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Éloge de la folie / Moriae encomium — ĐœĐ° Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč і Đ»Đ°Ń†Ń–ĐœŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 9

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Érasme

Éloge de la folie

Desiderius Erasmus Roterodamus

Moriae encomium

Trouvez-vous pas bien divertissante cette rĂšgle qui commande mathĂ©matiquement leurs moindres actions et qu’on ne peut enfreindre sans ĂȘtre damnĂ© !

Quid autem iucundius, quam quod omnia faciunt ex prĂŠscripto, quasi Mathematicis utentes rationibus, quas prĂŠterire piaculum sit.

Leurs souliers doivent avoir tant de nƓuds ; la ceinture telle couleur, leur vĂȘtement telle coupe. L’étoffe, la forme et l’ampleur prĂ©cises du capuchon, le diamĂštre exact de la tonsure ; le nombre d’heures consacrĂ©es sur sommeil ; tout est prĂ©vu.

Quot nodos habeat calceus, quo colore cingula, vestis quot discriminibus varieganda, qua materia, quotque culmis latum cingulum, qua specie, et quot modiorum capax cucullus, quot digitis latum capillitium, quot dormiendum horas.

Il est facile de comprendre combien cette uniformitĂ© s’accorde avec la diversitĂ© presque infinie des tempĂ©raments et des caractĂšres.

Atque hĂŠc quidem ĂŠqualitas in tanta corporum et ingeniorum varietate, quam sit inĂŠqualis, quis non perspicit?

Au milieu de tant de niaiseries, ils ne se contentent pas de mĂ©priser les gens du monde ; ils se dĂ©chirent encore entr’eux ; et ces gens qui font profession de charitĂ© apostolique, cherchent noise Ă  quiconque porte un habit diffĂ©rent du leur et quelque peu plus foncĂ© en couleur.

Et tamen his nugis, non alios modo per se nauci faciunt, verum invicem alii alios contemnunt, atque homines apostolicam caritatem professi, ob aliter cinctam vestem, ob colorem paulo fusciorem, omnia miris tragoediis miscent.

Rigoureux observateurs des statuts de leur ordre, les uns portent ostensiblement l’habit de pĂ©nitence ; il est vrai de dire qu’ils ont de la toile fine en dessous ; les autres au contraire portent la toile au-dessus et la laine au-dessous.

Ex his videas quosdam adeo rigide religiosos, ut summa veste, non nisi Cilicina utantur, intima Milesia, alios contra, qui superne linei sint, intime lanei.

Il en est qui craignent de palper un Ă©cu Ă  l’égal d’une vipĂšre ; mais de boire et de caresser les ribaudes ils ne se font faute.

Rursum alios qui pecuniĂŠ contactum ceu aconitum horreant, nec a vino interim, nec a mulierum contactu temperantes.


Denique mirum omnibus studium, ne quid in ratione vitĂŠ conveniat.

Leur ambition n’est pas de ressembler au Christ, mais de ne pas se ressembler entr’eux.

Nec illud studio est, ut Christo similes sint, sed ut interse dissimiles.

Les surnoms qu’ils se sont donnĂ©s entrent pour beaucoup dans leur bonheur ; on peut ĂȘtre fier d’ĂȘtre cordelier en tant qu’espĂšce gĂ©nĂ©rale, et comme genre particulier d’ĂȘtre rĂ©collet, mineur, minime, ou bulliste.

Porro magna felicitatis pars est in cognomentis, dum hi Funigeros appellari se gaudent, et inter hos, alii Coletas, alii Minores, alii Minimos, alii Bullistas.

Puis viennent ceux qui se nomment bĂ©nĂ©dictins, bernardins, brigittins, augustins, guilhelmistes et jacobites. On dirait que le nom de chrĂ©tien n’est plus assez beau !

Rursum hi Benedictinos, illi Bernardinos: hi Brigidenses, illi Augustinenses: hi Guilhelmitas, illi Iacobitas, quasi vero parum sit, dici Christianos.

Les trois quarts de tout ce monde attachent tant d’importance Ă  leurs pratiques et aux habitudes du cloĂźtre, qu’à les en croire, ce n’est guĂšre du paradis pour les rĂ©compenser de tant de zĂšle, comme si le Christ pouvait mettre dans la balance, pour peser leurs Ɠuvres, autre chose que la charitĂ©, ce fondement de sa loi !

Horum magna pars in tantum suis nititur cerimoniis, et hominum traditiunculis, ut putet unum coelum parum dignum esse tantis prĂŠmium, haud cogitantes futurum, ut Christus contemtis his omnibus, suum illud sit exacturus prĂŠceptum, nempe caritatis.

Au dernier jour, il fera beau les voir produire qui sa bedaine farcie de poissons,

Alius ostentabit aqualiculum, omni piscium genere distentum.

qui ses milliers de psaumes,

Alius Psalmorum centum effundet modios.

qui ses jeĂ»nes multipliĂ©s suivis d’autant de repas oĂč il a failli crever de nourriture,

Alius ieiuniorum myriadas adnumerabit, et toties unico prandio pene disruptam imputabit alvum.

qui un tas de cérémonies monacales capables de charger sept vaisseaux !

