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Je ne rechercherai pas, avec certains auteurs, si un festin sans femmes peut avoir quelques charmes ; mais, ce que jâaffirme, câest quâil sera franchement insipide sâil lui manque lâassaisonnement de la Folie.
Equidem an sit ullum lautum conuiuium, ubi mulier non adsit, uiderint alii. Illud certe constat, citra StultitiĂŠ condimentum, nullum omnino suaue esse.
Je nâen veux dâautre preuve que celle-ci : si parmi les convives il ne sâen rencontre pas au moins un capable de les mettre en gaietĂ© par sa folie native ou artificielle, on payera quelque bouffon ou bien on attirera quelque parasite ridicule qui sache chasser le silence et la tristesse loin des buveurs, Ă force de balourdises dĂ©sopilantes, câest-Ă -dire folles.
Adeo ut si desit, qui seu uera, seu simulata STVLTITIA risum moueat, gelĂŽtopoion quempiam uel mercede conductum accersant, aut ridiculum aliquem parasitum adhibeant, qui ridendis, hoc est, stultis dicteriis, silentium ac tristitiam compotationis discutiat.
Quoi ! toujours se farcir lâestomac de fins morceaux et de friandises de toute espĂšce, et les yeux, les oreilles ne prendraient pas part Ă la fĂȘte ! Et les rires, les jeux, les plaisanteries nâauraient pas place au festin !
Quorsum enim attinebat tot bellariis, tot lautitiis, tot cupediis onerare uentrem, nisi et oculi pariter et aures, nisi totus animus, risu, iocis, leporibus pasceretur?
Je ne puis souffrir une telle lacune, câest pourquoi jâapprĂȘte avec soin un autre genre de service.
At istiusmodi tragematum ego sum architectrix unica.
Toutes ces joyeuses cĂ©rĂ©monies quâon cĂ©lĂšbre autour de la table, sont-ce les sept sages de la GrĂšce qui les ont inventĂ©es ? Sont-ce eux qui vous ont montrĂ© Ă tirer au sort le roi du festin, Ă jouer aux dĂ©s, Ă porter des santĂ©s, Ă chanter et boire Ă la ronde, Ă danser et vous Ă©baudir ? Non, vraiment, câest encore moi qui les trouvai pour le salut du genre humain.
Quamquam illa ipsa iam in conuiuiis solennia, regem sortiri talis, lusitare tesseris, Philotesiis inuitare, certare sumperiphorais ad Myrtum canere, saltare, gesticulari, non a septem GrĂŠciĂŠ Sophis, uerum a nobis ad humani generis salutem reperta sunt.
La vie est ainsi faite, que plus on y met de folie, plus on vit ; la tristesse câest la mort.
Atqui omnium huiusmodi rerum ea natura est, ut quo plus habeant stultitiĂŠ, hoc plus conferant uitĂŠ mortalium, quĂŠ si tristis sit ne uita quidem appellanda uideatur.
Sans les plaisirs que je procure, je le rĂ©pĂšte, rien dâaussi pĂ©nible que lâexistence, elle ne saurait Ă©chapper Ă lâennui, son trop fidĂšle suivant.
Tristis autem euadat oportet, nisi cognatum tĂŠdium, hoc genus oblectamentis absterseris.
XIX
XIX
On rencontre des gens qui, dĂ©daignant les plaisirs de la table, ne trouvent le bonheur que dans le commerce de leurs amis. LâamitiĂ©, Ă les en croire, tient la premiĂšre place dans lâexistence ; elle leur est aussi indispensable que lâair, le feu et lâeau. Leur enlever les charmes de lâamitiĂ©, mais ce serait enlever Ă la terre les rayons du soleil !
Sed erunt fortassis, qui hoc quoque uoluptatis genus negligant, et in amicorum caritate et consuetudine acquiescant, amicitiam dictitantes unam rebus omnibus anteponendam, quippe rem usque adeo necessariam, ut nec ĂŠr, nec ignis, nec aqua magis.
Et de fait, lâamitiĂ© est chose si honnĂȘte (le mot ne fait rien Ă lâaffaire) que les philosophes eux-mĂȘmes la comptent parmi les plus grands biens. â Et que me direz-vous pourtant, si je vous prouve que câest encore moi qui suis lâalpha et lâomĂ©ga, câest-Ă -dire lâauteur de cet immense bienfait ?
