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Romeo and Juliet / RomĂ©o et Juliette — ĐœĐ° Đ°ĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșаĐč і Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 4

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William Shakespeare

Romeo and Juliet

William Shakespeare

Roméo et Juliette

Benvolio
Away, be gone; the sport is at the best.

BENVOLIO, à Roméo.
— Allons, partons : la fĂȘte est Ă  sa fin.

Romeo
Ay, so I fear; the more is my unrest.

ROMÉO, à part.
— HĂ©las ! oui, et mon trouble est Ă  son comble.

Capulet
Nay, gentlemen, prepare not to be gone;
We have a trifling foolish banquet towards.
Is it e’en so? why, then, I thank you all;
I thank you, honest gentlemen; good night.
More torches here! Come on then, let’s to bed.
Ah, sirrah, by my fay, it waxes late:
I’ll to my rest.

CAPULET, aux invités qui se retirent.
— Çà, messieurs, n’allez pas nous quitter encore : — nous avons un mĂ©chant petit souper qui se prĂ©pare
 — Vous ĂȘtes donc dĂ©cidĂ©s ?
 Eh bien, alors je vous remercie tous
 — Je vous remercie, honnĂȘtes gentilshommes, bonne nuit. — Des torches par ici !
 Allons, mettons-nous au lit !
À son cousin Capulet.
— Ah ! ma foi, mon cher, il se fait tard : — je vais me reposer.

Exeunt all but Juliet and Nurse.

Tous sortent, excepté Juliette et la nourrice.

Juliet
Come hither, nurse. What is yond gentleman?

JULIETTE.
— Viens ici, nourrice : quel est ce gentilhomme, là-bas ?

Nurse
The son and heir of old Tiberio.

LA NOURRICE.
— C’est le fils et l’hĂ©ritier du vieux TibĂ©rio.

Juliet
What’s he that now is going out of door?

JULIETTE.
— Quel est celui qui sort Ă  prĂ©sent ?

Nurse
Marry, that, I think, be young Petrucio.

LA NOURRICE.
— Ma foi, je crois que c’est le jeune PĂ©truchio.

Juliet
What’s he that follows there, that would not dance?

JULIETTE, montrant Roméo.
— Quel est cet autre qui suit et qui n’a pas voulu danser ?

Nurse
I know not.

LA NOURRICE.
Je ne sais pas.

Juliet
Go ask his name: if he be married,
My grave is like to be my wedding bed.

JULIETTE.
— Va demander son nom.
La nourrice s’éloigne un moment.
S’il est mariĂ©, — mon cercueil pourrait bien ĂȘtre mon lit nuptial.

Nurse
His name is Romeo, and a Montague;
The only son of your great enemy.

LA NOURRICE, revenant.
— Son nom est RomĂ©o ; c’est un Montague, — le fils unique de votre grand ennemi.

Juliet
My only love sprung from my only hate!
Too early seen unknown, and known too late!
Prodigious birth of love it is to me,
That I must love a loathed enemy.

JULIETTE.
— Mon unique amour Ă©mane de mon unique haine ! — Je l’ai vu trop tĂŽt sans le connaĂźtre et je l’ai connu trop tard. — Il m’est nĂ© un prodigieux amour, — puisque je dois aimer un ennemi exĂ©crĂ© !

Nurse
What’s this? what’s this?

LA NOURRICE.
— Que dites-vous ? que dites-vous ?

Juliet
A rhyme I learn’d even now
Of one I danced withal.

JULIETTE.
Une strophe que vient de m’apprendre — un de mes danseurs.

One calls within “Juliet.”

Voix au-dehors appelant Juliette.

Nurse
Anon, anon!
Come, let’s away; the strangers all are gone.

LA NOURRICE.
Tout Ă  l’heure ! tout Ă  l’heure !
 — Allons nous-en ; tous les Ă©trangers sont partis.

Exeunt.


Act II

Enter Chorus.

Entre le chƓur.