Alius tantum cerimoniarum acervum proferet, quantum vix septem onerariis navibus vehi possit.

Il fera beau les voir, celui-ci se vanter d’avoir passĂ© soixante ans sans toucher une piĂšce d’argent
 autrement qu’avec une double paire de gants ;

Alius gloriabitur sexaginta annos numquam attactam pecuniam, nisi digitis duplici chirotheca munitis.

celui-lĂ  Ă©taler un capuchon si sordide et si gras qu’un matelot refuserait de le porter ;

Alius cucullam ingeret adeo sordidam et crassam, ut nullus nauta suo dignetur corpore.

ou cet autre encore rappeler qu’il a vĂ©cu comme une Ă©ponge, toujours attachĂ© au mĂȘme rocher ! En vain celui-ci allĂ©guera sa voix enrouĂ©e Ă  force de chanter, celui-lĂ  l’hĂ©bĂštement produit par la solitude oĂč il s’est plongĂ©, cet autre le long silence qui lui a paralysĂ© la langue ;

Commemorabit alius se plus quam undecim lustris spongiĂŠ vitam egisse, semper eidem affixum loco: Alius raucam assiduo cantu vocem adducet: Alius lethargum solitudine contractum: alius linguam iugi silentio torpentem.

le Christ interrompra ces apologies sans fin : « D’oĂč venez-vous, dira-t-il, nouvelle race de Juifs ?

At Christus interpellatis, numquam alioqui finiendis gloriis, undenam hoc, inquiet, novum IudĂŠorum genus?

vous me parlez de tout, excepté de ma loi, la seule que je comprenne.

Unicam ego legem vere meam agnosco, de qua sola nihil audio.

Je l’ai dit clairement autrefois et sans parabole, ce n’est pas aux frocs, aux oraisons, aux abstinences que j’ai promis le royaume de mon pĂšre, c’est aux Ɠuvres de charitĂ©.

Et olim palam nulloque parabolarum utens involucro, paternam hĂŠreditatem pollicitus sum, non cucullis, preculis, aut inediis, sed caritatis officiis.

ArriĂšre ! vous qui Ă©valuez si bien vos propres mĂ©rites, et vous donnez pour plus saints que moi. Allez chercher un paradis loin d’ici. Demandez de vous en bĂątir un Ă  ceux-lĂ  qui ont mis des pratiques oĂč j’avais mis ma loi. »

Nec eos agnosco, qui sua facta nimis agnoscunt, isti qui me quoque sanctiores videri volunt, Abraxasiorum coelos, si libet, occupent, aut ab his sibi novum exstrui coelum iubeant, quorum traditiunculas meis prĂŠceptis anteposuerunt.

Quand retentira cet arrĂȘt terrible et qu’ils se verront prĂ©fĂ©rer des matelots et des charretiers, quelle mine se feront-ils selon vous ? —

Cum hĂŠc audient, et videbunt nautas et aurigas sibi prĂŠferri, quibus, putatis, vultibus sese mutuo contuebuntur?

En attendant, moi, la Folie, je les rends heureux en les berçant d’espĂ©rance.

Sed interim spe sua felices sunt, non absque meo beneficio.

Quoiqu’ils soient morts pour lui, le monde se garde bien de laisser voir son mĂ©pris Ă  ces enfroquĂ©s, surtout aux ordres mendiants. Car ils possĂšdent les secrets des familles, grĂące Ă  la confession qu’ils mettent tous leurs soins Ă  provoquer.

Atque hos quidem, quamquam a republica semotos, nemo tamen audet contemnere, prĂŠcipue mendicantes, propterea quod omnia omnium arcana teneant, ex confessionibus, quas vocant.

C’est pour eux cas damnable d’en rĂ©vĂ©ler quelque chose, je le sais, mais il arrive parfois, quand ils ont trop fĂȘtĂ© la dive bouteille, qu’ils cherchent Ă  Ă©gayer la sociĂ©tĂ© par de piquantes anecdotes. Ils laissent alors comprendre la comĂ©die, sans nommer les acteurs. —

QuĂŠ tamen prodere nefas habent, nisi si quando poti, fabulis amoenioribus delectare se volunt, sed coniecturis modo rem indicant, tacitis interim nominibus.

Avez-vous par mĂ©garde irritĂ© ces frelons, ils s’en vengent dans quelque prĂŽne, ou ils dĂ©cochent Ă  leurs ennemis des phrases obliques, si transparentes pourtant, qu’il faudrait ĂȘtre stupide pour ne pas reconnaĂźtre Ă  qui ils en veulent.

Quod si quis hos crabrones irritarit, tum in popularibus concionibus probe ulciscuntur sese, et obliquis dictis hostem notant, adeo tecte, ut nemo non intelligat, nisi qui nihil intelligit.

Le cerbĂšre ne cessera pas d’aboyer, avant que vous ne lui ayez jetĂ© dans la gueule le gĂąteau de miel.

Nec prius oblatrandi finem faciunt, quam in os offam obieceris.