Rursum adeo iucundam, ut qui hanc de medio sustulerit, solem sustulerit: adeo denique honestam, si quid tamen hoc ad rem pertinet, ut nec ipsi philosophi uereantur eam inter prĂŠcipua bona commemorare. Sed quid, si doceo me huius quoque tanti boni, et puppim esse et proram?
Attention, je vais vous le dĂ©montrer sans arguments captieux, sans sorites cornus et autres jongleries dialectiques ; avec lâaide des Muses seules, vous allez toucher tout cela du doigt !
Docebo autem non crocodilitis, aut soritis ceratinis, aut aliis id genus dialecticorum argutiis, sed pingui, quod aiunt, Minerua, rem digito propemodum ostendam.
Voyons, fermer les yeux, se tromper de gaietĂ© de cĆur, sâaveugler sur les dĂ©fauts de ses amis, aimer en eux les plus grands vices, les admirer comme autant de vertus, cela nâest-il pas bien voisin de la folie ?
Age, conniuere, labi, cĂŠcutire, hallucinari in amicorum uitiis, quĂŠdam etiam insignia uitia pro uirtutibus amare, mirarique, an non stultitiĂŠ uidetur affine?
Cet amant qui baise avec ardeur une tache sur lâĂ©piderme de sa maĂźtresse, cet autre qui savoure lâhaleine perfide de son AgnĂšs, ce pĂšre qui ne trouve quâun peu dĂ©viĂ©s les yeux de son fils affectĂ© dâun horrible strabisme, tout cela, nâest-ce pas, est de la pure folie ?
Quid cum alius exosculatur nĂŠuum in amica, alium delectat polypus AgnĂŠ, cum filium strabonem appellat petum pater: quid, inquam, hoc est, nisi mera stultitia?
Câest de la folie, vous le reconnaissez, et cependant câest lĂ le principe qui forme et entretient les amitiĂ©s.
Clament terque quaterque, stultitiam esse: atqui hĂŠc una stultitia, et iungit iunctos, et seruat amicos.
Bien entendu, je ne parle ici que du commun des martyrs, dont le plus parfait nâest pas celui qui nâa pas de dĂ©faut, mais celui qui en a le moins. Quant aux demi-dieux de la philosophie, ou ils ne cultivent pas lâamitiĂ©, ou ils la rendent dĂ©sagrĂ©able et insipide, et nâadmettent dans leur intimitĂ© que trĂšs-peu de gens, pour ne pas dire personne. Et cela par une raison toute simple, câest que la majeure partie des hommes dĂ©raisonne, que dis-je, dĂ©lire de cent façons, et quâune vĂ©ritable union ne peut exister quâentre gens qui se ressemblent.
De mortalibus loquor, quorum nemo sine uitiis nascitur, optimus ille est, qui minimis urgetur: cum interim inter sapientes istos Deos, aut omnino non coalescit amicitia, aut tetrica quĂŠdam et insuauis intercedit, nec ea nisi cum paucissimis, nam cum nullis dicere religio est, propterea quod maxima pars hominum desipit, imo nullus est, qui non multis modis deliret, et non nisi inter similes cohĂŠret necessitudo.
Si, par le plus grand des hasards, une sympathie rĂ©ciproque rapproche ces moroses personnages, ce nâest jamais pour bien longtemps, entre gens qui ont lâĆil perçant de lâaigle et du serpent dâĂpidaure pour pĂ©nĂ©trer les dĂ©fauts du prochain.
Quod si quando inter seueros istos coierit mutua beneuolentia, ea certe haudquaquam stabilis est, nec admodum duratura, nimirum inter morosos et plus satis oculatos, ut qui in amicorum uitiis tam cernunt acutum, quam aut aquila, aut serpens Epidaurius. At ipsi in propriis uitiis quam lippiunt, et quam non uident manticam in tergo pendentem.
Pour les leurs, ils ne les voient pas ; comme dans la fable dâĂsope, ils les portent dans la poche de derriĂšre.