Chorus
Now old desire doth in his death-bed lie,
And young affection gapes to be his heir;
That fair for which love groan’d for and would die,
With tender Juliet match’d, is now not fair.
Now Romeo is beloved and loves again,
Alike betwitched by the charm of looks,
But to his foe supposed he must complain,
And she steal love’s sweet bait from fearful hooks:
Being held a foe, he may not have access
To breathe such vows as lovers use to swear;
And she as much in love, her means much less
To meet her new-beloved any where:
But passion lends them power, time means, to meet,
Tempering extremities with extreme sweet.

LE CHƒUR.
Maintenant, le vieil amour agonise sur son lit de mort,
Et une passion nouvelle aspire à son héritage.
Cette belle pour qui notre amant gémissait et voulait mourir,
ComparĂ©e Ă  la tendre Juliette, a cessĂ© d’ĂȘtre belle.
Maintenant RomĂ©o est aimĂ© de celle qu’il aime :
Et tous deux sont ensorcelés par le charme de leurs regards.
Mais il a besoin de conter ses peines à son ennemie supposée,
Et elle dĂ©robe ce doux appĂąt d’amour sur un hameçon dangereux.
Traité en ennemi, Roméo ne peut avoir un libre accÚs
Pour soupirer ces vƓux que les amants se plaisent à prononcer,
Et Juliette, tout aussi éprise, est plus impuissante encore
À mĂ©nager une rencontre entre les amoureux.
Mais la passion leur donne la force, et le temps, l’occasion
De goĂ»ter ensemble d’ineffables joies dans d’ineffables transes.

Exit.

Il sort.

Scene I

SCÈNE VI.

A lane by the wall of Capulet’s orchard.

Une route aux abords du jardin de Capulet.

Enter Romeo.

Roméo entre précipitamment.

Romeo
Can I go forward when my heart is here?
Turn back, dull earth, and find thy centre out.

ROMÉO, montrant le mur du jardin.
— Puis-je aller plus loin, quand mon cƓur est ici ? — En arriùre, masse terrestre, et trouve ton centre.

He climbs the wall, and leaps down within it.

Il escalade le mur et disparaĂźt.

Enter Benvolio and Mercutio.

Entrent Mercutio et Benvolio.

Benvolio
Romeo! my cousin Romeo!

BENVOLIO.
— RomĂ©o ! mon cousin RomĂ©o !

Mercutio
He is wise;
And, on my lie, hath stol’n him home to bed.

MERCUTIO.
Il a fait sagement. — Sur ma vie, il s’est esquivĂ© pour gagner son lit.

Benvolio
He ran this way, and leap’d this orchard wall:
Call, good Mercutio.

BENVOLIO.
— Il a couru de ce cĂŽtĂ© et sautĂ© par-dessus le mur de ce jardin. — Appelle-le, bon Mercutio.

Mercutio
Nay, I’ll conjure too.
Romeo! humours! madman! passion! lover!
Appear thou in the likeness of a sigh:
Speak but one rhyme, and I am satisfied;
Cry but “Ay me!” pronounce but “love” and “dove;”
Speak to my gossip Venus one fair word,
One nick-name for her purblind son and heir,
Young Adam Cupid, he that shot so trim,
When King Cophetua loved the beggar-maid!
He heareth not, he stirreth not, he moveth not;
The ape is dead, and I must conjure him.
I conjure thee by Rosaline’s bright eyes,
By her high forehead and her scarlet lip,
By her fine foot, straight leg and quivering thigh
And the demesnes that there adjacent lie,
That in thy likeness thou appear to us!

MERCUTIO.
Je ferai plus : je vais le conjurer
 — RomĂ©o ! caprice ! frĂ©nĂ©sie ! passion ! amour ! — apparais-nous sous la forme d’un soupir ! — Dis seulement un vers, et je suis satisfait ! — Crie seulement hĂ©las ! accouple seulement amour avec jour ! — Rien qu’un mot aimable pour ma commĂšre VĂ©nus ! — Rien qu’un sobriquet pour son fils, pour son aveugle hĂ©ritier, — le jeune Abraham Cupido, celui qui visa si juste, — quand le roi CophĂ©tua s’éprit de la mendiante !
 — Il n’entend pas, il ne remue pas, il ne bouge pas. — Il faut que ce babouin-lĂ  soit mort : Ă©voquons-le. — RomĂ©o, je te conjure par les yeux brillants de Rosaline, — par son front Ă©levĂ© et par sa lĂšvre Ă©carlate, — par son pied mignon, par sa jambe svelte, par sa cuisse frĂ©missante, — et par les domaines adjacents : — apparais-nous sous ta propre forme !

