will indite him to some supper.

MERCUTIO.
Une maquerelle ! une maquerelle ! une maquerelle ! TaĂŻaut !

Mercutio
A bawd, a bawd, a bawd! So ho!

ROMÉO, à Mercutio.
Quel gibier as-tu donc levé ?

Romeo
What hast thou found?

MERCUTIO.
Ce n’est pas prĂ©cisĂ©ment un liĂšvre, mais une bĂȘte Ă  poil, rance comme la venaison moisie d’un pĂątĂ© de carĂȘme.

Mercutio
No hare, sir; unless a hare, sir, in a Lenten pie, that is something stale and hoar ere it be spent.

Il chante.

Sings.

ï»żUn vieux liĂšvre faisandĂ©.
ï»żQuoiqu’il ait le poil gris,
ï»żEst un fort bon plat de carĂȘme ;
ï»żMais un vieux liĂšvre faisandĂ©.
ï»żA trop longtemps durĂ©,
ï»żS’il est moisi avant d’ĂȘtre fini.
Roméo, venez-vous chez votre pÚre ? Nous y allons dßner.

An old hare hoar,
And an old hare hoar,
Is very good meat in Lent:
But a hare that is hoar
Is too much for a score,
When it hoars ere it be spent.
Romeo, will you come to your father’s? we’ll to dinner, thither.

ROMÉO.
Je vous suis.

Romeo
I will follow you.

MERCUTIO, saluant la nourrice.
Adieu, l’antique dame, adieu,

Mercutio
Farewell, ancient lady; farewell,


Singing.

la dame, la dame, la dame !

“lady, lady, lady.”

Sortent Mercutio et Benvolio.

Exeunt Mercutio and Benvolio.

LA NOURRICE.
Oui, morbleu, adieu ! Dites-moi donc quel est cet impudent fripier qui a débité tant de vilenies ?

Nurse
Marry, farewell! I pray you, sir, what saucy merchant was this, that was so full of his ropery?

ROMÉO.
C’est un gentilhomme, nourrice, qui aime Ă  s’entendre parler, et qui en dit plus en une minute qu’il ne pourrait en Ă©couter en un mois.

Romeo
A gentleman, nurse, that loves to hear himself talk, and will speak more in a minute than he will stand to in a month.

LA NOURRICE.
S’il s’avise de rien dire contre moi, je le mettrai Ă  la raison, fĂ»t-il vigoureux comme vingt freluquets de son espĂšce ; et si je ne le puis moi-mĂȘme, j’en trouverai qui y parviendront. Le polisson ! le malotru ! Je ne suis pas une de ses drĂŽlesses ; je ne suis pas une de ses femelles !
À Pierre.
Et toi aussi, il faut que tu restes coi, et que tu permettes au premier croquant venu d’user de moi à sa guise !

Nurse
An a’ speak anything against me, I’ll take him down, an a’ were lustier than he is, and twenty such Jacks; and if I cannot, I’ll find those that shall. Scurvy knave! I am none of his flirt-gills; I am none of his skains-mates. And thou must stand by too, and suffer every knave to use me at his pleasure?

PIERRE.
Je n’ai vu personne user de vous Ă  sa guise ; si je l’avais vu, ma lame aurait bien vite Ă©tĂ© dehors, je vous le garantis. Je suis aussi prompt qu’un autre Ă  dĂ©gainer quand je vois occasion pour une bonne querelle, et que la loi est de mon cĂŽtĂ©.

Peter
I saw no man use you at his pleasure; if I had, my weapon should quickly have been out, I warrant you: I dare draw as soon as another man, if I see occasion in a good quarrel, and the law on my side.

LA NOURRICE.
Vive Dieu ! je suis si vexĂ©e que j’en tremble de tous mes membres !
 Le polisson ! le malotru !
 De grĂące, monsieur, un mot ! Comme je vous l’ai dit, ma jeune maĂźtresse m’a chargĂ©e d’aller Ă  votre recherche
 Ce qu’elle m’a chargĂ©e de vous dire, je le garde pour moi
 Mais d’abord laissez-moi vous dĂ©clarer que, si vous aviez l’intention, comme on dit, de la mener au paradis des fous, ce serait une façon d’agir trĂšs-grossiĂšre, comme on dit : car la demoiselle est si jeune ! Si donc il vous arrivait de jouer double jeu avec elle, ce serait un vilain trait Ă  faire Ă  une demoiselle, et un procĂ©dĂ© trĂšs-mesquin.