Regardez maintenant nos gens en chaire, et dites s’il y a comĂ©diens ou bateleurs qui vaillent ces rhĂ©toriciens ridicules, lorsqu’ils copient les procĂ©dĂ©s de l’art oratoire.

Age vero quem tu mihi comoedum, quem circulatorem spectare malis, quam istos in concionibus suis rhetoricantes omnino ridicule, sed tamen suavissime imitantes ea quĂŠ rhetores de dicendi ratione tradiderunt?

Grands dieux ! Voyez-les gesticuler, changer mal Ă  propos de ton, chanter, faire la roue, se grimer en un clin d’Ɠil et Ă©branler le temple de leurs glapissements ! Cet art de dire est un secret que le moine transmet pieusement au moinillon.

Deum immortalem! ut gesticulantur, ut apte commutant vocem, ut cantillant, ut iactant sese, ut subinde alios vultus induunt, ut omnia clamoribus miscent.

Bien qu’il ne me soit pas donnĂ© d’ĂȘtre initiĂ© complĂštement Ă  d’aussi profonds mystĂšres, je dois vous dire cependant ce qu’il m’en semble de plus probable. D’abord l’orateur commence par une invocation Ă  l’imitation des poĂ«tes ;

Atque hanc orandi artem ceu rem arcanam fraterculus fraterculo, per manus tradit: eam tametsi mihi non est fas scire, tamen utcumque coniecturis sequar.

ensuite, s’il doit parler de charitĂ©, il ne manque pas de pĂȘcher son exorde dans le Nil d’Égypte ; s’il s’agit des mystĂšres de la Croix, il dĂ©bute finement par quelques mots sur Bel, le dragon babylonien. Parle-t-il du carĂȘme, il prend son point de dĂ©part aux douze signes du Zodiaque ; de la foi, il prĂ©lude par quelques considĂ©rations sur la quadrature du cercle.

Primo loco invocant, id quod a poetis mutuo sumserunt: deinde dicturi de caritate, a Nilo Aegypti fluvio sumunt exordium, aut crucis mysterium enarraturi, a Babylonio dracone Bel feliciter auspicantur: aut de ieiunio disputaturi, a duodecim zodiaci signis principium faciunt, aut de fide verba facturi, diu de quadratura circuli prĂŠloquuntur.

J’ai entendu de mes propres oreilles un de ces maĂźtres fous
 un de ces docteurs, voulais-je dire, il avait Ă  parler, devant un auditoire choisi, du mystĂšre de la TrinitĂ©. Voulant faire du neuf et flatter l’oreille des thĂ©ologiens, il prit une voie nouvelle et ne trouva rien de mieux que de parler des lettres de l’alphabet, des syllabes et des parties du discours, puis, de la concordance du sujet et du verbe, de l’adjectif et du substantif. L’auditoire entier tombait des nues et se disait comme Horace : OĂč veut-il en venir avec ces inepties ?

Audivi ipsa quemdam eximie stultum, erravi, doctum volebam dicere, qui in concione celeberrima, diviné Triadis mysterium explicaturus, quo et doctrinam suam non vulgarem ostentaret, et Theologicis satisfaceret auribus, nova prorsus ingressus est via, nimirum a litteris, syllabis, et oratione, tum a concordia nominis et verbi, adiectivi nominis et substantivi, mirantibus iam plerisque, ac nonnullis Horatianum illud apud se mussitantibus: ‘Quorsum héc tam putida tendunt?’

Bref, il eut le talent de dĂ©couvrir dans les Ă©lĂ©ments de la grammaire le symbole de la TrinitĂ©, mais si exactement qu’un mathĂ©maticien n’aurait pu mieux faire.

Tandem huc rem deduxit, ut in Grammaticorum rudimentis sic expressum ostenderet totius Triadis simulacrum, ut nemo Mathematicorum in pulvere posset evidentius depingere.

Ce chef-d’Ɠuvre avait coĂ»tĂ© huit mois de travail Ă  cet archi-thĂ©ologien ; il en est devenu aveugle, car son esprit a absorbĂ© la lumiĂšre de ses yeux.

Atque in hac oratione theologĂŽtatos ille totos octo menses ita desudarat, ut hodie quoque magis cĂŠcutiat quam talpĂŠ, nimirum, tota luminum acie ad ingenii cuspidem avocata.

N’allez pas croire pourtant qu’il y ait le moindre regret ; il est persuadĂ© que c’est lĂ  de la gloire achetĂ©e Ă  trop bon compte.

Verum haud poenitet hominem cĂŠcitatis, ac parvo quoque putat emptam eam gloriam.

J’ai eu la bonne fortune de rencontrer un autre octogĂ©naire qu’on eĂ»t pris pour une incarnation de Scott.

Auditus est a nobis alius quidam octogenarius, adeo Theologus, ut in hoc Scotum ipsum renatum putes.

Les mystĂšres du nom de JĂ©sus, tel Ă©tait son sujet. Il commença par dĂ©montrer avec une subtilitĂ© charmante, comme quoi dans les lettres mĂȘmes de ce nom, on trouvait tout ce qu’il y avait Ă  dire du Sauveur.