Itaque cum ea sit hominum natura, ut nullum ingenium reperiatur non magnis obnoxium uitiis.
Et dâailleurs, si aux vices essentiels que vous rencontrez chez ces esprits supĂ©rieurs, mĂȘme les plus parfaits, vous ajoutez les diffĂ©rences dâĂąge et dâĂ©tude, les fautes, les erreurs et les ennuis qui traversent la vie, vous resterez convaincus que lâamitiĂ© ne pourrait se prolonger au delĂ dâune heure entre ces Argus, sâils ne sacrifiaient, eux aussi, Ă cette heureuse inconsĂ©quence quâil vous est donnĂ© de nommer folie ou facilitĂ© de mĆurs Ă votre choix.
Adde tantam annorum ac studiorum dissimilitudinem, tot lapsus, tot errata, tot casus uitĂŠ mortalis, quo pacto uel horam constabit inter Argos istos amicitiĂŠ iucunditas, nisi accesserit ea, quam mire GrĂŠci euĂȘtheian appellantl, hanc seu stultitiam, seu morum facilitatem uertas licebit.
Il nây a pas Ă sâen Ă©tonner.
Quid autem?
Cupidon nâest-il pas lâauteur et le pĂšre de toute liaison ? Et ce dieu ne jouit-il pas dâune telle hallucination de la vue, quâil voit le laid en beau ! Il a accordĂ© Ă chacun de vous le mĂȘme privilĂ©ge, si bien que lâobjet de vos affections est toujours beau Ă vos yeux : le vieux goĂ»te sa vieille tout de mĂȘme que lâadolescent la vierge quâil dĂ©sire. Il en est ainsi partout, partout on en rit ; mais câest cependant cet aveuglement, malgrĂ© son ridicule, qui jette quelque agrĂ©ment sur la vie et forme les plus forts liens de la sociĂ©tĂ©.
an non Cupido ille omnis necessitudinis auctor et parens, prorsum oculis captus est, cui quemadmodum ta mĂȘ kala, kala pephantai, itidem inter uos quoque efficit, ut suum cuique pulcrum uideatur, ut cascus cascam, perinde ut pupus pupam deamet. HĂŠc passim et fiunt et ridentur, sed tamen hĂŠc ridicula iucundam uitĂŠ glutinant copulantque societatem.
XX
XX
Ce que je viens de dire des liaisons amicales sâapplique Ă plus forte raison au mariage, qui ne doit ĂȘtre, Ă proprement parler, que la fusion de deux vies en une seule.
Porro quod de amicitia dictum est, id multo magis de coniugio sentiendum, quod quidem nihil est aliud, quam indiuidua uitĂŠ coniunctio.
Dieux immortels, que de divorces ou de choses pires que le divorce troubleraient chaque jour les mĂ©nages, si les habitudes conjugales nâappelaient sans cesse Ă leur aide la flatterie, le badinage, lâindulgence, lâillusion, la dissimulation et le reste de mon entourage !
Deum immortalem! quĂŠ non diuortia, aut etiam diuortiis deteriora passim acciderent, nisi uiri foeminĂŠque domestica consuetudo, per adulationem, per iocum, per facilitatem, errorem, dissimulationem, meum utique satellitium, fulciretur alereturque?
Oui-dà , que de mariages manqueraient, si le futur prudent recherchait à quel jeu a déjà joué cette jeune fille si modeste et si pudique en apparence !
PapĂŠ, quam pauca coirent matrimonia, si sponsus prudenter exquireret, quos lusus delicata illa sicuti uidetur, ac pudens uirguncula iam multo ante nuptias luserit?
que de ruptures, si lâinsouciance et la bĂȘtise des maris ne servaient de manteaux aux faits et gestes de leurs dames !
Tum quanto pauciora cohĂŠrerent inita, nisi plurima uxorum facta per uiri uel negligentiam, uel stuporem laterent?
Tout cela est folie, me dira-t-on, je le veux bien, mais il nâen est pas moins vrai quâil ne faut rien moins que cela pour faire supporter la femme au mari, et le mari Ă la femme, donner quelque tranquillitĂ© Ă la maison et y retenir la bonne harmonie.