Nurse
Now, afore God, I am so vexed, that every part about me quivers. Scurvy knave! Pray you, sir, a word: and as I told you, my young lady bade me inquire you out; what she bade me say, I will keep to myself: but first let me tell ye, if ye should lead her into a fool’s paradise, as they say, it were a very gross kind of behavior, as they say: for the gentlewoman is young; and, therefore, if you should deal double with her, truly it were an ill thing to be offered to any gentlewoman, and very weak dealing.

ROMÉO.
Nourrice, recommande-moi à ta dame et maütresse. Je te jure


Romeo
Nurse, commend me to thy lady and mistress. I protest unto thee⁠—

LA NOURRICE.
L’excellent cƓur ! Oui, ma foi, je le lui dirai. Seigneur ! Seigneur ! elle va ĂȘtre bien joyeuse.

Nurse
Good heart, and, i’ faith, I will tell her as much: Lord, Lord, she will be a joyful woman.

ROMÉO.
Que lui diras-tu, nourrice ? Tu ne m’écoutes pas.

Romeo
What wilt thou tell her, nurse? thou dost not mark me.

LA NOURRICE.
Je lui dirai, monsieur, que vous jurez, ce qui, Ă  mon avis, est une action toute gentilhommiĂšre.

Nurse
I will tell her, sir, that you do protest; which, as I take it, is a gentlemanlike offer.

ROMÉO.
— Dis-lui de trouver quelque moyen d’aller Ă  confesse — cette aprĂšs-midi ; — c’est dans la cellule de frĂšre Laurence — qu’elle sera confessĂ©e et mariĂ©e. Voici pour ta peine.
Il lui offre la bourse.

Romeo
Bid her devise
Some means to come to shrift this afternoon;
And there she shall at Friar Laurence’ cell
Be shrived and married. Here is for thy pains.

LA NOURRICE.
— Non vraiment, monsieur, pas un denier !

Nurse
No, truly, sir; not a penny.

ROMÉO.
Allons ! il le faut, te dis-je.

Romeo
Go to; I say you shall.

LA NOURRICE, prenant la bourse.
— Cette aprùs-midi, monsieur ? Bon, elle sera là.

Nurse
This afternoon, sir? well, she shall be there.

ROMÉO.
— Et toi, bonne nourrice, tu attendras derriĂšre le mur de l’abbaye. — Avant une heure, mon valet ira te rejoindre — et t’apportera une Ă©chelle de corde : — ce sont les haubans par lesquels je dois, dans le mystĂšre de la nuit, — monter au hunier de mon bonheur
 — Adieu ! recommande-moi Ă  ta maĂźtresse.

Romeo
And stay, good nurse, behind the abbey wall:
Within this hour my man shall be with thee
And bring thee cords made like a tackled stair;
Which to the high top-gallant of my joy
Must be my convoy in the secret night.
Farewell; be trusty, and I’ll quit thy pains:
Farewell; commend me to thy mistress.

LA NOURRICE.
— Sur ce, que le Dieu du ciel te bĂ©nisse ! Écoutez, monsieur.

Nurse
Now God in heaven bless thee! Hark you, sir.

ROMÉO.
— Qu’as-tu à dire, ma chùre nourrice ?

Romeo
What say’st thou, my dear nurse?

LA NOURRICE.
— Votre valet est-il discret ? Vous connaissez sans doute le proverbe : — Deux personnes, hormis une, peuvent garder un secret.

Nurse
Is your man secret? Did you ne’er hear say,
Two may keep counsel, putting one away?

ROMÉO.
— Rassure-toi : mon valet est Ă©prouvĂ© comme l’acier. —

Romeo
I warrant thee, my man’s as true as steel.

LA NOURRICE.
Bien, monsieur : ma maĂźtresse est bien la plus charmante dame
 Seigneur ! Seigneur !
 Quand elle n’était encore qu’un petit ĂȘtre babillard !
 Oh ! il y a en ville un grand seigneur, un certain PĂąris, qui voudrait bien tĂąter du morceau ; mais elle, la bonne Ăąme, elle aimerait autant voir un crapaud, un vrai crapaud, que de le voir, lui. Je la fĂąche quelquefois quand je lui dis que PĂąris est l’homme qui lui convient le mieux : ah ! je vous le garantis, quand je dis ça, elle devient aussi pĂąle que n’importe quel linge au monde
 Romarin et RomĂ©o commencent tous deux par la mĂȘme lettre, n’est-ce pas ?