Benvolio
And if he hear thee, thou wilt anger him.

BENVOLIO.
— S’il t’entend, il se fñchera.

Mercutio
This cannot anger him: ’twould anger him
To raise a spirit in his mistress’ circle
Of some strange nature, letting it there stand
Till she had laid it and conjured it down;
That were some spite: my invocation
Is fair and honest, and in his mistress’ name
I conjure only but to raise up him.

MERCUTIO.
— Cela ne peut pas le fĂącher ; il se fĂącherait avec raison, — si je faisais surgir dans le cercle de sa maĂźtresse un dĂ©mon — d’une nature Ă©trange que je laisserais en arrĂȘt — jusqu’à ce qu’elle l’eĂ»t dĂ©sarmĂ© par ses exorcismes. — Cela serait une offense : mais j’agis en enchanteur — loyal et honnĂȘte ; et, au nom de sa maĂźtresse, — c’est lui seul que je vais faire surgir.

Benvolio
Come, he hath hid himself among these trees,
To be consorted with the humorous night:
Blind is his love and best befits the dark.

BENVOLIO.
— Allons ! il s’est enfoncĂ© sous ces arbres — pour y chercher une nuit assortie Ă  son humeur. — Son amour est aveugle, et n’est Ă  sa place que dans les tĂ©nĂšbres.

Mercutio
If love be blind, love cannot hit the mark.
Now will he sit under a medlar tree,
And wish his mistress were that kind of fruit
As maids call medlars, when they laugh alone.
O, Romeo, that she were, O, that she were
An open-arse, thou a pop’rin pear!
Romeo, good night: I’ll to my truckle-bed;
This field-bed is too cold for me to sleep:
Come, shall we go?

MERCUTIO.
— Si l’amour est aveugle, il ne peut pas frapper le but
 — Sans doute RomĂ©o s’est assis au pied d’un pĂȘcher, — pour rĂȘver qu’il le commet avec sa maĂźtresse. — Bonne nuit, RomĂ©o
 Je vais trouver ma chĂšre couchette ; — ce lit de camp est trop froid pour que j’y dorme. — Eh bien, partons-nous ?

Benvolio
Go, then; for ’tis in vain
To seek him here that means not to be found.

BENVOLIO.
Oui, partons ; car il est inutile — de chercher ici qui ne veut pas se laisser trouver.

Exeunt.

Ils sortent.

Scene II

SCÈNE VII.

Capulet’s orchard.

Le jardin de Capulet. Sous les fenĂȘtres de l’appartement de Juliette.

Enter Romeo.

Entre Roméo.

Romeo
He jests at scars that never felt a wound.

ROMÉO.
— Il se rit des plaies, celui qui n’a jamais reçu de blessures !

Juliet appears above at a window.

Apercevant Juliette qui apparaĂźt Ă  une fenĂȘtre.

But, soft! what light through yonder window breaks?
It is the east, and Juliet is the sun.
Arise, fair sun, and kill the envious moon,
Who is already sick and pale with grief,
That thou her maid art far more fair than she:
Be not her maid, since she is envious;
Her vestal livery is but sick and green
And none but fools do wear it; cast it off.
It is my lady, O, it is my love!
O, that she knew she were!
She speaks, yet she says nothing: what of that?
Her eye discourses; I will answer it.
I am too bold, ’tis not to me she speaks:
Two of the fairest stars in all the heaven,
Having some business, do entreat her eyes
To twinkle in their spheres till they return.
What if her eyes were there, they in her head?
The brightness of her cheek would shame those stars,
As daylight doth a lamp; her eyes in heaven
Would through the airy region stream so bright
That birds would sing and think it were not night.
See, how she leans her cheek upon her hand!
O, that I were a glove upon that hand,
That I might touch that cheek!