Is explicaturus mysterium nominis Iesu, mira subtilitate demonstravit in ipsis litteris latere, quidquid de illo dici possit.

En effet, disait-il, Jésus à trois cas en latin, image évidente de la Trinité ;

Etenim quod tribus dumtaxat inflectitur casibus, id manifestum esse simulacrum divini ternionis.

le premier se termine en s, le second en m, le troisiĂšme en u ; mystĂšre ineffable, car chacune de ces lettres indique que JĂ©sus est le sommet (summum) le milieu (medium) et l’ultime (ultimum) des choses.

Deinde quod prima vox Iesus, desinat in s, secunda Iesum in m, tertia Iesu in u, in hoc arrĂȘton subesse mysterium: nempe tribus litterulis indicantibus eum esse summum, medium, et ultimum.

Ce n’était rien encore, les mathĂ©matiques n’avaient rien de plus abstrait que ce qui allait suivre. Coupez, ajoutait-il, le mot en deux parties Ă©gales ; retenez seulement l’s mĂ©diale. Cette lettre, que nous extrayons de JĂ©sus, se nomme syn chez les HĂ©breux ; or syn est un mot Ă©cossais qui veut dire pĂ©chĂ©,

Restabat mysterium his quoque retrusius, Mathematica ratione. Iesus sic in duas ĂŠquales diffidit portiones, ut scilicet pentemimeres in medio resideret.

cela nous dĂ©montre sans conteste que c’est JĂ©sus qui a ĂŽtĂ© le pĂ©chĂ© du monde.

Deinde docuit eam litteram apud HebrĂŠos esse quam illi Syn appellent: porro syn Scotorum, opinor, lingua, peccatum sonat: atque hinc palam declarari, Iesum esse qui peccata tolleret mundi.

Cet exorde Ă©bahit tout l’auditoire, sans mĂȘme en excepter les thĂ©ologiens, qui restĂšrent pĂ©trifiĂ©s comme autrefois NiobĂ©. Pour moi, je fus sur le point d’imiter le Priape de Figuier lorsqu’il fut le tĂ©moin des sortilĂšges des deux sorciĂšres d’Horace.

Hoc tam novum exordium sic inhiantes admirati sunt omnes, prĂŠcipue Theologi, ut parum abfuerit, quin illis acciderit, quod olim NiobĂŠ, cum mihi propemodum evenerit, quod ficulno illi Priapo, qui magno suo malo, CanidiĂŠ SaganĂŠque nocturna sacra spectavit.

Et il y avait bien de quoi ? Vit-on jamais pareilles jongleries dans le grec de DémosthÚnes ou le latin de Cicéron ?

Nec iniuria profecto: nam quando similem ephodon, commentus est Demosthenes ille graius, aut Cicero Latinus?

Ces orateurs tenaient pour mauvais un exorde qui ne se rattachait pas au sujet mĂȘme. Sans autre maĂźtre que la nature, un bouvier connaĂźt cette rĂšgle.

Illis vitiosum habebatur proemium, quod a re foret alienius: quasi vero non ad istum modum exordiantur et subulci, natura videlicet magistra.

Mais, au contraire, si on en croit nos docteurs, le vrai chef-d’Ɠuvre de rhĂ©torique est un prĂ©ambule (c’est le terme consacrĂ©) qui n’a aucun rapport avec le reste du discours ; ils ne sont satisfaits que si leurs auditeurs effarĂ©s se demandent : « OĂč veulent-ils donc en venir ? —

At hi docti prĂŠambulum suum, sic enim vocant, ita demum eximie Rhetoricum fore ducunt, si nusquam quidquam habeat cum reliquo argumento confine, ut auditor interim admirans, illud secum murmuret, quo nunc se proripit ille?

S’ils disent un mot de l’Évangile,

Tertio loco ceu narrationis vice nonnihil ex Euangelio, sed cursim ac velut obiter interpretantur, cum id solum fuerit agendum.

c’est bien entendu en passant et par maniĂšre d’anecdote, sans prendre la peine de l’expliquer, bien qu’en rĂ©alitĂ© ils dussent borner leurs discours Ă  cette explication. Puis tout Ă  coup les voilĂ  qui mettent sur le tapis une question thĂ©ologique, la plupart du temps aussi Ă©trangĂšre au ciel qu’à la terre ; mais il paraĂźt que c’est lĂ  le comble de l’art.

Quarto loco iam nova sumpta persona, quĂŠstionem movent theologalem, aliquoties oute gĂȘs, oute ouranou haptomenĂȘn, atque id quoque ad artem arbitrantur pertinere.

C’est pour le coup qu’ils dressent la crĂȘte et citent Ă  tout propos les titres ronflants de leurs confrĂšres ; docteurs solennels, docteurs subtils, docteurs sĂ©raphiques, docteurs saints, docteurs irrĂ©fragables ;

Hic demum Theologicum attollunt supercilium, Doctores solennes, Doctores subtiles, Doctores subtilissimos, Doctores seraphicos, Doctores sanctos, Doctores irrefragabiles, magnifica nomina auribus inculcantes.

c’est alors que viennent les syllogismes, les majeures, les mineures, les conclusions, les corollaires, les suppositions, et mille autres niaiseries scolastiques, qui obtiennent le plus grand succùs prùs du vulgaire, qui n’y voit goutte.