Nurse
Well, sir; my mistress is the sweetest lady⁠—Lord, Lord! when ’twas a little prating thing:⁠—O, there is a nobleman in town, one Paris, that would fain lay knife aboard; but she, good soul, had as lief see a toad, a very toad, as see him. I anger her sometimes and tell her that Paris is the properer man; but, I’ll warrant you, when I say so, she looks as pale as any clout in the versal world. Doth not rosemary and Romeo begin both with a letter?

ROMÉO.
Oui, nourrice. L’un et l’autre commencent par un R. Aprùs ?

Romeo
Ay, nurse; what of that? both with an R.

LA NOURRICE.
Ah ! vous dites ça d’un air moqueur. Un R, c’est bon pour le nom d’un chien, puisque c’est un grognement de chien 
 Je suis bien sĂ»re que RomĂ©o commence par une autre lettre
 Allez, elle dit de si jolies sentences sur vous et sur le romarin, que cela vous ferait du bien de les entendre.

Nurse
Ah, mocker! that’s the dog’s name; R is for the⁠—No; I know it begins with some other letter:⁠—and she hath the prettiest sententious of it, of you and rosemary, that it would do you good to hear it.

ROMÉO.
Recommande-moi Ă  ta maĂźtresse.
Il sort.

Romeo
Commend me to thy lady.

LA NOURRICE.
Oui, mille fois !


Nurse
Ay, a thousand times.


Exit Romeo.

Pierre !

Peter!

PIERRE.
VoilĂ  !

Peter
Anon!

LA NOURRICE.
En avant, et lestement.

Nurse
Peter, take my fan, and go before, and apace.

Ils sortent.

Exeunt.

SCÈNE X.

Scene V

L’appartement de Juliette.

Capulet’s orchard.

Entre Juliette.

Enter Juliet.

JULIETTE.
— L’horloge frappait neuf heures, quand j’ai envoyĂ© la nourrice ; — elle m’avait promis d’ĂȘtre de retour en une demi-heure
 — Peut-ĂȘtre n’a-t-elle pas pu le trouver !
 Mais non
 — Oh ! elle est boiteuse ! Les messagers d’amour devraient ĂȘtre des pensĂ©es, — plus promptes dix fois que les rayons du soleil — qui dissipent l’ombre au-dessus des collines nĂ©buleuses. — Aussi l’amour est-il traĂźnĂ© par d’agiles colombes ; — aussi Cupidon a-t-il des ailes rapides comme le vent. — Maintenant le soleil a atteint le sommet suprĂȘme — de sa course d’aujourd’hui ; de neuf heures Ă  midi — il y a trois longues heures, et elle n’est pas encore venue ! — Si elle avait les affections et le sang brĂ»lant de la jeunesse, — elle aurait le leste mouvement d’une balle ; — d’un mot je la lancerais Ă  mon bien-aimĂ© — qui me la renverrait d’un mot. — Mais ces vieilles gens, on les prendrait souvent pour des morts, Ă  voir leur — inertie, leur lenteur, leur lourdeur et leur pĂąleur de plomb.

Juliet
The clock struck nine when I did send the nurse;
In half an hour she promised to return.
Perchance she cannot meet him: that’s not so.
O, she is lame! love’s heralds should be thoughts,
Which ten times faster glide than the sun’s beams,
Driving back shadows over louring hills:
Therefore do nimble-pinion’d doves draw love,
And therefore hath the wind-swift Cupid wings.
Now is the sun upon the highmost hill
Of this day’s journey, and from nine till twelve
Is three long hours, yet she is not come.
Had she affections and warm youthful blood,
She would be as swift in motion as a ball;
My words would bandy her to my sweet love,
And his to me:
But old folks, many feign as they were dead;
Unwieldy, slow, heavy and pale as lead.
O God, she comes!

Entrent la nourrice et Pierre.

Enter Nurse and Peter.

JULIETTE.
— Mon Dieu, la voici enfin
 Ô nourrice de miel, quoi de nouveau ? — L’as-tu trouvĂ© ?
 Renvoie cet homme.

O honey nurse, what news?
Hast thou met with him? Send thy man away.