Atque hĂŠc quidem merito stultitiĂŠ tribuuntur, uerum ea interim prĂŠstat, ut marito iucunda sit uxor, uxori iucundus maritus, ut tranquilla domus, ut maneat affinitas.
On rit, on appelle cocu, cornard, et ceci et cela, le pauvre diable qui sĂšche sous ses baisers les fausses larmes de son infidĂšle ;
Ridetur, cuculus, curruca, et quid non uocatur, cum moechĂŠ lacrymas labellis exsorbet.
mais son erreur nâest-elle pas prĂ©fĂ©rable mille fois Ă la jalousie, qui se dĂ©vore elle-mĂȘme et fait de la tragĂ©die Ă propos de rien ?
At quanto felicius, sic errare quam zelotypiĂŠ diligentia cum sese conficere, tum omnia miscere tragĂŠdiis?
XXI
XXI
En dĂ©finitive, sans moi pas de sociĂ©tĂ© possible, pas de rapports solides et agrĂ©ables dans la vie ; sans moi, le sujet serait bientĂŽt las de son prince, le valet de son maĂźtre, la servante de sa maĂźtresse, le disciple de son prĂ©cepteur, lâami de son ami, le mari de sa femme, lâhĂŽte de son hĂŽte, le camarade de son camarade. Il est donc nĂ©cessaire que tout cela se trompe, se flatte, use de complaisance ; en rĂ©sumĂ©, quâils se frottent rĂ©ciproquement du miel de la folie.
In summa usque adeo nulla societas, nulla uitĂŠ coniunctio sine me uel iucunda, uel stabilis esse potest, ut nec populus Principem, nec seruum herus, nec heram pedissequa, nec discipulum prĂŠceptor, nec amicus amicum, nec maritum uxor, nec locator conductorem, nec contubernalis contubernalem, nec conuictor conuictorem diutius ferat, nisi uicissim inter sese nunc errent, nunc adulentur, nunc prudentes conniueant, nunc aliquo stultitiĂŠ melle sese deliniant.
VoilĂ certes de bien belles choses, mais vous allez entendre mieux encore.
Iam hĂŠc scio uideri maxima, sed audietis maiora.
XXII
XXII
Dites-moi, je vous prie, peut-on aimer quelquâun lorsquâon se hait soi-mĂȘme ?
QuĂŠso num quemquam amabit, qui ipse semet oderit?
Peut-on ĂȘtre dâaccord avec les autres lorsque dĂ©jĂ on ne lâest pas avec soi ?
Num cum alio concordabit, qui secum ipse dissidet?
Peut-on apporter de lâagrĂ©ment Ă personne quand on est ennuyĂ© et fatiguĂ© de sa propre existence ?
Num ulli uoluptatem adferet, qui sibimet ipsi sit grauis ac molestus?
Pour soutenir pareille thĂšse, il faudrait ĂȘtre plus fou que la Folie !
Istud, opinor, nemo dixerit, nisi qui sit ipsa stultior Stultitia.
Donc, si on mâexilait de ce monde, bien loin de pouvoir supporter les autres, chacun serait Ă charge Ă soi-mĂȘme et serait Ă ses propres yeux un objet de haine.
Atqui si me excluseris, adeo nemo poterit alterum ferre, ut ipse etiam sibi quisque puteat, sua cuique sordeant, sibi quisque sit inuisus.
Car la nature, plus souvent marĂątre que mĂšre, a disposĂ© ainsi les esprits des mortels, surtout des mieux douĂ©s, quâils mĂ©prisent ce quâils possĂšdent pour envier ce quâont les autres.
Quandoquidem id mali natura, non paucis in rebus nouerca magis quam parens, mortalium ingeniis inseuit, prĂŠcipue paulo cordatiorum, ut sui quemque poeniteat. admiretur aliena.
DâoĂč il arrive que tous les avantages, tous les agrĂ©ments et les charmes de la vie sâaltĂšrent et se dĂ©truisent.
Quo fit ut omnes dotes, omnis elegantia decorque uitĂŠ uitietur, pereatque.
Ă quoi servirait, par exemple, la beautĂ©, ce prĂ©sent unique peut-ĂȘtre des dieux, si celui Ă qui elle est Ă©chue en partage nâen jouissait pas tout le premier ?