— Mais doucement ! Quelle lumiĂšre jaillit par cette fenĂȘtre ? — VoilĂ  l’Orient, et Juliette est le soleil ! — LĂšve-toi, belle aurore, et tue la lune jalouse, — qui dĂ©jĂ  languit et pĂąlit de douleur, — parce que toi, sa prĂȘtresse, tu es plus belle qu’elle-mĂȘme ! — Ne sois plus sa prĂȘtresse, puisqu’elle est jalouse de toi ; — sa livrĂ©e de vestale est maladive et blĂȘme, — et les folles seules la portent : rejette-la !
 — VoilĂ  ma dame ! Oh ! voilĂ  mon amour ! — Oh ! si elle pouvait le savoir 
 — Que dit-elle ? Rien
 Elle se tait
 Mais non : — son regard parle, et je veux lui rĂ©pondre
 Ce n’est pas Ă  moi qu’elle s’adresse. — Deux des plus belles Ă©toiles du ciel, — ayant affaire ailleurs, adjurent ses yeux — de vouloir bien resplendir dans leur sphĂšre jusqu’à ce qu’elles reviennent. — Ah ! si les Ă©toiles se substituaient Ă  ses yeux, en mĂȘme temps que ses yeux aux Ă©toiles, — le seul Ă©clat de ses joues ferait pĂąlir la clartĂ© des astres, — comme le grand jour, une lampe ; et ses yeux, du haut du ciel, — darderaient une telle lumiĂšre Ă  travers les rĂ©gions aĂ©riennes, — que les oiseaux chanteraient, croyant que la nuit n’est plus. — Voyez comme elle appuie sa joue sur sa main ! — Oh ! que ne suis-je le gant de cette main ! — Je toucherais sa joue !

Juliet
Ay me!

JULIETTE.
Hélas !

Romeo
She speaks:
O, speak again, bright angel! for thou art
As glorious to this night, being o’er my head,
As is a winged messenger of heaven
Unto the white-upturned wondering eyes
Of mortals that fall back to gaze on him
When he bestrides the lazy-pacing clouds
And sails upon the bosom of the air.

ROMÉO.
Elle parle ! — Oh ! parle encore, ange resplendissant ! Car — tu rayonnes dans cette nuit, au-dessus de ma tĂȘte, — comme le messager ailĂ© du ciel, — quand aux yeux bouleversĂ©s — des mortels qui se rejettent en arriĂšre pour le contempler, — il devance les nuĂ©es paresseuses — et vogue sur le sein des airs !

Juliet
O Romeo, Romeo! wherefore art thou Romeo?
Deny thy father and refuse thy name;
Or, if thou wilt not, be but sworn my love,
And I’ll no longer be a Capulet.

JULIETTE.
— Ô RomĂ©o ! RomĂ©o ! pourquoi es-tu RomĂ©o ? — Renie ton pĂšre et abdique ton nom ; — ou, si tu ne le veux pas, jure de m’aimer, — et je ne serai plus une Capulet.

Romeo
Aside. Shall I hear more, or shall I speak at this?

ROMÉO, à part.
— Dois-je l’écouter encore ou lui rĂ©pondre ?

Juliet
’Tis but thy name that is my enemy;
Thou art thyself, though not a Montague.
What’s Montague? it is nor hand, nor foot,
Nor arm, nor face, nor any other part
Belonging to a man. O, be some other name!
What’s in a name? that which we call a rose
By any other name would smell as sweet;
So Romeo would, were he not Romeo call’d,
Retain that dear perfection which he owes
Without that title. Romeo, doff thy name,
And for that name which is no part of thee
Take all myself.

