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et lâart de faire rire est bien Ă moi, personne ne peut le contester.
Nisi et si quis hoc arbitretur ad Stultitiam non pertinere, ridiculis dictis excitare cachinnos, idque arte.
Ils sont bien encore de la mĂȘme farine, ces Ă©crivassiers qui comptent arriver Ă lâimmortalitĂ© en faisant des livres.
Huius farinĂŠ sunt et isti, qui libris edendis famam immortalem aucupantur. Hi cum omnes mihi plurimum debent, tum prĂŠcipue qui meras nugas chartis illinunt.
Tous sont mes justiciables, et particuliĂšrement ceux qui nâĂ©crivent que des sottises. Quant Ă ces savants qui ne destinent leurs ouvrages quâĂ un petit nombre dâĂ©rudits et redoutent lâĆil perçant de la critique, je les trouve beaucoup plus Ă plaindre quâĂ admirer. Leur vie nâest quâune longue torture ; toujours ajouter, changer, retrancher, remettre, forger et reforger, travailler dix ans une Ćuvre pour nâen ĂȘtre pas satisfait, est-ce vivre ? Et quâobtiennent-ils en retour ? Lâapprobation de deux ou trois connaisseurs ! Ils la payent bien cher au prix de leur sommeil, ce baume de la vie ; au prix de labeurs et de tourments infinis.
Nam qui erudite ad paucorum doctorum iudicium scribunt, quique nec Persium, nec LĂŠlium iudicem recusant, mihi quidem miserandi magis, quam beati videntur, ut qui sese perpetuo torqueant: addunt, mutant, adimunt, reponunt, repetunt, recudunt, ostendunt, nonum in annum premunt, nec umquam sibi satisfaciunt, ac futile prĂŠmium, nempe laudem, eamque perpaucorum, tanti emunt, tot vigiliis, somnique, rerum omnium dulcissimi, tanta iactura, tot sudoribus, tot crucibus.
Ils la payent bien cher, car ces labeurs dĂ©labrent leur santĂ©, flĂ©trissent leur visage, affaiblissent la vue quand ils ne la dĂ©truisent pas. Ce ne serait rien encore si lâenvie ne les poursuivait, si les privations et la misĂšre ne les accablaient, amenant aprĂšs elles une vieillesse prĂ©maturĂ©e et bientĂŽt la mort.
Adde nunc valetudinis dispendium, formĂŠ perniciem, lippitudinem, aut etiam cĂŠcitatem, paupertatem, invidiam, voluptatum abstinentiam, senectutem prĂŠproperam, mortem prĂŠmaturam, et si qua sunt alia eiusmodi.
Et tout cela en dĂ©finitive, pourquoi, sâil vous plaĂźt ? pour ĂȘtre lu par deux ou trois chassieux !
Tantis malis sapiens ille redimendum existimat, ut ab uno aut altero lippo probetur.
Parlez-moi plutĂŽt de lâauteur qui Ă©crit sous mon inspiration. Pour celui-lĂ , vous le voyez jeter sans mĂ©ditations sur le papier tout ce qui lui vient au bout de la plume ; voire mĂȘme ses rĂȘves. Il lui en coĂ»te bien un peu dâencre, mais il sait quâen entassant sottise sur sottise, il augmentera le nombre de ses lecteurs, câest-Ă -dire quâil aura pour lui la foule innombrable des sots et des ignorants.
At meus ille scriptor, quanto delirat felicius, dum nulla lucubratione, verum utcumque visum est animo, quidquid in calamum incidit, vel somnia sua, statim litteris prodit, levi dumtaxat chartarum iactura, non ignarus futurum, ut quo nugaciores nugas scripserit, hoc a pluribus, id est, stultis et indoctis omnibus probetur.
Quâa-t-il Ă sâinquiĂ©ter de ces deux ou trois savants qui ne le liront sans doute pas ?
Quid enim est negotii, treis illos doctos, si tamen ea legerint, contemnere?
en tous cas, leurs sifflets isolĂ©s se perdront dans la masse des applaudissements. â
Aut quid valebit, tam paucorum sapientum calculus, in tam immensa reclamantium turba?
Personne nâentend mieux ses intĂ©rĂȘts que ceux qui publient sous leur nom les ouvrages dâautrui ; en copiant sans peine ils sâapproprient une gloire qui a coĂ»tĂ© dâimmenses travaux Ă dâautres. Ce nâest pas quâils ignorent que leur plagiat ne se dĂ©couvrira quelque jour ; en attendant, ils en bĂ©nĂ©ficient.
sed magis etiam sapiunt, qui aliena pro suis edunt, et alieno magnoque partam labore gloriam, verbis in se transmovent, hoc videlicet freti, quod arbitrentur futurum, ut etiam si maxime coarguantur plagii, tamen aliquanti temporis usuram sint interim lucrifacturi.
Il faut les voir se rengorger lorsque le vulgaire les loue et les montre au passage en disant : câest lui, lorsquâils contemplent leur livre Ă©talĂ© chez tous les libraires, et portant deux ou trois surnoms dont ils se sont baptisĂ©s ; surnoms empruntĂ©s Ă quelque langue Ă©trangĂšre et qui ressemblent Ă des formules magiques.
Videre est operĂŠ pretium, quam hi sibi placent, cum vulgo laudantur, cum digito ostenduntur in turba, houtos estin ho deinos ekeinos cum apud bibliopolas prostant, cum in omnium paginarum frontibus leguntur tria nomina, prĂŠsertim peregrina, ac magicis illis similia.
Il nây a rien lĂ autre chose que des mots,
QuĂŠ, per Deum immortalem, quid aliud sunt quam nomina?
et, encore combien y en aura-t-il qui les comprendront ; combien y en aura-t-il qui les approuveront ? Chez les ignorants comme chez les lettrés il y a une telle diversité de goûts.
Deinde quam a paucis cognoscenda, si mundi vastitatem respicias: tum a quanto paucioribus laudanda, ut sunt etiam indoctorum diversa palata.