Tum syllogismos maiores, minores, conclusiones, corollaria, suppositiones frigidissimas ac plus quam scholasticas nugas apud imperitum vulgus iactitant.

Reste le cinquiĂšme acte, oĂč l’orateur doit se surpasser.

Superest iam quintus actus, in quo summum artificem prĂŠstare convenit.

Cette fois, il avance quelque vieille fable absurde, tirĂ©e du Miroir des histoires ou des Gestes des Romains et l’explique au triple point de vue allĂ©gorique, tropologique et anagogique.

Hic mihi stultam aliquam et indoctam fabulam, ex speculo, opinor, historiali, aut gestis Romanorum in medium adferunt, et eamdem interpretantur allegorice, tropologice, et anagogice.

Ainsi finit leur discours, monstre bizarre, dont n’approche pas celui que dĂ©crit Horace aux premiers vers de son Art poĂ©tique.

Atque ad hunc quidem modum Chiméram suam absolvunt, qualem nec Horatius umquam adsequi potuit cum scriberet: ‘Humano capiti’ etc.

Ils ont pris je ne sais oĂč que l’exorde doit ĂȘtre dĂ©bitĂ© lentement et sans Ă©clat. Que font nos gens ?

Sed audierunt a nescio, quibus, ingressum orationis sedatum, minimeque clamosum esse oportere.

Ils commencent de façon Ă  ne pas s’entendre eux-mĂȘmes, excellente mĂ©thode pour n’ĂȘtre compris de personne.

Itaque principio sic exordiuntur, ut nec ipsi vocem propriam exaudiant, quasi referat dici, quod nullus intelligat.

On leur a dit que, pour remuer les passions, il fallait élever le ton ;

Audierunt nonnumquam ad concitandos adfectus, exclamationibus utendem esse.

pour obĂ©ir au prĂ©cepte, au moment oĂč on s’y attend le moins, ils passent tout Ă  coup Ă  des Ă©clats furieux.

Proinde presse alioqui loquentes, subinde repente vocem tollunt furioso plane clamore, etiam cum nihil opus.

Ce serait bien le cas de leur offrir un grain d’ellĂ©bore ; mais crier pour les arrĂȘter, ce serait peine perdue !

Iures elleboro homini opus esse, perinde quasi nihil referat, ut clames.

Il est encore de tradition chez eux que l’orateur doit s’échauffer par degrĂ©s. Aussi, aprĂšs avoir dĂ©butĂ© cahin-caha, se prennent-ils sans transition Ă  hurler, mĂȘme Ă  l’endroit le plus glacial ; par contre, ils finissent si bas qu’on croirait leur voir rendre l’ñme.

PrĂŠterea quoniam audierunt oportere sermonem in progressu fervescere, in singulis partibus principiis utcumque sane recitatis, mox mira vocis contentione utuntur, etiam si res sit frigidissima, atque ita denique desinunt, ut spiritu defectos credas.

La rhĂ©torique leur a appris que la plaisanterie est un moyen oratoire ; ils s’ingĂ©nient donc Ă  saupoudrer leurs discours de traits plaisants. Mais, par VĂ©nus ! rien n’égale leur grĂące et leur Ă -propos ; il semble voir des Ăąnes jouer de la lyre ! —

Postremo didicerunt, apud rhetores de risu fieri mentionem, eoque student et ipsi iocos quosdam adspergere, ĂȘ philĂȘ AphroditĂȘ, quam plenos gratiarum, quamque in loco, ut plane onon pros tĂȘn luran esse dicas. Mordent quoque nonnumquam, sed ita, ut titillent magis quam vulnerent.

Quelquefois ces enfroquĂ©s essayent bien de mordre ; mais ils chatouillent plutĂŽt qu’ils ne blessent, et ils ne flattent jamais mieux leur auditoire que lorsqu’ils affectent de lui dire librement la vĂ©ritĂ©.

Nec umquam verius adulantur, quam cum maxime parrĂȘsiazesthai videri student.

En somme, Ă  leur pantomime, Ă  leur dĂ©clamation on jurerait qu’ils ont Ă©tĂ© Ă  l’école des bateleurs qui, il faut l’avouer, leur sont bien supĂ©rieurs.

Denique tota actio est eiusmodi, ut iures eos a fori circulatoribus didicisse a quibus longe vincuntur.

Au surplus, il y a tant de points de contact, qu’on hĂ©site Ă  dĂ©cider si ce sont les moines qui ont enseignĂ© la rhĂ©torique aux pĂźtres, ou les pĂźtres aux moines.

Quamquam utrique alteris usque adeo sunt similes, ut nemo dubitet, quin aut hi ab illis, aut illi ab his rhetoricen suam didicerint.

MalgrĂ© cela, grĂące Ă  moi, il y a encore des gens qui les regardent comme des DĂ©mosthĂšnes et des CicĂ©rons ; les marchands et les femmes surtout s’y laissent prendre.