Quid enim proderit forma, prĂŠcipuum Deorum immortalium munus, si putiditatis uitio contaminetur?
Ă quoi servirait la jeunesse, si elle Ă©tait dĂ©parĂ©e par lâhumeur chagrine de la vieillesse ?
Quid iuuenta, si senilis tristitiĂŠ fermento corrumpatur?
Songez donc que dans la vie, soit dans son for intĂ©rieur, soit dans ses rapports avec son prochain, lâhomme ne peut rien faire de beau (car le beau est la chose capitale, non-seulement en fait de beaux-arts, mais en toutes choses), sâil ne sâinspire de Philautie (lâamour-propre) qui siĂ©ge Ă ma droite et que je puis bien nommer ma sĆur, tant elle me supplĂ©e presque en tous points !
Denique quid in omni uitĂŠ munere uel tecum, uel apud alios acturus es cum decoro (est enim non artis modo, uerum etiam omnis actionis caput, decere quod agas) nisi adsit dextra hĂŠc Philautia, quĂŠ mihi merito germanĂŠ est uice? Adeo strenue meas ubique partes agit.
Il faut bien que je vous le dise, il nây a rien de plus fou que de se plaire Ă soi-mĂȘme et de sâadmirer ;
Quid autem ĂŠque stultum, atque tibi ipsi placere?
mais cependant on ne peut rien faire de beau si on ne se laisse aller Ă ce sentiment.
te ipsum admirari? At rursum quid uenustum, quid gratiosum, quid non indecorum erit, quod agas, ipse tibi displicens?
Retranchez ce stimulant de lâamour-propre, lâorateur devient glacial, le musicien ne charme plus lâoreille, lâacteur nĂ©glige son jeu et ne recueille que des sifflets, le poĂ«te et sa muse ne sont plus que matiĂšres Ă plaisanteries, le peintre et son art ne mĂ©ritent plus que le mĂ©pris, et le mĂ©decin meurt de faim au milieu de ses remĂšdes.
Tolle hoc uitĂŠ condimentum et protinus frigebit cum sua actione Orator, nulli placebit cum suis numeris Musicus, explodetur cum sua gesticulatione Histrio, ridebitur una suis cum Musis Poeta, sordebit cum arte Pictor, esuriet cum pharmacis Medicus.
Sans lâamour-propre, le beau NĂ©rĂ©e et le hideux Thersite, Phaon le rajeuni et lâantique Nestor sont Ă©gaux ; sans lâamour-propre, impossible de distinguer le sot de lâhomme dâesprit, le causeur agrĂ©able du lourdaud, le paysan de lâhomme du monde.
Postremo pro Nireo Thersites, pro Phaone Nestor, pro Minerua suslls, pro facundo infans, pro urbano rusticus uideberis.
Tant il est vrai que chacun doit se caresser soi-mĂȘme et se donner son propre suffrage avant de prĂ©tendre Ă celui des autres.
In tantum necesse est, ut sibi quoque quisque blandiatur, et assentatiuncula quapiam sibi prius commendetur, quam aliis possit esse commendatus.
Câest un grand point pour ĂȘtre heureux, quâon soit ce que lâon veut ĂȘtre, et câest Ă ma sĆur Philautie (lâamour-propre) quâon est redevable de cet avantage ; câest elle qui rend tout le monde satisfait de son physique, de son esprit, de sa naissance, de sa condition, de ses mĆurs et de sa patrie. Si bien que lâIrlandais ne voudrait pas changer avec lâItalien, le Thrace avec lâAthĂ©nien, le Scythe avec lâhabitant des Ăles FortunĂ©es.
Denique cum prĂŠcipua felicitatis pars sit, ut quod sis, esse uelis, nimirum totum hoc prĂŠstat compendio mea Philautia, ut neminem suĂŠ formĂŠ, neminem sui ingenii, neminem generis, neminem loci, neminem instituti, nemiminem patriĂŠ poeniteat, adeo, ut nec Irlandus cum Italo, nec Thrax cum Atheniensi, nec Scytha cum Insulis Fortunatis cupiat permutare.
Admirable sollicitude de la nature qui, dans une telle diversitĂ© de choses, parvient Ă mettre lâĂ©galitĂ© !