En général, ces noms sont forgés ou empruntés aux auteurs anciens.
Quid quod ea ipsa nomina non raro confinguntur, aut e priscorum libris adoptantur?
Lâun se fait appeler TĂ©lĂ©maque, lâautre StĂ©nĂ©lus ou LaĂ«rte, un troisiĂšme opte pour Polycrate ou Citrouille et encore avec certains philosophes Alpha et BĂȘta.
Cum alius sese Telemachum, alius Stelenum aut LĂŠrtem, hic Polycratem, ille Thrasymachum sese nominari gaudet: ut nihil iam referat, etiam si chamĂŠleonti aut cucurbitĂŠ, sive quemadmodum solent philosophi loqui, alpha aut beta librum inscribas.
Le plus divertissant de lâaffaire, câest de les voir se renvoyer mutuellement des Ă©pĂźtres, des vers et des panĂ©gyriques, oĂč un sot flatte un sot, et un Ăąne donne la rĂ©plique Ă un autre. â
Illud autem lepidissimum, cum mutuis epistolis, carminibus, encomiis sese vicissim laudant, stulti stultos, indoctos indocti.
Vous ĂȘtes supĂ©rieur Ă AlcĂ©e, dit le premier. â Vous, rĂ©plique le second, vous valez Callimaque. â CicĂ©ron vous cĂšde la palme, dit lâun ; et lâautre de repartir : Platon est moins profond que vous. â
Hic illius suffragio discedit Alceus, ille huius Callimachus: ile huic est M. Tullio superior, hic illi Platone doctior.
Parfois ils se donnent un adversaire pour se mettre plus en relief ;
Nonnumquam etiam antagonistam quĂŠrunt, cuius ĂŠmulatione famam augeant.
alors le bon public de sâĂ©chauffer et de prendre parti pour ou contre ; tandis que les champions se prĂ©tendent vainqueurs, et chantent leur triomphe chacun de son cĂŽtĂ©.
Hic scinditur incertum studia in contraria vulgus, donec uterque dux re bene gesta victor discedit, uterque triumphum agit.
Les sages, je le sais, rient de tout cela comme dâinsignes folies.
Rident hĂŠc sapientes, ut, veluti sunt, stultissima.
Quis enim negat?
En attendant, grĂące Ă moi, tous ces fous-lĂ sont trĂšs-heureux, et ne changeraient pas leurs triomphes contre ceux des Scipions.
Sed interim meo beneficio suavem vitam agunt, ne cum Scipionibus quidem suos triumphos commutari.
Mais ces sages eux-mĂȘmes, qui se moquent si volontiers de leur prochain, croient-ils donc ne me rien devoir ? Ils seraient trop ingrats sâils osaient le nier.
Quamquam docti quoque interim dum hĂŠc magna cum animi voluptate rident, et aliena fruuntur insania, non paulum mihi debent et ipsi, quod inficari possunt, nisi sint omnium ingratissimi.
LI
LI
Parmi les savants, les jurisconsultes prĂ©tendent tenir le haut bout, et nuls au monde ne sâen font plus libĂ©ralement accroire. Vrais Sysiphes, qui roulent sans relĂąche leur rocher, ils torturent quelques milliers de lois sans sâinquiĂ©ter si elles ont quelque rapport avec leur affaire, et Ă grands renforts de gloses et de citations, ils parviennent Ă prouver au vulgaire que rien nâest plus difficile que leur science.
Inter eruditos iurisconsulti sibi vel primum vindicant locum, neque quisquam sibi placet, dum Sisyphi saxum assidue volvunt, ac sexcentas leges eodem spiritu contexunt, nihil refert quam ad rem pertinentes, dumque glossematis glossemata, opiniones opinionibus cumulantes, efficiunt ut studium illud omnium difficillimum esse videatur.
Pour eux, ils en mesurent le mĂ©rite au mal quâelle leur donne.
Quidquid enim laboriosum, idem protinus et prĂŠclarum existimant.
On peut ranger dans la mĂȘme catĂ©gorie les dialecticiens et les sophistes, plus bruyants que les chaudrons de Dodone, et dont le moins bavard tiendrait tĂȘte Ă vingt commĂšres de choix. Passe encore sâils nâĂ©taient que cela, mais ils sont encore querelleurs, au point quâils en viennent aux mains pour un fĂ©tu de paille, et pendant la lutte la vĂ©ritĂ© Ă©chappe Ă tous les combattants.
Adiungamus his dialecticos ac sophistas, hominum genus quovis ĂŠre DodonĂŠo loquacius, ut quorum unusquivis cum vicenis delectis muleribus garrulitate decertare possit, feliciores tamen futuri, si tantum linguaces essent, non etiam rixosi, adeo ut de lana caprina pertinacissime digladientur, et nimium altercando plerumque veritatem amittant.
Mais quelles puissances dâamour-propre ils se donnent ? ArmĂ©s de trois syllogismes boiteux, on les voit engager le combat sur nâimporte quel terrain avec nâimporte quel champion.
Hos tamen sua Philautia beatos reddit, dum tribus instructi syllogismis incunctanter audent quavis de re, cum quovis manum conserere.
Leur opiniùtreté les rend invincibles ; ils fatigueraient le larynx de Stentor.
CĂŠterum pertinacia reddit invictos, etiamsi Stentorem opponas.
LII
LII
Ici encore se trouve la place des philosophes vĂ©nĂ©rables surtout par leurs barbes et leurs manteaux. Ăcoutez-les, ils sâimaginent possĂ©der toute sagesse, le reste des hommes nâexiste pas pour eux.
Sub hos prodeunt philosophi, barba pollioque verendi, qui se solos sapere prĂŠdicant, reliquos omnes mortales, umbras volitare.
Quâil est dĂ©licieux, leur dĂ©lire, lorsquâils crĂ©ent dans le vide des mondes infinis, quand ils mesurent la lune, les Ă©toiles et les globes avec autant dâaplomb que sâils les avaient sous leur compas, ou bien encore, quand ils sâexpliquent les choses inexplicables de la foudre, du vent, des Ă©clipses et des autres phĂ©nomĂšnes naturels ! Et nâallez pas croire quâils hĂ©sitent ; il semble quâils sont dans la confidence des architectes des mondes et quâils arrivent en droite ligne de leur conseil.