JULIETTE.
— Ton nom seul est mon ennemi. — Tu n’es pas un Montague, tu es toi-mĂȘme. — Qu’est-ce qu’un Montague ? Ce n’est ni une main, ni un pied, — ni un bras, ni un visage, ni rien — qui fasse partie d’un homme
 Oh ! sois quelque autre nom ! — Qu’y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons une rose — embaumerait autant sous un autre nom. — Ainsi, quand RomĂ©o ne s’appellerait plus RomĂ©o, — il conserverait encore les chĂšres perfections qu’il possĂšde 
 — RomĂ©o, renonce Ă  ton nom ; — et, Ă  la place de ce nom qui ne fait pas partie de toi, — prends-moi tout entiĂšre.

Romeo
I take thee at thy word:
Call me but love, and I’ll be new baptized;
Henceforth I never will be Romeo.

ROMÉO.
Je te prends au mot ! — Appelle-moi seulement ton amour, et je reçois un nouveau baptĂȘme : — dĂ©sormais je ne suis plus RomĂ©o.

Juliet
What man art thou that thus bescreen’d in night
So stumblest on my counsel?

JULIETTE.
— Quel homme es-tu, toi qui, ainsi cachĂ© par la nuit, viens de te heurter Ă  mon secret ?

Romeo
By a name
I know not how to tell thee who I am:
My name, dear saint, is hateful to myself,
Because it is an enemy to thee;
Had I it written, I would tear the word.

ROMÉO.
Je ne sais — par quel nom t’indiquer qui je suis. — Mon nom, sainte chĂ©rie, m’est odieux Ă  moi-mĂȘme, — parce qu’il est pour toi un ennemi : — si je l’avais Ă©crit lĂ , j’en dĂ©chirerais les lettres.

Juliet
My ears have not yet drunk a hundred words
Of that tongue’s utterance, yet I know the sound:
Art thou not Romeo and a Montague?

JULIETTE.
— Mon oreille n’a pas encore aspirĂ© cent paroles — profĂ©rĂ©es par cette voix, et pourtant j’en reconnais le son. — N’es-tu pas RomĂ©o et un Montague ?

Romeo
Neither, fair saint, if either thee dislike.

ROMÉO.
— Ni l’un ni l’autre, belle vierge, si tu dĂ©testes l’un et l’autre.

Juliet
How camest thou hither, tell me, and wherefore?
The orchard walls are high and hard to climb,
And the place death, considering who thou art,
If any of my kinsmen find thee here.

JULIETTE.
— Comment es-tu venu ici, dis-moi ? et dans quel but ? — Les murs du jardin sont hauts et difficiles à gravir. — Considùre qui tu es : ce lieu est ta mort, — si quelqu’un de mes parents te trouve ici.

Romeo
With love’s light wings did I o’er-perch these walls;
For stony limits cannot hold love out,
And what love can do that dares love attempt;
Therefore thy kinsmen are no let to me.

ROMÉO.
— J’ai escaladĂ© ces murs sur les ailes lĂ©gĂšres de l’amour : — car les limites de pierre ne sauraient arrĂȘter l’amour, — et ce que l’amour peut faire, l’amour ose le tenter ; — voilĂ  pourquoi tes parents ne sont pas un obstacle pour moi.

Juliet
If they do see thee, they will murder thee.

JULIETTE.
— S’ils te voient, ils te tueront.

Romeo
Alack, there lies more peril in thine eye
Than twenty of their swords: look thou but sweet,
And I am proof against their enmity.

ROMÉO.
— HĂ©las ! il y a plus de pĂ©ril pour moi dans ton regard — que dans vingt de leurs Ă©pĂ©es : que ton Ɠil me soit doux, — et je suis Ă  l’épreuve de leur inimitiĂ©.

Juliet
I would not for the world they saw thee here.

JULIETTE.
— Je ne voudrais pas pour le monde entier qu’ils te vissent ici.

Romeo
I have night’s cloak to hide me from their sight;
And but thou love me, let them find me here:
My life were better ended by their hate,
Than death prorogued, wanting of thy love.