Et o singularem naturĂŠ sollicitudinem, ut in tanta rerum uarietate paria fecit omnia.
Si elle refuse Ă lâun quelques-uns de ses dons, Ă celui-lĂ elle accorde un grain en plus de Philautie. Mais, je suis bien folle de dire quâelle lui refuse quelque don, puisquâelle lui en accorde un qui les renferme tous !
Vbi dotibus suis nonnihil detraxit, ibi plusculum PhilautiĂŠ solet addere, quamquam hoc ipsum stulte profecto dixi, cum hĂŠc ipsa dos sit uel maxima.
Je veux aller plus loin, je veux vous prouver quâil nây a pas dâactions dâĂ©clat que je nâinspire, pas dâarts ni de sciences que je nâaie pour ainsi dire créés.
Vt ne dicam interim, nullum egregium facinus adiri, nisi meo impulsu, nullas egregias artes, nisi me auctore fuisse repertas.
XXIII
XXIII
La guerre nâest-elle pas le théùtre des actions les plus vantĂ©es, le champ oĂč croissent les lauriers ? Et cependant, trouvez-moi rien de plus fou que de sâengager, sans trop savoir pourquoi, la plupart du temps, dans des entreprises de cette sorte, qui toujours apportent aux deux partis plus de maux que de biens.
An non omnium laudatorum facinorum seges ac fons est bellum? Porro quid stultius, quam ob causas, nescio quas, certamen eiusmodi suscipere, unde pars utraque semper plus aufert incommodi quam boni?
Ceux qui tombent on nâen parle pas, comme jadis Ă MĂ©gare.
Nam eorum qui cadunt, veluti Megarensium oudeis logos.
Lorsque deux armĂ©es sont en prĂ©sence, lorsque le clairon retentit, Ă quoi pourraient ĂȘtre bons ces philosophes extĂ©nuĂ©s par lâĂ©tude et puisant Ă peine un souffle de vie dans un sang refroidi ? Ce quâil faut alors, ce sont des gars bien nourris et robustes, animĂ©s dâautant plus de courage quâils ont moins de bon sens.
Dein cum iam utrimque constitere ferratĂŠ acies, et rauco crepuerunt cornua cantu, quis, oro, Sapientum istorum usus, qui studiis exhausti, vix tenui frigidoque sanguine spiritum ducunt, crassis ac pinguibus opus est, quibus quam plurimum adsit audaciĂŠ, mentis quam minimum.
Ă moins quâon ne veuille se contenter de guerriers de la force de DĂ©mosthĂšne, qui, selon le conseil dâArchiloque, jeta son bouclier Ă la vue de lâennemi, et se montra aussi pitoyable soldat quâil Ă©tait excellent orateur.
Nisi si quis Demosthenem militem malit, qui Archilochi sequutus consilium, vix conspectis hostibus, abiecto clypeo fugit tam ignavus miles, quam orator sapiens.
Lâintelligence, pourra-t-on mâobjecter, trouve aussi sa place Ă la guerre ;
Sed consilium, inquiunt, in bellis plurimum habet momenti.
je nâen disconviens pas, quant au gĂ©nĂ©ral ; encore est-ce une intelligence militaire et non pas philosophique quâil lui faut ; quant au reste, les parasites, les proxĂ©nĂštes, les paysans, les imbĂ©ciles, les gueux, en un mot ce que lâon appelle la lie du peuple, suffit amplement pour cueillir les lauriers de la victoire, lauriers auxquels ne pourraient prĂ©tendre les philosophes les plus illuminĂ©s.
Equidem fateor in duce, verum id quidem militare, non philosophicum, alioqui parasitis, lenonibus, latronibus, sicariis, agricolis, stupidis, obĂŠratis, et huiusmodi mortalium fece res tam prĂŠclara geritur, non Philosophis lucernariis.