Et tamen inveniunt hi quoque, mea nimirum opera, qui cum hos audiunt, Demosthenes meros, ac Cicerones audire se putant.

Aussi, est-ce Ă  cette partie du public qu’ils cherchent avant tout Ă  plaire ; avec un peu d’adresse, ils finissent toujours par pousser les premiers Ă  leur lĂącher quelques miettes de leurs biens mal acquis ; quant aux autres, elles ont mille raisons d’aimer les bons pĂšres, ne fĂ»t-ce que pour Ă©pancher dans leur sein tout le mal qu’elles pensent de leurs maris.

Quod genus sunt prĂŠcipue mercatores ac mulierculĂŠ: quorum auribus unice placere student, quod illi nonnullam prĂŠdĂŠ portiunculam de rebus male partis soleant impertiri, si commode fuerint palpati. IllĂŠ cum aliis multis de causis huic ordini favent, tum prĂŠcipue, quod in horum sinus soleant effundere, si quid in maritos stomachantur.

J’en ai dit assez, il me semble, pour vous montrer de combien m’est redevable cette espùce d’hommes, qui, pour exercer, à l’aide de leurs momeries, leurs niaiseries et leurs clameurs, une sorte de tyrannie sur le monde, se prennent pour des Saint Paul et des Saint Antoine.

Videtis, opinor, quantopere mihi debeat hoc hominum genus, cum cerimoniolis, et nugis deridiculis, clamoribusque tyrannidem quamdam inter mortales exerceant, et Paulos atque Antonios sese credant.

LV

LV

Mais laissons ces histrions, ce sont des ingrats qui dissimulent aussi adroitement mes bienfaits, qu’ils simulent adroitement la piĂ©tĂ©. Parlons maintenant des rois et des princes qui se montrent si ouvertement mes adeptes ; parlons-en librement, comme il convient de parler d’hommes libres.

Verum ego istos histriones tam ingratos beneficiorum meorum dissimulatores, quam improbos simulatores pietatis libenter relinquo. Iamdudum enim iuvat de regibus ac principibus aulicis a quibus simplicissime color, et, ut dignum est, ingenuis, ingenue nonnihil attingere.

Il est bien certain que s’ils avaient entre eux tous une demi-once de bon sens, rien ne serait plus triste et moins enviable que leur sort.

Qui quidem si vel semiunciam sani cordis haberent, quid esset horum vita tristius aut ĂŠque fugiendum?

En effet, il doit sembler bien cher d’affecter le pouvoir au prix d’un parjure ou d’un parricide, Ă  qui a exactement calculĂ© combien pĂšse une couronne sur la tĂȘte d’un roi vraiment roi.

Neque enim existimabit vel periurio parricidioque parandum imperium, quisquis secum perpenderit, quam ingens onus sustineat humeris, qui vere principem agere velit.

Gouverner c’est veiller aux intĂ©rĂȘts publics et nĂ©gliger les siens. Le prince, auteur et exĂ©cuteur des lois, doit s’y montrer soumis tout le premier. Garant de l’intĂ©gritĂ© des ministres et des magistrats, tout le monde a l’Ɠil fixĂ© sur lui ; par l’exemple de ses mƓurs il peut Ă  son grĂ©, comme l’astre bienfaisant, rĂ©pandre le bonheur sur la terre, ou, comme la comĂšte funeste, semer partout la dĂ©solation et la ruine.

Eum quirerum gubernacula susceperit, publicum non privatum negotium gerere, nihil nisi de commodis publicis oportere cogitare: a legibus, quarum ipse et auctor et exactor est, nec latum digitum discedere: officialium omnium et magistratuum integritatem sibi prĂŠstandam esse: sese esse unum omnium oculis expositum, qui vel ceu sidus salutare, morum innocentia, maximam rebus humanis salutem possit adferre, vel veluti cometa lethalis summam perniciem invehere.

Les vices d’un citoyen se perdent dans la foule sans causer grand dommage, ceux du prince, fussent-ils mĂȘme lĂ©gers, empoisonnent comme une contagion toute la rĂ©publique.

Aliorum vitia neque perinde sentiri, neque tam late manare. Principem eo loco esse, ut si quid vel leviter ab honesto deflexerit, gravis protinus ad quamplurimos homines vitĂŠ pestis serpat.

Le prince est environnĂ© d’ennemis qui lui barrent le droit chemin, les plaisirs, la puissance, la flatterie, le luxe, contre lesquels il doit toujours ĂȘtre en garde, et, malgrĂ© tant de soins, il est encore trompĂ©.

Tum quod multa secum adferat principum fortuna, quĂŠ soleant a recto deducere, quod genus, delitiĂŠ, libertas, adulatio, luxus, hoc acrius enitendum ac sollicitius advigilandum, necubi vel deceptus cesset in officio.

Sans parler des embĂ»ches, des ennemis, des pĂ©rils et des maximes qui menacent une tĂȘte couronnĂ©e, il est un roi immortel qui demande aux rois mortels compte de leurs moindres actions, et qui les juge d’autant plus sĂ©vĂšrement que leur rĂšgne a Ă©tĂ© entourĂ© de plus de splendeurs.