Quam vero suaviter delirant, cum innumerabiles ĂŠdificant mundos, dum solem, dum lunam, stellas, orbes, tamquam pollice filove metiuntur, dum fulminum, ventorum, eclipsium ac cĂŠterarum inexplicabilium rerum causas reddunt, nihil usquam hĂŠsitantes, perinde quasi naturĂŠ rerum architectrici fuerint a secretis, quasive e Deorum consilio nobis advenerint: quos interim Natura cum suis coniecturis, magnifice ridet.
Heureusement la nature se moque bien de leurs hypothĂšses.Dâailleurs aucune certitude chez eux ; je nâen veux dâautre preuve que leurs interminables disputes.
Nam nihil apud illos esse comperti, vel illud satis magnum est argumentum, quod singulis de rebus inexplicabilis inter ipsos est digladiatio.
Ils ne savent rien et prĂ©tendent tout savoir ; ils sâignorent eux-mĂȘmes et ne voient ni la fosse ouverte Ă leurs pieds, ni le rocher qui se dresse devant eux ; leur vue est courte et leur esprit bat la campagne. Mais parlez-leur des idĂ©es, de universaux, des formes abstraites, de la nature premiĂšre, des quidditĂ©s, des eccĂ©itĂ©s, ils verront Ă merveille toutes ces choses si tĂ©nues que LyncĂ©e lui-mĂȘme eĂ»t Ă©tĂ© bien empĂȘchĂ© de les voir.
Ii cum nihil omnino sciant, tamen omnia se scire profitentur: cumque se ipsos ignorent, neque fossam aliquoties, aut saxum obvium videant, vel quia lippiunt plerique, vel quia peregrinantur animi, tamen ideas, universalia, formas separatas, primas materias, quidditates, ecceitates videre se prĂŠdicant, res adeo tenues, ut neque Lynceus, opinor, possit perspicere.
Ils sâestiment bien au-dessus du vulgaire, parce quâils savent tracer des triangles, des cercles et autres figures gĂ©omĂ©triques ; les superposer les unes aux autres et les mĂȘler en façon de labyrinthe, Ă moins quâils ne prĂ©fĂšrent disposer des lettres dâaprĂšs un ordre convenu et les combiner de mille façons. VoilĂ par quels moyens ils en imposent aux ignorants.
Ium vero prĂŠcipue profanum vulgus adspernantur, quoties, triquetris, et tetragonis, circulis, atque huiusmodi picturis mathematicis, aliis super alias inductis, et in labyrinthi speciem confusis, prĂŠterea litteris velut in acie dispositis, ac subinde alio atque alio repetitis ordine, tenebras offundunt imperitioribus.
Câest parmi cette engeance que vous rencontrerez ces astrologues qui lisent lâavenir dans les astres et promettent des choses devant lesquelles les plus hardis magiciens reculeraient. Et dire quâils trouvent pourtant encore des gens plus fous quâeux pour les croire !
Neque desunt ex hoc genere qui futura quoque prĂŠdicant consultis astris, ac miracula plusquam magica polliceantur, et inveniunt homines fortunati, qui hĂŠc quoque credant.
LIII
LIII
Nous ferions peut-ĂȘtre bien de passer sous silence les thĂ©ologiens ; il est imprudent de remuer ce ruisseau et de manier cette plante fĂ©tide. Câest une race irritable et qui nâentend pas raillerie. Il est Ă craindre quâelle ne nous accable de mille conclusions, et quâelle ne nous amĂšne Ă chanter palinodie sous peine dâĂȘtre taxĂ©s dâhĂ©rĂ©sie ;
Porro Theologos silentio transire fortasse prĂŠstiterit, kai tautĂȘn kamarinan ou kinein, nec hanc anagyrim tangere, utpote genus hominum mire superciliosum atque irritabile, ne forte turmatim sexcentis conclusionibus adoriantur, et ad palinodiam adigant, quod si recusem, protinus hĂŠreticam clamitent.
car ce nâest rien moins que la foudre que ces aimables gens lancent contre ceux qui ne les admirent pas.
Nam illico solent hoc terrere fulmine, si cui sunt parum propitii.
De tous les mortels, aucuns ne ressentent plus vivement mes bienfaits, et je nâen connais pas cependant qui consentent moins Ă lâavouer. Jâai bien pourtant quelques titres Ă leur reconnaissance. Nâest-ce pas moi dâabord qui leur octroie cet amour-propre qui les porte au troisiĂšme ciel, dâoĂč ils peuvent contempler avec bonheur le reste des mortels ramper sur la terre ? Nâest-ce pas moi qui leur fournis ces dĂ©finitions magistrales, ces conclusions, ces corollaires, ces propositions implicites et explicites, et tout cet attirail de guerre derriĂšre lequel ils se retranchent avec tant dâadresse que les filets de Vulcain ne pourraient les enserrer ? Pas de maille si solide quâelle puisse rĂ©sister au tranchant de leurs distinguo ; ils trouvent des ressources incroyables dans des termes choisis Ă dessein et lâobscuritĂ© de leur langue.
Sane quamquam non alii sunt, qui minus libenter agnoscant meam in se beneficentiam, tamen hi quoque non mediocribus nominibus obstricti sunt, dum felices sua Philautia perinde quasi ipsi tertium incolant coelum, ita reliquos mortaleis omneis ut humi reptantes pecudes, e sublimi despiciunt, ac prope commiserantur, dum tanto magistralium definitionum, conclusionum, corollariorum, propositionum explicitarum et implicitarum agmine septi sunt, tot exuberant krĂȘsphugetois, ut nec Vulcaniis vinculis sic possint irretiri, quin elabantur distinctionibus, quibus nodos omneis adeo facile secant, ut non Tenedia bipennis melius, tot nuper excogitatis vocabulis, ac prodigiosis vocibus scatent.