ROMÉO.
— J’ai le manteau de la nuit pour me soustraire Ă  leur vue. — D’ailleurs, si tu ne m’aimes pas, qu’ils me trouvent ici ! — J’aime mieux ma vie finie par leur haine — que ma mort prorogĂ©e sans ton amour.

Juliet
By whose direction found’st thou out this place?

JULIETTE.
— Quel guide as-tu donc eu pour arriver jusqu’ici ?

Romeo
By love, who first did prompt me to inquire;
He lent me counsel and I lent him eyes.
I am no pilot; yet, wert thou as far
As that vast shore wash’d with the farthest sea,
I would adventure for such merchandise.

ROMÉO.
— L’amour, qui le premier m’a suggĂ©rĂ© d’y venir : — il m’a prĂȘtĂ© son esprit et je lui ai prĂȘtĂ© mes yeux. — Je ne suis pas un pilote ; mais, quand tu serais Ă  la mĂȘme distance — que la vaste plage baignĂ©e par la mer la plus lointaine, — je risquerais la traversĂ©e pour une denrĂ©e pareille.

Juliet
Thou know’st the mask of night is on my face,
Else would a maiden blush bepaint my cheek
For that which thou hast heard me speak to-night.
Fain would I dwell on form, fain, fain deny
What I have spoke: but farewell compliment!
Dost thou love me? I know thou wilt say “Ay,”
And I will take thy word: yet, if thou swear’st,
Thou mayst prove false; at lovers’ perjuries,
They say, Jove laughs. O gentle Romeo,
If thou dost love, pronounce it faithfully:
Or if thou think’st I am too quickly won,
I’ll frown and be perverse and say thee nay,
So thou wilt woo; but else, not for the world.
In truth, fair Montague, I am too fond,
And therefore thou mayst think my ’havior light;
But trust me, gentleman, I’ll prove more true
Than those that have more cunning to be strange.
I should have been more strange, I must confess,
But that thou overheard’st, ere I was ware,
My true love’s passion: therefore pardon me,
And not impute this yielding to light love,
Which the dark night hath so discovered.

JULIETTE.
— Tu sais que le masque de la nuit est sur mon visage ; — sans cela, tu verrais une virginale couleur colorer ma joue, — quand je songe aux paroles que tu m’as entendue dire cette nuit. — Ah ! je voudrais rester dans les convenances ; je voudrais, je voudrais nier — ce que j’ai dit
 Mais adieu, les cĂ©rĂ©monies ! — M’aimes-tu ? Je sais que tu vas dire oui, — et je te croirai sur parole. Ne le jure pas : — tu pourrais trahir ton serment : les parjures des amoureux font, dit-on, rire Jupiter
 Oh ! gentil RomĂ©o, — si tu m’aimes, proclame-le loyalement : — et si tu crois que je me laisse trop vite gagner — je froncerai le sourcil, et je serai cruelle, et je te dirai non, — pour que tu me fasses la cour : autrement, rien au monde ne m’y dĂ©ciderait
 — En vĂ©ritĂ©, beau Montague, je suis trop Ă©prise, — et tu pourrais croire ma conduite lĂ©gĂšre ; — mais crois-moi, gentilhomme, je me montrerai plus fidĂšle — que celles qui savent mieux affecter la rĂ©serve. — J’aurais Ă©tĂ© plus rĂ©servĂ©e, il faut que je l’avoue, — si tu n’avais pas surpris, Ă  mon insu, — l’aveu passionnĂ© de mon amour : pardonne-moi donc — et n’impute pas Ă  une lĂ©gĂšretĂ© d’amour cette faiblesse — que la nuit noire t’a permis de dĂ©couvrir.

Romeo
Lady, by yonder blessed moon I swear
That tips with silver all these fruit-tree tops⁠—

ROMÉO.
— Madame, je jure par cette lune sacrĂ©e — qui argente toutes ces cimes chargĂ©es de fruits !


Juliet
O, swear not by the moon, the inconstant moon,
That monthly changes in her circled orb,
Lest that thy love prove likewise variable.