Postremo, ut insidias, odia, cĂŠteraque vel pericula, vel metus omittam capiti imminere verum illum regem, qui paulo post ab eo sit etiam de minimo quoque commisso rationem exacturus, idque tanto severius, quanto prĂŠstantius gessit imperium.

Si les princes se prĂ©occupaient de ces idĂ©es ou autres du mĂȘme genre (mais il faudrait pour cela qu’ils fussent quelque peu sages), il n’y aurait pour eux, si je ne me trompe ; ni sommeil paisible, ni festins agrĂ©ables.

HĂŠc, inquam, atque huiusmodi plurima, si princeps secum perpenderet, perpenderet autem si saperet, is nec somnum, nec cibum, opinor, iucunde capere posset.

Mais heureusement je suis lĂ , moi, la Folie, et je les fais se reposer sur le hasard du soin de leurs empires, et ne prĂȘter l’oreille qu’à la flatterie tant ils ont peur qu’une pensĂ©e sĂ©rieuse ne vienne troubler leurs Ăąmes !

At nunc, meo munere, has omneis curas Diis permittunt, ipsi sese molliter curant, neque quemquam ad aurem admittunt, nisi qui iucunda loqui norit, ne quid animo sollicitudinis oboriatur.

Leur mĂ©tier de rois se borne, ils se l’imaginent, Ă  chasser sans trĂȘve ni cesse, Ă  monter de superbes chevaux, Ă  vendre chĂšrement Ă  leur profit les chasses et magistratures, et surtout Ă  trouver de nouveaux moyens d’enlever les biens de leurs sujets, pour en remplir leur trĂ©sor.

Se probe principis partes omneis implesse credunt, si venentur assidue, si bellos alant caballos, si suo commodo vendiderint magistratus ac prĂŠfecturas, si quotidie novĂŠ rationes excogitentur, quibus civium opes attenuent et in suum converrant fiscum.

Et les voit-on, pour y arriver, ressusciter de vieux titres, afin de couvrir du masque du droit leurs monstrueuses iniquités.

Verum id apposite, repertis titulis, ut etiam si sit iniquissimum, aliquam tamen ĂŠquitatis speciem prĂŠ se ferat.

Il est vrai que, le tour fait, ils daignent adresser quelques compliments au peuple, afin de se ménager son affection au moins par un cÎté.

Addunt data opera nonnihil adulationis, quo populares animos, utcumque sibi devinciant.

Figurez-vous un prince comme il y en a tant, ignorant des lois, sans souci du bien public, tout entier Ă  ses intĂ©rĂȘts et au plaisir, ennemi de la science, ennemi de la libertĂ© et de la vĂ©ritĂ©, ne songeant Ă  rien moins qu’au salut de la rĂ©publique et ne connaissant d’autre rĂšgle que son caprice et sa convenance ;

Fingite mihi nunc quales sunt nonnumquam, hominem legum ignarum, publicorum commodorum pene hostem, privatis intentum commoditatibus, addictum voluptatibus, osorem eruditionis, osorem libertatis ac veri, nihil minus quam de reipublicĂŠ salute cogitantem, sed omnia sua libidine, suisque utilitatibus metientem.

pendez-lui au cou le collier de la Toison d’or, emblĂšme de la solidaritĂ© de toutes les vertus ; placez sur sa tĂȘte une couronne enrichie de brillants, destinĂ©e Ă  lui rappeler qu’il doit briller au milieu de ses sujets par ses actions hĂ©roĂŻques ; mettez-lui en main le sceptre, symbole de la justice et de l’impartialitĂ© qui doit animer son cƓur ; revĂȘtez-lui la pourpre, qui dĂ©signe l’amour ardent qu’un souverain doit porter Ă  son peuple.

Deinde addite huic torquem auream, omnium virtutum cohĂŠrentium consensum indicantem, tum coronam gemmis insignitam, quĂŠ quidem admoneat eum heroicis omnibus virtutibus oportere cĂŠteris antecellere. PrĂŠterea sceptrum, iustitiĂŠ et undecumque incorrupti pectoris symbolum. Postremo purpuram eximiĂŠ cuiusdam in rempublicam caritatis indicium.

Et maintenant que ce mauvais prince compare, s’il l’ose, ses vĂȘtements symboliques avec sa vie rĂ©elle. Pourra-t-il le faire sans rougir de tout cet appareil, et n’aura-t-il pas Ă  craindre qu’un railleur n’y veuille voir que des oripeaux de théùtre ?

HĂŠc gestamina si princeps cum sua vita conferret, equidem futurum arbitror, ut plane pudescat ornatus sui, vereaturque ne quis nasutus interpres, totum hunc tragicum cultum, in risum, iocumque vertat.

LVI

LVI

Quant aux courtisans, il ne nous est pas possible de les oublier ; car rien au monde n’est rampant, servile, sot, abject et infatuĂ© de soi-mĂȘme comme cette espĂšce-lĂ .

Iam quid de proceribus aulicis commemorem? quorum plerisque cum nihil sit addictius, servilius, insulsius, abiectius, tamen omnium rerum primos sese videri volunt.