LA NOURRICE.
Pierre, restez Ă  la porte.

Nurse
Peter, stay at the gate.

Pierre sort.

Exit Peter.

JULIETTE.
— Eh bien, bonne, douce nourrice ?
 Seigneur ! pourquoi as-tu cette mine abattue ? — Quand tes nouvelles seraient tristes, annonce-les-moi gaiement. — Si tes nouvelles sont bonnes, tu fais tort à leur douce musique — en me la jouant avec cet air aigre.

Juliet
Now, good sweet nurse⁠—O Lord, why look’st thou sad?
Though news be sad, yet tell them merrily;
If good, thou shamest the music of sweet news
By playing it to me with so sour a face.

LA NOURRICE.
— Je suis Ă©puisĂ©e ; laisse-moi respirer un peu. — Ah ! que mes os me font mal ! Quelle course j’ai faite !

Nurse
I am a-weary, give me leave awhile:
Fie, how my bones ache! what a jaunt have I had!

JULIETTE.
— Je voudrais que tu eusses mes os, pourvu que j’eusse des nouvelles
 — Allons, je t’en prie, parle ; bonne, bonne nourrice, parle.

Juliet
I would thou hadst my bones, and I thy news.
Nay, come, I pray thee, speak; good, good nurse, speak.

LA NOURRICE.
JĂ©sus ! quelle hĂąte ! Pouvez-vous pas attendre un peu ? — Voyez-vous pas que je suis hors d’haleine ?

Nurse
Jesu, what haste? can you not stay awhile?
Do you not see that I am out of breath?

JULIETTE.
— Comment peux-tu ĂȘtre hors d’haleine quand il te reste assez d’haleine — pour me dire que tu es hors d’haleine ? — L’excuse que tu donnes Ă  tant de dĂ©lais — est plus longue Ă  dire que le rĂ©cit que tu t’excuses de diffĂ©rer. — Tes nouvelles sont-elles bonnes ou mauvaises ? RĂ©ponds Ă  cela ; — rĂ©ponds d’un mot, et j’attendrai les dĂ©tails. — Édifie-moi : sont elles bonnes ou mauvaises ? —

Juliet
How art thou out of breath, when thou hast breath
To say to me that thou art out of breath?
The excuse that thou dost make in this delay
Is longer than the tale thou dost excuse.
Is thy news good, or bad? answer to that;
Say either, and I’ll stay the circumstance:
Let me be satisfied, is’t good or bad?

LA NOURRICE.
Ma foi, vous avez fait lĂ  un pauvre choix : vous ne vous entendez pas Ă  choisir un homme : RomĂ©o, un homme ? non. Bien que son visage soit le plus beau visage qui soit, il a la jambe mieux faite que tout autre ; et pour la main, pour le pied, pour la taille, bien qu’il n’y ait pas grand chose Ă  en dire, tout cela est incomparable
 Il n’est pas la fleur de la courtoisie, pourtant je le garantis aussi doux qu’un agneau
 Va ton chemin, fillette, sers Dieu
 Ah çà ! avez-vous dĂźnĂ© ici ?

Nurse
Well, you have made a simple choice; you know not how to choose a man: Romeo! no, not he; though his face be better than any man’s, yet his leg excels all men’s; and for a hand, and a foot, and a body, though they be not to be talked on, yet they are past compare: he is not the flower of courtesy, but, I’ll warrant him, as gentle as a lamb. Go thy ways, wench; serve God. What, have you dined at home?

JULIETTE.
— Non, non
 Mais je savais dĂ©jĂ  tout cela. — Que dit-il de notre mariage ? Qu’est-ce qu’il en dit ?

Juliet
No, no: but all this did I know before.
What says he of our marriage? what of that?

LA NOURRICE.
— Seigneur que la tĂȘte me fait mal ! Quelle tĂȘte j’ai ! — Elle bat comme si elle allait tomber en vingt morceaux
 — Et puis, d’un autre cĂŽtĂ©, mon dos
 Oh ! mon dos ! mon dos ! — MĂ©chant cƓur que vous ĂȘtes de m’envoyer ainsi — pour attraper ma mort Ă  galoper de tous cĂŽtĂ©s !

Nurse
Lord, how my head aches! what a head have I!
It beats as it would fall in twenty pieces.
My back o’ t’other side⁠—O, my back, my back!
Beshrew your heart for sending me about,
To catch my death with jaunting up and down!