Il faut les entendre expliquer Ă leur fantaisie comment fut créé et achevĂ© le monde ; par quels canaux le pĂ©chĂ© originel se rĂ©pandit sur la postĂ©ritĂ© dâAdam ; Ă quel moment la Vierge engendra le Christ ; quelle participation elle y eut ; combien de temps elle le porta dans son sein ; ou mieux encore, comme quoi les accidents subsistent sans substance dans lâEucharistie.
PrĂŠterea dum arcana mysteria suo explicant arbitratu, qua ratione conditus ac digestus sit mundus. Per quos canales labes illa peccati in posteritatem derivata sit: quibus modis, qua mensura, quantulo tempore in Virginis utero sit absolutus Christus, quemadmodum in synaxi accidentia subsistant sine domicilio.
Mais tout cela est bien rebattu ; voici dâautres questions plus dignes des grands thĂ©ologiens, des illuminĂ©s, comme ils disent, et qui ont le privilĂšge de faire dresser lâoreille aux plus blasĂ©s ; « Est-ce quâil y a eu un instant dans la gĂ©nĂ©ration divine ?⊠â
Sed hĂŠc protrita. Illa demum magnis et illuminatis, ut vocant, Theologis digna putant, ad hĂŠc si quando incidunt, expergiscunter.
Doit-on admettre plusieurs gĂ©nĂ©rateurs dans le Christ ? â
Num quod instans in generatione divina? Num plures in Christo filiationes?
Cette proposition : Dieu le pĂšre hait son fils, est-elle possible ?
Num possibilis propositio, Pater Deus odit filium?
â Le Sauveur avait-il pu prendre la figure dâune femme ou dâun diable, dâun Ăąne, dâune citrouille ou dâun caillou ?
Num Deus potuerit suppositare mulierem, num Diabolum, num asinum, num cucurbitam, num silicem?
Et, admettant quâil eĂ»t pris la forme dâune citrouille, aurait-il pu prĂȘcher, faire des miracles et ĂȘtre crucifiĂ© ? â
Tum quemadmodum cucurbita fuerit concionatura, editura miracula, figenda cruci?
QuâeĂ»t consacrĂ© Pierre, sâil avait consacrĂ© pendant que le Christ Ă©tait encore sur la croix ? â
Et, quid consecrasset Petrus, si consecrasset eo tempore, quo corpus Christi pendebat in cruce?
Au mĂȘme moment, pouvait-on donner le nom dâhomme au Christ ? â AprĂšs la rĂ©surrection sera-t-il permis de boire et de manger ? » PrĂ©voyance admirable, penser aux vivres si longtemps Ă lâavance !
Et, num eodem tempore Christus homo dici potuerit: et num post resurrectionem edere aut bibere fas sit futurum, iam nunc famem sitimque prĂŠcaventes.
Ce serait Ă nâen pas finir que de citer leurs innombrables niaiseries dans ce genre, et mille autres encore non moins sĂ©rieuses, sur les formalitĂ©s, les quidditĂ©s, les eccĂ©itĂ©s, toutes chimĂšres qui Ă©chapperaient aux yeux les plus perçants, Ă moins quâils ne fussent de la force de ceux de LyncĂ©e, qui voyait Ă travers les plus Ă©paisses tĂ©nĂšbres, ce qui depuis ne sâest jamais vu.
Sunt innumerabiles leptoleschiai, his quoque multo subtiliores, de instantibus, de notionibus, de relationibus, de formalitatibus, de quidditatibus, ecceitatibus, quas nemo possit oculis adsequi, nisi tam Lynceus, ut ea quoque per altissimas tenebras videat, quĂŠ nusquam sunt.
La morale de ces théologastres est toute farcie de sentences si paradoxales que les paradoxes des stoïciens pùlissent devant elles, et semblent des maximes grossiÚres et triviales.
Adde nunc his gnĂŽmas, illas, adeo paradoxous ut illa Stoicorum oracula, quĂŠ paradoxa vocant, crassissima prĂŠ his videantur, et circumforanea, velut levius esse crimen, homines mille iugulare, quam semel in die Dominico calceum pauperi consuere.
Ils nous diront, par exemple, quâil est bien prĂ©fĂ©rable de tuer mille hommes que de raccommoder le jour du dimanche le soulier dâun pauvre ; quâil vaudrait mieux laisser pĂ©rir lâunivers, avec armes et bagages, que de hasarder le plus petit mensonge.
Et potius esse committendum, ut universus orbis pereat una cum victu et vestitu, quod aiunt, suo, quam unicum quantumlibet leve mendaciolum dicere.
Mais ces trĂšs-subtiles subtilitĂ©s sont encore subtilisĂ©es par la multiplicitĂ© de leurs systĂšmes. Les sinuositĂ©s du labyrinthe nâĂ©taient que jeux auprĂšs des ambages des RĂ©aux, des Nominaux, des Thomistes, des Albertistes, des Ockanistes, des Scottistes et dâautres Ă©coles dont je vous fais grĂące, mâen tenant aux principales.
Iam has subtilissimas subtilitates subtiliores etiam reddunt tot scholasticorum viĂŠ, ut citius e labyrinthis temet explices, quam ex involucris Realium, Nominalium, Thomistarum, Albertistarum, Occanistarum, Scotistarum, et nondum omneis dixi, sed prĂŠcipuas dumtaxat.
Dans toutes ces thĂ©ologies, il y a tant dâĂ©rudition, tant de difficultĂ©s, quâĂ mon sens les apĂŽtres auraient besoin dâune nouvelle descente du Saint-Esprit pour y entendre quelque chose.
In quibus omnibus tantum est eruditionis, tantum difficultatis, ut existimem ipsis Apostolis alio spiritu opus fore, si cogantur hisce de rebus cum hoc novo Theologorum genere conserere manus.