JULIETTE.
— Oh ! ne jure pas par la lune, l’inconstante lune — dont le disque change chaque mois, — de peur que ton amour ne devienne aussi variable !

Romeo
What shall I swear by?

ROMÉO.
— Par quoi dois-je jurer ?

Juliet
Do not swear at all;
Or, if thou wilt, swear by thy gracious self,
Which is the god of my idolatry,
And I’ll believe thee.

JULIETTE.
Ne jure pas du tout ; — ou, si tu le veux, jure par ton gracieux ĂȘtre , — qui est le dieu de mon idolĂątrie, — et je te croirai.

Romeo
If my heart’s dear love⁠—

ROMÉO.
Si l’amour profond de mon cƓur


Juliet
Well, do not swear: although I joy in thee,
I have no joy of this contract to-night:
It is too rash, too unadvised, too sudden;
Too like the lightning, which doth cease to be
Ere one can say “It lightens.” Sweet, good night!
This bud of love, by summer’s ripening breath,
May prove a beauteous flower when next we meet.
Good night, good night! as sweet repose and rest
Come to thy heart as that within my breast!

JULIETTE.
— Ah ! ne jure pas ! Quoique tu fasses ma joie, — je ne puis goĂ»ter cette nuit toutes les joies de notre rapprochement ; — il est trop brusque, trop imprĂ©vu, trop subit, — trop semblable Ă  l’éclair qui a cessĂ© d’ĂȘtre — avant qu’on ait pu dire : il brille !
 Doux ami, bonne nuit ! — Ce bouton d’amour, mĂ»ri par l’haleine de l’étĂ©, — pourra devenir une belle fleur, Ă  notre prochaine entrevue
 — Bonne nuit, bonne nuit ! Puisse le repos, puisse le calme dĂ©licieux — qui est dans mon sein, arriver Ă  ton cƓur !

Romeo
O, wilt thou leave me so unsatisfied?

ROMÉO.
— Oh ! vas-tu donc me laisser si peu satisfait ?

Juliet
What satisfaction canst thou have to-night?

JULIETTE.
— Quelle satisfaction peux-tu obtenir cette nuit ?

Romeo
The exchange of thy love’s faithful vow for mine.

ROMÉO.
— Le solennel Ă©change de ton amour contre le mien.

Juliet
I gave thee mine before thou didst request it:
And yet I would it were to give again.

JULIETTE.
— Mon amour ! je te l’ai donnĂ© avant que tu l’aies demandĂ©. — Et pourtant je voudrais qu’il fĂ»t encore Ă  donner.

Romeo
Wouldst thou withdraw it? for what purpose, love?

ROMÉO.
— Voudrais-tu me le retirer ? Et pour quelle raison, mon amour ?

Juliet
But to be frank, and give it thee again.
And yet I wish but for the thing I have:
My bounty is as boundless as the sea,
My love as deep; the more I give to thee,
The more I have, for both are infinite.

JULIETTE.
— Rien que pour ĂȘtre gĂ©nĂ©reuse et te le donner encore. — Mais je dĂ©sire un bonheur que j’ai dĂ©jĂ  : — ma libĂ©ralitĂ© est aussi illimitĂ©e que la mer, — et mon amour aussi profond : plus je te donne, — plus il me reste, car l’une et l’autre sont infinis.

Nurse calls within.

On entend la voix de la nourrice.

I hear some noise within; dear love, adieu!
Anon, good nurse! Sweet Montague, be true.
Stay but a little, I will come again.

— J’entends du bruit dans la maison
 Cher amour, adieu ! — J’y vais, bonne nourrice !
 Doux Montague, sois fidùle. — Attends un moment, je vais revenir.

Exit, above.

Elle se retire de la fenĂȘtre.

Romeo
O blessed, blessed night! I am afeard,
Being in night, all this is but a dream,
Too flattering-sweet to be substantial.

ROMÉO.
— Ô cĂ©leste, cĂ©leste nuit ! J’ai peur, — comme il fait nuit, que tout ceci ne soit qu’un rĂȘve, — trop dĂ©licieusement flatteur pour ĂȘtre rĂ©el.