Sur un seul point, ils font preuve d’une rare modestie : je veux dire qu’ils se contentent d’étaler dans leur parure l’or, les pierres prĂ©cieuses, la pourpre, insignes de sagesse et de vertu, et qu’ils laissent sans contestation aux autres Ă  pratiquer ces choses.

Hac una in re tamen modestissimi, quod contenti, aurum, gemmas, purpuram, reliquaque virtutum ac sapientiĂŠ insignia corpore circumferre, rerum ipsarum studium omne concedunt aliis.

Quel bonheur pour eux de pouvoir dire : le roi mon maßtre ! Ils se sont fait une science à eux ; faire la courbette, distribuer à propos les altesses sérénissimes, les majestés, les excellences ;

Hoc abunde felices sibi videntur, quod regem herum vocare liceat, quod tribus verbis salutare didicerint, quod norint civiles titulos subinde inculcare, serenitatem, dominationem, et magnificentiam.

se composer un visage imperturbable, oĂč sourit toujours la flatterie, en forment les principaux Ă©lĂ©ments.

Quod egregie perfricuerint faciem, quod festiviter adulentur.

Ainsi se résument les talents de messieurs de la cour.

Nam hĂŠ sunt artes, quĂŠ vere nobilem et aulicum deceant.

Examinez-les d’un peu prĂšs ; ils vous paraĂźtront aussi stupides que les PhĂ©aciens d’Ulysse, aussi crapuleux que les amants de PĂ©nĂ©lope. Quant au reste, Ă©coutez l’écho des palais, il en sait plus long que moi.

CĂŠterum si vitĂŠ rationem omnem propius inspicias, nimirum meros PhĂŠacas invenies, sponsos Penelopes, reliquum carmen agnoscitis, quod Echo vobis melius referet quam ego.

Un bon courtisan dort jusqu’à midi. Le chapelain mercenaire qui Ă©pie son rĂ©veil, lui expĂ©die bien vite une messe, qu’il Ă©coute en robe de chambre.

Dormitur in medios dies, ibi Sacrificulus mercenarius ad lectum paratus, qui propemodum cubantibus adhuc sacrum expedite peragat.

Monseigneur déjeune : le dßner suit de prÚs.

Mox ad ientaculum, quo vix peracto, iam interpellat prandium.

Ensuite viennent les dés, les échecs, les comédiens, les bouffons, les filles et les folies.

Sub id alea, laterunculi, sortes, scurrĂŠ, moriones, scorta, lusus, inficetiĂŠ.

Dans les intervalles, on fait collation.

Interim una aut altera merenda.

Puis c’est le souper, et l’on banquette une partie de la nuit.

Rursum coena, post hanc repotia, non una per Iovem.

VoilĂ  comment s’écoulent pour lui, loin des prĂ©occupations, les heures, les jours, les mois, les annĂ©es et les siĂšcles.

Atque ad hunc modum, citra ullum vitĂŠ tĂŠdium elabuntur horĂŠ, dies, menses, anni, sĂŠcula.

La vanitĂ© des courtisans va jusque-lĂ  qu’elle me fatigue. Ça ne doit Ă©tonner personne, avoir cette nymphe de cour se croire d’autant plus dĂ©esse que la queue de sa robe est plus longue ; Ă  voir cet important se faire jour dans la foule, Ă  coups de coude, pour arriver plus prĂšs de Jupiter ; Ă  voir ce fat s’admirer de bonne foi Ă  cause de la lourde chaĂźne qu’il s’est pendue au cou et qui tĂ©moigne presqu’autant de sa force que de son opulence !

Ipsa nonnumquam saginatior abeo, si quando viderim illos megalorrvntas, dum inter Nymphas unaquĂŠque hoc sibi videtur Diis propior, quo caudam longiorem trahit, dum procerum alius alium cubito protrudit, quo Iovi vicinior esse videatur, dum sibi quisque hoc magis placet, quo graviorem catenam collo baiulat, ut robur etiam, non opes tantum ostentent.

LVII

LVII

Les princes ne sont pas seuls Ă  mener joyeuse vie ; dans cette voie, les papes, les cardinaux, et les Ă©vĂȘques se montrent leurs dignes Ă©mules, sinon leurs maĂźtres.

Ac principum quidem institutum, Summi Pontifices, Cardinales, et Episcopi, iam pridem gnaviter ĂŠmulantur, ac prope superant.

Vous voudriez peut-ĂȘtre aussi que tout ce monde-lĂ  ait sans cesse Ă  l’esprit que ses blancs vĂȘtements de lin l’avertissent de mener une vie sans tache ;

Porro si quis perpendat, quid linea vestis admoneat, niveo candore insignis, nempe vitam undiquaque inculpatam.

que sa mitre Ă  deux cornes rĂ©unies par un seul nƓud signifie qu’il doit rĂ©unir la science du Nouveau et de l’Ancien Testament ;

Quid sibi velit mitra bicornis, utrumque fastigium eodem cohibente nodo, puta Novi pariter et Veteris Instrumenti absolutam scientiam.

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