Certes, Paul Ă©tait touchĂ© par la foi, mais lorsquâil a dit : « La foi est la substance de ce que nous devons espĂ©rer : la preuve de ce qui ne tombe pas sous les sens, » sa dĂ©finition est bien peu magistrale.
Paulus fidem prĂŠstare potuit, at idem cum ait: âFides est substantia rerum sperandarum, argumentum non apparentiumâ: parum magistraliter definivit.
La charitĂ© de cet apĂŽtre ne peut ĂȘtre mise en doute ; mais quâil se montre triste dialecticien dans la division et la dĂ©finition quâil donne de cette vertu dans son ĂpĂźtre aux Corinthiens, chapitre 13 !
Idem ut caritatem optime prĂŠstitit, ita parum dialectice vel dividit, vel finit, in priore ad Corinthios epistola, cap. 13.
Les apĂŽtres cĂ©lĂ©braient avec quelque saintetĂ© les mystĂšres ; mais ils eussent Ă©tĂ© bien embarrassĂ©s dâexpliquer ce qui se cache sous les expressions a quo et ad quem ; de dĂ©montrer la transsubstantiation, la façon dont le mĂȘme corps peut exister simultanĂ©ment en plusieurs endroits, la diffĂ©rence quâil y a entre le corps du Christ au ciel, sur la croix et dans lâEucharistie ; le moment prĂ©cis de la transsubstantiation, et comment il est possible quâelle se fasse dans un instant, puisque les paroles en vertu desquelles elle sâopĂšre forment une quantitĂ© concrĂšte, dont chacune des parties se succĂšde dans le temps. Toutes choses que les Scottistes distinguent et dĂ©finissent facilement, mais qui eussent Ă©tĂ© Ă©videmment lettres closes pour les apĂŽtres.
Ac pie quidem illi consecrabant synaxim, et tamen rogati de termino a quo, et termino ad quem: de transsubstantiatione: de modo quo corpus idem sit in diversis locis: de differentia, qua corpus Christi est in coelo, qua fuit in cruce, qua in sacramento synaxeos: quo puncto fiat transsubstantiatio, cum oratio per quam ea fit, ut quantitas discreta sit in fluxu, non pari, sicut opinor, respondissent acumine, quo ScotidĂŠ disserunt hĂŠc, ac definiunt.
Ils avaient connu en chair et en os la mÚre du Christ ; nonobstant, en est-il un seul qui démontrùt aussi bien que nos théologiens comment elle fut préservée du péché originel ?
Noverant illi Iesu matrem, sed quis eorum tam philosophice demonstravit, quomodo fuerit ab AdĂŠ macula, prĂŠservata, quam nostri Theologi?
Pierre reçut les clefs, et les reçut de celui qui ne pouvait les confier Ă un indigne, fort bien ; mais Pierre a-t-il compris, a-t-il su atteindre Ă cette subtilitĂ© que ces clefs pourraient devenir celles de la science entre les mains dâun ignorant ?
Petrus accepit claves, et accepit ab eo, qui non committat indigno, et tamen an intellexerit, nescio, certe nusquam attigit subtilitatem, quomodo scientiĂŠ clavem habeat is quoque, qui scientiam non habeat.
Les apĂŽtres baptisaient bien quelquefois, mais ont-ils jamais parlĂ© de la cause formelle, matĂ©rielle, efficiente, finale du baptĂȘme, du caractĂšre dĂ©lĂ©bile et indĂ©lĂ©bile de ce sacrement ?
Baptizabant illi passim, et tamen nusquam docuerunt, quĂŠ sit causa formalis, materialis, efficiens, et finalis baptismi, nec characteris delebilis, et indelebilis apud hos ulla mentio.
Ils adoraient Dieu, mais en esprit, sâappuyant seulement sur lâĂvangile, qui dit que Dieu est pur esprit, et quâil veut ĂȘtre adorĂ© en esprit et en vĂ©ritĂ© ;
Adorabant quidem illi, sed in Spiritu, nihil aliud sequentes, quam illud Evangelicum, spiritus est Deus, et eos qui adorant eum in spiritu et veritate oportet adorare.
mais nulle part il ne leur a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© quâune image du Christ, tracĂ©e au charbon sur le mur, mĂ©ritĂąt le mĂȘme culte que le Christ lui-mĂȘme, pour peu quâelle eĂ»t deux doigts Ă©tendus, une longue chevelure, et une aurĂ©ole Ă trois raies sur lâocciput.
Verum haud apparet eis tum fuisse revelatum, una eademque adoratione adorandam imagunculam carbone delineatam in pariete, ut Christum ipsum, si modo duobus sit porrectis digitis, intonsa coma et in umbone qui adhĂŠret occipitio, treis habeat notas.
Ce sont lĂ toutes choses quâon ne peut comprendre Ă moins dâavoir passĂ© trente-six ans dans les rĂ©gions physiques et mĂ©taphysiques des AristotĂ©liciens et des Scottistes.
Quis enim hĂŠc percipiat, nisi triginta sex annos totos in physicis, et ultramundanis Aristotelis et Scoticis contriverit?
Les apĂŽtres parlent souvent de la grĂące ; mais ces pauvres sires ne savent pas distinguer la grĂące gratuite de la grĂące gratifiante ;
Idemtidem inculcant Apostoli gratiam, at iidem nusquam distinguunt, quid intersit inter gratiam gratis datam, et gratiam gratificantem.
ils exhortent aux bonnes mĆurs, mais ils ne disent pas la diffĂ©rence entre lâĆuvre opĂ©rante et lâĆuvre opĂ©rĂ©e.
Hortantur ad bona opera, nec discernunt opus, opus operans et opus operatum.
Partout, ils prĂȘchent la charitĂ©, mais ils ne sĂ©parent pas la charitĂ© infuse de la charitĂ© acquise ; et lâon doute aprĂšs eux si câest lĂ un accident ou une substance, une chose créée ou incréée !
Passim inculcant caritatem, nec secernunt infusam ab acquisita, nec explicant, accidens ne sit, an substantia, creata res an increata.