Re-enter Juliet, above.

Juliette revient.

Juliet
Three words, dear Romeo, and good night indeed.
If that thy bent of love be honourable,
Thy purpose marriage, send me word to-morrow,
By one that I’ll procure to come to thee,
Where and what time thou wilt perform the rite;
And all my fortunes at thy foot I’ll lay
And follow thee my lord throughout the world.

JULIETTE.
— Trois mots encore, cher RomĂ©o, et bonne nuit, cette fois ! — Si l’intention de ton amour est honorable, — si ton but est le mariage, fais-moi savoir demain, — par la personne que je ferai parvenir jusqu’à toi, — en quel lieu et Ă  quel moment tu veux accomplir la cĂ©rĂ©monie, — et alors je dĂ©poserai Ă  tes pieds toutes mes destinĂ©es, — et je te suivrai, mon seigneur, jusqu’au bout du monde !

Nurse
Within.
Madam!

LA NOURRICE, derriÚre le théùtre.
Madame !

Juliet
I come, anon.⁠—But if thou mean’st not well,
I do beseech thee⁠—

JULIETTE.
— J’y vais ! tout Ă  l’heure ! Mais si ton arriĂšre-pensĂ©e n’est pas bonne, — je te conjure


Nurse
Within.
Madam!

LA NOURRICE, derriÚre le théùtre.
Madame !

Juliet
By and by, I come:⁠—
To cease thy suit, and leave me to my grief:
To-morrow will I send.

JULIETTE.
À l’instant ! J’y vais !
 — de cesser tes instances et de me laisser à ma douleur
 — J’enverrai demain.

Romeo
So thrive my soul⁠—

ROMÉO.
Par le salut de mon ñme


Juliet
A thousand times good night!

JULIETTE.
— Mille fois bonne nuit !

Exit, above.

Elle quitte la fenĂȘtre.

Romeo
A thousand times the worse, to want thy light.
Love goes toward love, as schoolboys from their books,
But love from love, toward school with heavy looks.

ROMÉO.
— La nuit ne peut qu’empirer mille fois, dùs que ta lumiùre lui manque

Se retirant Ă  pas lents.
— L’amour court vers l’amour comme l’écolier hors de la classe ; — mais il s’en Ă©loigne avec l’air accablĂ© de l’enfant qui rentre Ă  l’école.

Retiring.


Re-enter Juliet, above.

Juliette reparaĂźt Ă  la fenĂȘtre.

Juliet
Hist! Romeo, hist! O, for a falconer’s voice,
To lure this tassel-gentle back again!
Bondage is hoarse, and may not speak aloud;
Else would I tear the cave where Echo lies,
And make her airy tongue more hoarse than mine,
With repetition of my Romeo’s name.

JULIETTE.
— Stt ! RomĂ©o ! Stt !
 Oh ! que n’ai-je la voix du fauconnier — pour rĂ©clamer mon noble tiercelet ! — Mais la captivitĂ© est enrouĂ©e et ne peut parler haut : — sans quoi j’ébranlerais la caverne oĂč Écho dort, — et sa voix aĂ©rienne serait bientĂŽt plus enrouĂ©e que la mienne, — tant je lui ferais rĂ©pĂ©ter le nom de mon RomĂ©o !

Romeo
It is my soul that calls upon my name:
How silver-sweet sound lovers’ tongues by night,
Like softest music to attending ears!

ROMÉO, revenant sur ses pas.
— C’est mon Ăąme qui me rappelle par mon nom ! — Quels sons argentins a dans la nuit la voix de la bien-aimĂ©e ! — Quelle suave musique pour l’oreille attentive !

Juliet
Romeo!

JULIETTE.
— RomĂ©o !

Romeo
My dear?

ROMÉO.
Ma

LA NOURRICE, derriÚre le théùtre.
Madame !

Juliet
At what o’clock to-morrow
Shall I send to thee?

JULIETTE.
À quelle heure, demain, — enverrai-je vers toi ?

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