XXIV
XXIV
Il est facile de juger Ă quel point les philosophes sont inaptes aux choses de la vie par lâexemple de Socrate ; ce sage unique au dire peu sage de lâoracle dâApollon, lequel, obligĂ© Ă traiter en public je ne sais quelle affaire, sâen tira si mal quâil emporta les huĂ©es de tout son auditoire. Force nous est bien pourtant dâavouer que Socrate nâĂ©tait pas dĂ©jĂ tant fou lorsquâil refusait le titre de sage pour lâattribuer Ă Dieu seul, ou lorsquâil recommandait au philosophe de se tenir Ă©loignĂ© de la politique ; bien quâil eĂ»t mieux fait au fond dâenseigner quâon doit sâabstenir de la sagesse, lorsquâon veut vĂ©ritablement compter parmi les hommes.
Qui quidem quam sint ad omnem vitĂŠ usum inutiles, vel Socrates ipse unus Apollinis oraculo sapiens, sed minime sapienter iudicatus, documento esse potest, qui nescio quid publice conatus agere, summo cum omnium risu discessit. Quamquam viris in hoc non usquequaque desipit, quod sapientis cognomen non agnoscit, atque ipsi Deo rescribit, quodque censet sapienti a Republica tractanda abstinendum esse, nisi quod potius monere debuerat, a sapientia temperandum ei, qui velit in hominum haberi numero.
La cause de sa condamnation à boire la ciguë est-elle autre chose que son excÚs de sagesse ?
Deinde quid eumdem accusatum ad cicutam bibendam adegit, nisi sapientia?
Au lieu de philosopher sur les nuages et les idĂ©es, au lieu de mesurer le pas dâune puce et dâadmirer le bourdonnement dâune mouche, que nâa-t-il appris ce qui est nĂ©cessaire au commerce de la vie ? il eĂ»t Ă©vitĂ© son sort. Et Platon, ce cĂ©lĂšbre disciple de Socrate, comment a-t-il dĂ©fendu la vie de son maĂźtre ? Le bel avocat vraiment ! le bruit de la foule lâahurit, et câest Ă peine sâil peut achever sa premiĂšre pĂ©riode.
Nam dum nubes et ideas philosophatur, dum pulicis pedes metitur, dum culicum vocem miratur, quĂŠ ad vitam communem attinent, non didicit.
Que dire encore de Théophraste,
Sed adest prĂŠceptori de capite periclitanti discipulus Plato, egregius, scilicet, patronus, qui turbĂŠ strepitu offensus, vix dimidiatam illam periodum pronunciare potuit.
lui qui sâavança un jour dans une assemblĂ©e pour y prendre la parole, et resta coi comme en face dâun loup. Ce gaillard-lĂ nâĂ©tait-il pas bien propre Ă exciter le courage des soldats au fort de la bataille ?
Iam quid dicam de Theophrasto?
Parlez-moi encore dâIsocrate, si timide, quâil nâosa jamais ouvrir la bouche en public ; ou bien de CicĂ©ron, ce pĂšre de lâĂ©loquence romaine, qui tremblait et bĂ©gayait comme un enfant Ă chaque exorde de ses discours.
qui progressus in concionem, repente obmutuit, perinde quasi lupo conspecto. Qui militem animasset in bello? Isocrates ob ingenii timiditatem nec hiscere umquam est ausus.
Il est vrai que Fabius regarde cette timiditĂ© comme la marque dâun orateur intelligent et qui connaĂźt le danger.
M. Tullius eloquentiĂŠ RomanĂŠ parens, semper indecora trepidatione, perinde quasi puer singultiens, exordiri consuevit: Idque Fabius interpretatur cordati oratoris et periculum intelligentis argumentuml.
Mais parler ainsi nâest-ce pas prĂ©cisĂ©ment reconnaĂźtre que la sagesse est un obstacle Ă bien faire ?
Verum cum hoc dicit, an non palam fatetur sapientiam obstare ad rem probe gerendam?
Que serait-il advenu de ces philosophes, sâil eĂ»t fallu quâils sâescrimassent pour tout de bon avec le fer, eux qui sâĂ©vanouissaient dĂ©jĂ de peur Ă lâidĂ©e de se battre Ă coups de langue ?
Quid isti facient, cum res ferro geritur, qui tum metu exanimantur, cum nudis verbis est decertandum?
Malgré ce, Dieu sait comme on fait sonner le mot célÚbre de Platon : Heureux seraient les peuples si les rois étaient philosophes, ou si les philosophes étaient rois !