Le pĂ©chĂ© leur faisait horreur, mais je veux mourir sâils ont jamais songĂ© Ă le dĂ©finir, Ă moins de supposer que lâesprit de Scott les inspirait.
Detestantur peccatum, at, emoriar, si potuerunt scientifice definire, quid sit illud, quod peccatum vocamus, nisi forte Scotistarum spiritu fuerunt edocti.
Si Paul, dont le triste dialectique peut nous faire juger de celle des autres, eĂ»t Ă©tĂ© aussi profond quâon lâest aujourdâhui, il se serait bien gardĂ© de condamner les questions, les dĂ©finitions, les dĂ©ductions, et, comme il le dit, ces vaines disputes de mots. Et cependant, de son temps, il nây avait encore que des discussions de paysans grossiers, si on les compare aux subtilitĂ©s de nos docteurs, qui en remontreraient Ă Chrysippe lui-mĂȘme !
Nec enim adduci possum, ut credam Paulum, e cuius unius eruditione licet omneis ĂŠstimare, toties, damnaturum fuisse quĂŠstiones, disceptationes, genealogias, et ut ipse vocat, logomachias, si eas percalluisset argutias, prĂŠsertim cum omnes illius temporis contentiones, pugnĂŠque rusticanĂŠ fuerint, et crassĂŠ, si cum magistrorum nostrorum plus quam Chrysippeis subtilitatibus conferantur.
Rendons pourtant justice aux seigneurs théologiens, ils ont la modestie de ne pas condamner les naïvetés si peu magistrales des apÎtres ; ils ne font que les interpréter à leur guise,
Quamquam homines modestissimi, si quid forte scriptum sit ab Apostolis indolatius parumque magistraliter, non damnant quidem, sed commode interpretantur.
dĂ©fĂ©rence qui vient au moins autant de leur vĂ©nĂ©ration pour lâantiquitĂ© du texte que de leur respect pour le titre dâapĂŽtre. â
Hoc videlicet honoris, partim antiquitati, partim Apostolico nomini deferentes.
Mais il me semble entre nous quâils se montrent un peu exigeants envers les disciples de JĂ©sus, puisque leur maĂźtre ne leur a pas enseignĂ© toutes ces belles choses.
Et, hercle, parum ĂŠquum erat, res tantas ab illis requirere, de quibus ex prĂŠceptore suo, ne verbum quidem umquam audissent.
Si, par hasard, nos thĂ©ologastres rencontrent cette mĂȘme faute, quâils ont bon grĂ©, mal grĂ©, pardonnĂ©e chez les apĂŽtres, dans Chrysostome, JĂ©rĂŽme ou Basile ; câest pour le coup quâils ne se gĂȘnent plus ; ils Ă©crivent en marge, sans plus de façon : non tenetur, cela nâest pas admis.
Idem si eveniat in Chrysostomo, Basilio, Hieronymo, tum sat habent adscribere: âNon teneturâ.
Ces pĂšres avaient Ă catĂ©chiser des philosophes, des paĂŻens et des Juifs, gens trĂšs-opiniĂątres de leur nature. Leurs vies et leurs miracles suffisaient bien pour cette besogne, ou auraient Ă©chouĂ© tous les syllogismes, car ils se trouvaient en face de gens dont pas un nâeĂ»t Ă©tĂ© en Ă©tat de comprendre nâimporte quelle proposition de Scott.
Et illi quidem confutarunt Ethnicos Philosophos ac IudĂŠos, suapte natura pertinacissimos, sed vita magis ac miraculis quam syllogismis, tum eos quorum nemo fuerit idoneus, vel unicum Scoti Quodlibetum ingenio consequi.
Aujourdâhui quel idolĂątre, quel hĂ©rĂ©tique ne baisserait immĂ©diatement pavillon devant les arguties de lâĂ©cole, Ă moins dâĂȘtre assez stupide pour ne pas les comprendre, ou assez impudent pour les siffler ? Il pourrait arriver aussi que, nourris dans les mĂȘmes jongleries les adversaires soient Ă armes Ă©gales ; alors câest un chevalier qui lutte contre un chevalier, câest un magicien armĂ© dâun glaive enchantĂ© qui combat pareil ennemi, muni dâune arme semblable, et le combat avance avec le mĂȘme rapiditĂ© que la toile de PĂ©nĂ©lope.
Nunc quis Ethnicus, quis HĂŠreticus non continuo cedat tot tenuissimis subtilitatibus, nisi tam crassus, ut non adsequatur, aut tam impudens ut exsibilet, aut iisdem instructus laqueis, ut iam par sit pugna, perinde quasi magum cum mago committas, aut si gladio fortunato pugnet aliquis cum eo, cui gladius sit fortunatus: tum enim nihil aliud quam tela Penelopes retexeretur.
Selon moi, les chrĂ©tiens feraient bien, au lieu de ces lourds bataillons qui, dans les derniĂšres croisades, nâont pas fait merveilles, dâenvoyer, contre les Turcs et les Sarrasins, les Scottistes bavards et les Ockamistes opiniĂątres, les Albertistes indomptables avec tout le reste de la milice sophistique. Le combat serait curieux et la victoire bien extraordinaire.
Ac meo quidem iudicio saperent Christiani, si pro pinguibus istis militum cohortibus, per quas iam olim ancipiti Marte belligerantur, clamosissimos Scotistas, et pertinacissimos Occanistas, et invictos Albertistas una cum tota Sophistarum manu, mitterent in Turcas et Saracenos: spectarent, opinor, et conflictum omnium lepidissimum, et victoriam non ante visam.
Quel soldat pourrait regimber contre lâĂ©peron de tels gĂ©nĂ©raux ? Quel aiguillon pour rĂ©veiller les plus engourdis !
Quis enim usque adeo frigidus, quem istorum non inflamment acumina? quis tam stupidus, ut tales non excitent aculei?
Quels ennemis auraient dâassez bons yeux pour y voir au milieu des tĂ©nĂšbres Ă©paisses quâils rĂ©pandraient autour dâeux ?
Quis tam oculatus, ut hĂŠc illi non maximas offundant tenebras?