JULIETTE.
— En vĂ©ritĂ©, je suis fĂąchĂ©e que tu ne sois pas bien : — chĂšre, chĂšre, chĂšre nourrice, dis-moi, que dit mon bien-aimĂ© ?

Juliet
I’ faith, I am sorry that thou art not well.
Sweet, sweet, sweet nurse, tell me, what says my love?

LA NOURRICE.
Votre bien-aimĂ© parle en gentilhomme loyal, — et courtois, et affable, et gracieux, — et, j’ose le dire, vertueux
 OĂč est votre mĂšre ?

Nurse
Your love says, like an honest gentleman, and a courteous, and a kind, and a handsome, and, I warrant, a virtuous⁠—Where is your mother?

JULIETTE.
— OĂč est ma mĂšre ? Eh bien, elle est Ă  la maison : — oĂč veux-tu qu’elle soit ? Que tu rĂ©ponds singuliĂšrement ! — Votre bien-aimĂ© parle en gentilhomme loyal, — oĂč est votre mĂšre ?

Juliet
Where is my mother! why, she is within;
Where should she be? How oddly thou repliest!
“Your love says, like an honest gentleman,
Where is your mother?”

LA NOURRICE.
Oh ! Notre-Dame du bon Dieu ! — Êtes-vous Ă  ce point brĂ»lante ? Pardine, Ă©chauffez-vous encore : — est-ce lĂ  votre cataplasme pour mes pauvres os ? — DorĂ©navant, faites vos messages vous-mĂȘme !

Nurse
O God’s lady dear!
Are you so hot? marry, come up, I trow;
Is this the poultice for my aching bones?
Henceforward do your messages yourself.

JULIETTE.
— Que d’embarras !
 Voyons, que dit RomĂ©o ?

Juliet
Here’s such a coil! come, what says Romeo?

LA NOURRICE.
— Avez-vous la permission d’aller à confesse aujourd’hui ?

Nurse
Have you got leave to go to shrift to-day?

JULIETTE.
Oui.

Juliet
I have.

LA NOURRICE.
— Eh bien, courez de ce pas Ă  la cellule de frĂšre Laurence : — un mari vous y attend pour faire de vous sa femme. — Ah bien ! voilĂ  ce fripon de sang qui vous vient aux joues : — bientĂŽt elles deviendront Ă©carlates Ă  la moindre nouvelle. — Courez Ă  l’église ; moi, je vais d’un autre cĂŽtĂ© — chercher l’échelle par laquelle votre bien-aimĂ© — doit grimper jusqu’au nid de l’oiseau, dĂšs qu’il fera nuit noire. — C’est moi qui suis la bĂȘte de somme, et je m’épuise pour votre plaisir ; — mais, pas plus tard que ce soir, ce sera vous qui porterez le fardeau. — Allons je vais dĂźner ; courez vite Ă  la cellule.

Nurse
Then hie you hence to Friar Laurence’ cell;
There stays a husband to make you a wife:
Now comes the wanton blood up in your cheeks,
They’ll be in scarlet straight at any news.
Hie you to church; I must another way,
To fetch a ladder, by the which your love
Must climb a bird’s nest soon when it is dark:
I am the drudge and toil in your delight,
But you shall bear the burden soon at night.
Go; I’ll to dinner; hie you to the cell.

JULIETTE.
— Vite au bonheur suprĂȘme !
 HonnĂȘte nourrice, adieu.

Juliet
Hie to high fortune! Honest nurse, farewell.

Elles sortent par des cÎtés différents.

Exeunt.

SCÈNE XI.

Scene VI

La cellule de FrĂšre Laurence.

Friar Laurence’s cell.

Entrent FrÚre Laurence et Roméo.

Enter Friar Laurence and Romeo.

LAURENCE.
— Veuille le ciel sourire à cet acte pieux, — et puisse l’avenir ne pas nous le reprocher par un chagrin !

Friar Laurence
So smile the heavens upon this holy act,
That after hours with sorrow chide us not!

ROMÉO.
— Amen ! amen ! Mais viennent tous les chagrins possibles, — ils ne sauraient contrebalancer le bonheur — que me donne la plus courte minute passĂ©e en sa prĂ©sence. — Joins seulement nos mains avec les paroles saintes, — et qu’alors la mort, vampire de l’amour, fasse ce qu’elle ose : — c’est assez que Juliette soit mienne !