Vous prenez peut-ĂȘtre ce que je dis pour de la plaisanterie !
Verum hĂŠc omnia videor vobis propemodum ioco dicere.
Cela ne mâĂ©tonne quâĂ demi. â Il y a, je le sais, mĂȘme parmi les thĂ©ologiens, des savants dâune science plus saine, Ă qui toutes ces arguties donnent la nausĂ©e.
Nec mirum sane, cum sint et inter ipsos Theologos melioribus instituti litteris, qui ad has frivolas, ut putant, Theologorum argutias nauseent.
Ceux-lĂ , je le sais encore, regardent comme sacrilĂšges et impies ces disputes irrĂ©vĂ©rencieuses sur des choses quâon doit plutĂŽt adorer que chercher Ă expliquer Ă lâaide des formules du paganisme, et ils sont dâavis que toutes ces dĂ©finitions ambitieuses, toutes ces froides subtilitĂ©s, toutes ces discussions indĂ©centes avilissent la majestĂ© dâune science divine. â
Sunt qui velut sacrilegii genus exsecrentur, summamque ducant impietatem, de rebus tam arcanis et adorandis magis quam explicandis, tam illoto ore loqui, tam profanis Ethnicorum argutiis disputare, tam arroganter definire, ac divinĂŠ TheologiĂŠ maiestatem tam frigidis, imo sordidis verbis simul et sententiis conspurcare.
Tout cela est certain, mais nâempĂȘche pas que vos docteurs en gĂ©nĂ©ral ne se complaisent en eux-mĂȘmes et ne sâapplaudissent sans scrupule, et quâoccupĂ©s nuit et jour de si agrĂ©ables niaiseries ils ne trouvent pas le loisir de lire une page de lâĂvangile ou des Ă©pĂźtres de saint Paul.
At interim ipsi felicissime sibi placent, imo plaudunt, adeo ut his suavissimis nĂŠniis, nocte dieque occupatis, ne tantulum quidem otii supersit ut Euangelium, aut Paulinas Epistolas vel semel liceat evolvere.
Pas moins vrai, quâĂ entendre ces bateleurs de lâĂ©cole, ce sont eux nui soutiennent lâĂ©difice de lâĂglise sur lâĂ©chafaudage de leurs syllogismes boiteux, comme Atlas soutenait le monde sur ses Ă©paules.
Atque interim dum hĂŠc nugantur in scholis, existimant sese universam Ecclesiam, alioqui ruituram, non aliter syllogismorum fulcire tibicinibus, quam Atlas coelum humeris sustinet apud poetas.
Une source vive de plaisir pour nos hommes, câest de torturer les Ă©critures et dâen pĂ©trir le sens Ă leur guise comme une cire molle ; câest de donner leurs conclusions, auxquelles ont adhĂ©rĂ© un ou dieux pĂ©dants de leur espĂšce, pour des lois aussi sages que celles de Solon et prĂ©fĂ©rables Ă tous les dĂ©crets pontificaux ; câest de prĂ©tendre censurer le genre humain et amener Ă rĂ©sipiscence quiconque rĂ©siste Ă leurs propositions implicites et explicites. Rien nâest bouffon comme leurs les oracles : cette proposition est scandaleuse ; cette autre irrĂ©vĂ©rencieuse ; celle-ci sent son hĂ©rĂ©sie ; celle-lĂ est malsonnante ; si bien que ni baptĂȘme ni Ăvangile, ni lâopinion de Pierre ou de Paul, de JĂ©rĂŽme ou dâAugustin ou de Thomas lui-mĂȘme, lâaristotĂ©licien par excellence, ne donnent droit au titre de chrĂ©tien sans lâassentiment de nos bacheliers, tant leur jugement est infaillible !
Iam illud quantĂŠ felicitatis esse putatis, dum arcanas litteras, perinde quasi cereĂŠ sint, pro libidine formant ac reformant, dum conclusiones suas, quibus iam aliquot Scholastici subscripserunt, plus quam Solonis leges videri postulant, et vel pontificiis decretis anteponendas, dumque veluti censores orbis ad palinodiam trahunt, si quid usquam cum explicitis et implicitis illorum conclusionibus, non ad amussim quadrarit, ac non secus atque ex oraculo pronunciant: âHĂŠc propositio scandalosa est: hĂŠc parum reverentialis: hĂŠc hĂŠresim olet: hĂŠc male tinnitâ: ut iam nec Baptismus, nec Euangelium, nec Paulus aut Petrus, nec sanctus Hieronvmus aut Augustinus, imo nec ipse Thomas aristotelikĂŽtatos Christianum efficiat, nisi Baccalauriorum calculus accesserit, tanta est in iudicando subtilitas.
Si ces beaux sires ne nous lâavaient appris, nous serions-nous jamais doutĂ© quâil y eĂ»t hĂ©rĂ©sie Ă dire indiffĂ©remment : tu bous, marmite, ou bien : la marmite bout !
Quis enim sensurus erat eum Christianum non esse, qui diceret has duas orationes, âmatula putesâ, et âmatula putetâ, item âollĂŠ fervereâ, et âollam fervereâ, pariter esse congruas, nisi sapientes illi docuissent?
Quel bonheur quâils se soient trouvĂ©s lĂ pour dĂ©livrer lâĂglise dâerreurs dont personne ne se serait jamais doutĂ© si leurs censures ne les avaient mises en pleine lumiĂšre ! Tout cela nâest-il pas bien fait pour les rendre heureux ?
Quis tantis errorum tenebris liberasset Ecclesiam, quos ne lecturus quidem umquam quisquam fuerat, nisi magnis sigillis isti prodidissent?
Mais attendez. Pour les voir dans tout leur beau, il faut les entendre faire un tableau complet de lâenfer, avec autant de dĂ©tails que sâils avaient habitĂ© plusieurs annĂ©es le pays. Il faut les entendre fabriquer selon leurs caprices de nouveaux mondes et les combler de dĂ©lices, de crainte que les Ăąmes des sages nâeussent pas Ă se promener commodĂ©ment, Ă banqueter et Ă jouer Ă la paume.
Verum, an non felicissimi dum hĂŠc agunt? PrĂŠterea dum inferorum res omneis sic examussim depingunt, tamquam in ea republica complureis annos sint versati? PrĂŠterea dum pro arbitrio novos orbes fabricantur, addito denique latissimo illo, pulcerrimoque: ne scilicet deesset ubi felices animĂŠ commode vel spatiari, vel convivium agitare, vel etiam pila ludere possent.
Mais il est temps de nous arrĂȘter ; leur cerveau est plus plein et plus lourd de ces sornettes que ne lâĂ©tait celui de Jupiter lorsque, portant Minerve dans son crĂąne, il invoquait la hache de Vulcain.
His atque id genus bis mille nugis horum capita adeo distenta differtaque sunt, ut arbitrer nec Iovis cerebrum ĂŠque gravidum fuisse, cum ille Palladem parturiens, Vulcani securim imploraret.
Ne vous Ă©tonnez donc pas si, dans les thĂšses publiques, vous voyez toutes ces tĂȘtes doctorales si soigneusement enveloppĂ©es ;
Quare nolite mirari, si videtis caput illorum tot fasciis tam diligenter obvinctum in publicis disputationibus, alioquin enim plane dissilirent.
elles Ă©clateraient sans cela. Le fou rire me prend moi-mĂȘme lorsque ces gens qui se croient rĂ©ellement thĂ©ologiens Ăąnonnent leur jargon trivial et barbare ; â si bien que les Ăąnons leurs frĂšres sont seuls Ă la hauteur, et quâils osent qualifier de profondeur ce qui nâest quâobscuritĂ©.
Illud ipsa quoque nonnumquam ridere soleo, cum ita demum maxima sibi videntur Theologi, si quam maxime barbare spurceque loquantur, cumque adeo balbutiunt, ut a nemine nisi balbo possint intelligi, acumen appellant, quod vulgus non adsequatur.
Ă les entendre, les lettres sacrĂ©es ne peuvent ĂȘtre, sans sacrilĂšge, soumises Ă la grammaire ;
Negant enim e dignitate Sacrarum Litterarum esse, si grammaticorum legibus parere cogantur.
beau privilÚge vraiment pour messieurs de la théologie, de pouvoir se moquer de la syntaxe, mais la canaille le partage avec eux !
Mira vero maiestas theologorum, si solis illis fas est mendose loqui, quamquam hoc ipsum habent cum multis cerdonibus commune.
Pour finir, vous les portez au ciel en les saluant Magistri nostri (nos maßtres), formule puissante comme le Jéhovah des Hébreux.
Postremo iam Diis proximos sese ducunt, quoties quasi religiose Magistri Nostri salutantur, in quo quidem nomine, tale quiddam subesse putant, quale est apud IudĂŠos tetragrammaton.
Mais ne manquez pas surtout de lâĂ©crire en lettres majuscules ;
Itaque nefas aiunt esse Magister Noster secus quam maiusculis scribere litteris.
gardez-vous dâintervertir lâordre des deux mots magiques, vous pourriez dĂ©truire dâun seul coup toute la majestĂ© thĂ©ologique.
Quid si quis prĂŠpostere, Noster Magister dixerit, is semel omnem Theologici nominis perverterit maiestatem.
LIV
LIV
Des mortels qui ne doivent pas moins que les thĂ©ologiens Ă mes faveurs sont les religieux ou moines. Expressions abusives, sâil en fut, car dâun cĂŽtĂ© la religion se rencontre rarement chez eux ; et, de lâautre, moine veut dire solitaire, et ils sont sans cesse par monts et par vaux.
Ad horum felicitatem proxime accedunt ii, qui se vulgo Religiosos ac Monachos appellant utroque falsissimo cognomine, cum et bona pars istorum longissime absit a Religione, et nulli magis omnibus locis sint obvii.
Rien ne serait plus misĂ©rable que leur sort si je nâĂ©tais pas lĂ pour leur en dĂ©rober les misĂšres.
Iis non video quid possit esse miserius, nisi ego multis modis succurrerem.
Le genre humain entier les abhorre, si bien que leur rencontre est dâun funeste prĂ©sage. Ce qui nâempĂȘche pas quâils nâaient la meilleure opinion dâeux-mĂȘmes.
Etenim cum hoc hominum genus omnes sic exsecrentur, ut fortuitum etiam occursum ominosum esse persuasum sit, tamen ipsi sibi magnifice blandiuntur.
Pour eux, la suprĂȘme piĂ©tĂ© consiste Ă ĂȘtre assez ignorants pour ne pas savoir lire,
Primum summam existimant pietatem, si usque adeo nihil attigerint litterarum, ut ne legere quidem possint.
et du moment quâils ont braillĂ©, comme des Ăąnes un psaume, dont ils connaissent peut-ĂȘtre le rhythme, mais non le sens, Ă coup sĂ»r, ils croient avoir tout fait pour charmer les oreilles de Dieu !
Deinde cum Psalmos suos, numeratos quidem illos, at non intellectos, asininis vocibus in templis derudunt, tum vero se putant Divorum aures multa voluptate demulcere.
Certains dâentre eux vont Ă©taler de porte en porte leur crasse et leur mendicitĂ© et demander du pain Ă haute voix.
Et sunt ex his nonnulli, qui sordes ac mendicitatem magno vendunt, proque foribus magno mugitu panem efflagitant, imo in nullis diversoriis, vehiculis, navibus non obturbant, non mediocri profecto reliquorum mendicorum iactura.
Partout, dans les auberges, les coches, les bateaux, au grand dommage des pauvres véritables, pénÚtre cette engeance détestable, qui, avec sa saleté, son ignorance, sa grossiÚreté et son impudence, prétend continuer les ApÎtres !
Atque ad eum modum homines suavissimi, sordibus, inscitia, rusticitate, impudentia, Apostolos, ut aiunt, nobis referunt.
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