Romeo
Amen, amen! but come what sorrow can,
It cannot countervail the exchange of joy
That one short minute gives me in her sight:
Do thou but close our hands with holy words,
Then love-devouring death do what he dare;
It is enough I may but call her mine.

LAURENCE.
— Ces joies violentes ont des fins violentes, — et meurent dans leur triomphe : flamme et poudre, — elles se consument en un baiser. Le plus doux miel — devient fastidieux par sa suavitĂ© mĂȘme, — et dĂ©truit l’appĂ©tit par le goĂ»t : — aime donc modĂ©rĂ©ment : modĂ©rĂ© est l’amour durable : — la prĂ©cipitation n’atteint pas le but plus tĂŽt que la lenteur


Friar Laurence
These violent delights have violent ends
And in their triumph die, like fire and powder,
Which as they kiss consume: the sweetest honey
Is loathsome in his own deliciousness
And in the taste confounds the appetite:
Therefore love moderately; long love doth so;
Too swift arrives as tardy as too slow.

Entre Juliette.

Enter Juliet.

LAURENCE.
— Voici la dame ! Oh ! jamais un pied aussi lĂ©ger — n’usera la dalle Ă©ternelle : — les amoureux pourraient chevaucher sur ces fils de la vierge — qui flottent au souffle ardent de l’étĂ©, — et ils ne tomberaient pas : si lĂ©gĂšre est toute vanitĂ© !

Here comes the lady: O, so light a foot
Will ne’er wear out the everlasting flint:
A lover may bestride the gossamer
That idles in the wanton summer air,
And yet not fall; so light is vanity.

JULIETTE.
— Salut Ă  mon vĂ©nĂ©rable confesseur !

Juliet
Good even to my ghostly confessor.

LAURENCE.
— RomĂ©o te remerciera pour nous deux, ma fille.

Friar Laurence
Romeo shall thank thee, daughter, for us both.

JULIETTE.
— Je lui envoie le mĂȘme salut : sans quoi ses remerciements seraient immĂ©ritĂ©s.

Juliet
As much to him, else is his thanks too much.

ROMÉO.
— Ah ! Juliette, si ta joie est Ă  son comble — comme la mienne, et si, plus habile que moi, — tu peux la peindre, alors parfume de ton haleine — l’air qui nous entoure, et que la riche musique de ta voix — exprime le bonheur idĂ©al que — nous fait ressentir Ă  tous deux une rencontre si chĂšre.

Romeo
Ah, Juliet, if the measure of thy joy
Be heap’d like mine and that thy skill be more
To blazon it, then sweeten with thy breath
This neighbour air, and let rich music’s tongue
Unfold the imagined happiness that both
Receive in either by this dear encounter.

JULIETTE.
— Le sentiment, plus riche en impressions qu’en paroles, — est fier de son essence, et non des ornements : — indigents sont ceux qui peuvent compter leurs richesses ; — mais mon sincĂšre amour est parvenu Ă  un tel excĂšs — que je ne saurais Ă©valuer la moitiĂ© de mes trĂ©sors.

Juliet
Conceit, more rich in matter than in words,
Brags of his substance, not of ornament:
They are but beggars that can count their worth;
But my true love is grown to such excess
I cannot sum up sum of half my wealth.

LAURENCE.
— Allons, venez avec moi, et nous aurons bientĂŽt fait ; — sauf votre bon plaisir, je ne vous laisserai seuls — que quand la sainte Église vous aura incorporĂ©s l’un Ă  l’autre.

Friar Laurence
Come, come with me, and we will make short work;
For, by your leaves, you shall not stay alone
Till holy church incorporate two in one.

Ils sortent.

Exeunt.

Act III

SCÈNE XII.

Scene I

Vérone. La promenade du Cours prÚs de la porte des Borsari.

A public place.

Entrent Mercutio, Benvolio, un page et des valets.

Enter Mercutio, Benvolio, Page, and Servants.

BENVOLIO.
— Je t’en prie, bon Mercutio, retirons-nous ; — la journĂ©e est chaude ; les Capulets sont dehors, — et, si nous les rencontrons, nous ne pourrons pas Ă©viter une querelle : — car, dans ces jours de chaleur, le sang est furieusement excitĂ© ! —

Benvolio
I pray thee, good Mercutio, let’s retire:
The day is hot, the Capulets abroad,
And, if we meet, we shall not scape a brawl;
For now, these hot days, is the mad blood stirring.

MERCUTIO.
Tu m’as tout l’air d’un de ces gaillards qui, dĂšs qu’ils entrent dans une taverne, me flanquent leur Ă©pĂ©e sur la table en disant : Dieu veuille que je n’en aie pas besoin ! et qui, Ă  peine la seconde rasade a-t-elle opĂ©rĂ©, dĂ©gainent contre le cabaretier, sans qu’en rĂ©alitĂ© il en soit besoin.

Mercutio
Thou art like one of those fellows that when he enters the confines of a tavern claps me his sword upon the table and says “God send me no need of thee!” and by the operation of the second cup draws it on the drawer, when indeed there is no need.

BENVOLIO.
Moi ! j’ai l’air d’un de ces gaillards-là ?

Benvolio
Am I like such a fellow?

MERCUTIO.
Allons, allons, tu as la tĂȘte aussi chaude que n’importe quel drille d’Italie ; personne n’a plus d’emportement que toi Ă  prendre de l’humeur et personne n’est plus d’humeur Ă  s’emporter.

Mercutio
Come, come, thou art as hot a Jack in thy mood as any in Italy, and as soon moved to be moody, and as soon moody to be moved.

BENVOLIO.
Comment cela ?

Benvolio
And what to?

MERCUTIO.
Oui, s’il existait deux ĂȘtres comme toi, nous n’en aurions bientĂŽt plus un seul, car l’un tuerait l’autre. Toi ! mais tu te querelleras avec un homme qui aura au menton un poil de plus ou de moins que toi ! Tu te querelleras avec un homme qui fera craquer des noix, par cette unique raison que tu as l’Ɠil couleur noisette : il faut des yeux comme les tiens pour dĂ©couvrir lĂ  un grief ! Ta tĂȘte est pleine de querelles, comme l’Ɠuf est plein du poussin ; ce qui ne l’empĂȘche pas d’ĂȘtre vide, comme l’Ɠuf cassĂ©, Ă  force d’avoir Ă©tĂ© battue Ă  chaque querelle. Tu t’es querellĂ© avec un homme qui toussait dans la rue, parce qu’il avait rĂ©veillĂ© ton chien endormi au soleil. Un jour, n’as-tu pas cherchĂ© noise Ă  un tailleur parce qu’il portait un pourpoint neuf avant PĂąques, et Ă  un autre parce qu’il attachait ses souliers neufs avec un vieux ruban ? Et c’est toi qui me fais un sermon contre les querelles !

Mercutio
Nay, an there were two such, we should have none shortly, for one would kill the other. Thou! why, thou wilt quarrel with a man that hath a hair more, or a hair less, in his beard, than thou hast: thou wilt quarrel with a man for cracking nuts, having no other reason but because thou hast hazel eyes: what eye but such an eye would spy out such a quarrel? Thy head is as full of quarrels as an egg is full of meat, and yet thy head hath been beaten as addle as an egg for quarrelling: thou hast quarrelled with a man for coughing in the street, because he hath wakened thy dog that hath lain asleep in the sun: didst thou not fall out with a tailor for wearing his new doublet before Easter? with another, for tying his new shoes with old riband? and yet thou wilt tutor me from quarrelling!

BENVOLIO.
Si j’étais aussi querelleur que toi, je cĂ©derais ma vie en nue propriĂ©tĂ© au premier acheteur qui m’assurerait une heure et quart d’existence.

Benvolio
An I were so apt to quarrel as thou art, any man should buy the fee-simple of my life for an hour and a quarter.

MERCUTIO.
En nue propriété ! Voilà qui serait propre !
Entrent Tybalt, Pétruchio et quelques partisans.

Mercutio
The fee-simple! O simple!

BENVOLIO.
Sur ma tĂȘte, voici les Capulets.

Benvolio
By my head, here come the Capulets.

MERCUTIO.
Par mon talon, je ne m’en soucie pas.

Mercutio
By my heel, I care not.


Enter Tybalt and others.

TYBALT, Ă  ses amis.
Suivez-moi de prùs, car je vais leur parler

À Mercutio et à Benvolio.
Bonsoir, messieurs : un mot à l’un de vous.

Tybalt
Follow me close, for I will speak to them. Gentlemen, good den: a word with one of you.

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