Et post hĂŠc celebratur, si Diis placet, prĂŠclara illa Platonis sententia, beatas fore respublicas, si aut imperent philosophi, aut philosophentur Imperatores.
Interrogez lâhistoire, vous resterez convaincus que les Ătats pĂątirent toutes les fois que le pouvoir a Ă©tĂ© entre les mains dâun philosophe ou dâun homme de lettres.
Imo si consules historicos, reperies, nimirum, nullos reipublicĂŠ pestilentiores fuisse Principes, quam si quando in philosophastrum aliquem aut litteris addictum inciderit imperium.
Lâexemple des deux Caton, si je ne me trompe, est bien suffisant pour le prouver. Lâun troubla la RĂ©publique par ses accusations inopportunes, lâautre prĂ©cipita la ruine de la libertĂ© en mettant trop de zĂšle Ă la dĂ©fendre.
Cuius rei satis, opinor, faciunt fidem Catones, quorum alter insanis delationibus reipublicĂŠ tranquillitatem vexavit, alter libertatem Populi Romani, dum nimium sapienter vindicat, funditus subvertit.
Il en a Ă©tĂ© ainsi des Brutus, des Cassius, des Gracques et de CicĂ©ron lui-mĂȘme, qui ne fut pas moins funeste Ă Rome que DĂ©mosthĂšne ne lâavait Ă©tĂ© Ă AthĂšnes.
Adde his Brutos, Cassios, Gracchos, ac Ciceronem etiam ipsum, qui non minus pestilens fuit Romanorum ReipublicĂŠ, quam Demosthenes Atheniensium.
Jâadmets, pour un instant, quâAntonin fut un bon empereur, bien quâon pourrait le contester, puisque son titre de sage lâavait rendu insupportable et odieux aux citoyens ; mais tout en le tenant pour bon, on ne peut mettre en balance les avantages de son rĂšgne avec les maux quâil a causĂ©s, en laissant un fils comme Commode.
Porro Marcus Antoninus ut donemus bonum Imperatorem fuisse, iam id ipsum extorquere possim, fuit enim hoc ipso nomine gravis, atque invisus civibus, quod tam philosophus esset.
Dâailleurs, si tous ceux qui sâadonnent Ă la philosophie rĂ©ussissent peu aux choses du monde, il est notoire quâils Ă©chouent complĂ©tement quand il sâagit de procrĂ©ation.
Sed tamen ut donemus fuisse bonum, at certe pestilentior fuit ReipublicĂŠ tali relicto filio, quam fuerat sua administratione salutaris.
En cela, il faut le dire, la nature a montrĂ© sa prudence, car elle a empĂȘchĂ© par ce moyen la lĂšpre de la sagesse dâenvahir lâespĂšce humaine.
Quandoquidem solet hoc hominum genus, qui se sapientiĂŠ studio dediderunt, cum cĂŠteris in rebus, tum prĂŠcipue in liberis propagandis infelicissimum esse, providente opinor natura, ne malum hoc sapientiĂŠ inter mortales latius serpat.
CicĂ©ron avait un fils complĂ©tement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, et les enfants du sage Socrate tenaient plus de leur mĂšre Xantipe que de lui ; câest-Ă -dire, comme on lâa justement fait remarquer, quâils Ă©taient passablement fous.
Itaque Ciceroni degenerem fuisse filium constat, et sapiens ille Socrates liberos habuit matri similiores quam patri, ut non omnino pessime scripsit quidam, id est, stultos.
XXV
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On passerait encore aux philosophes dâexercer les charges publiques comme les Ăąnes jouent de la lyre, sâils Ă©taient du moins bons Ă quelque chose dans la vie privĂ©e.
Sed utcumque ferendum si tantum ad publica munia forent onoi pros luran, nisi ad omnem prorsus vitĂŠ functionem nihil essent dexteriores.
Mais menez un philosophe au milieu dâun festin ; son silence, sa tristesse ou ses questions saugrenues troubleront aussitĂŽt la fĂȘte ;
Ad convivium adhibe sapientem, aut tristi silentio, aut molestis quĂŠstiunculis obturbabit.
faites-le danser, il dĂ©ploiera les grĂąces dâun chameau ;
Ad chorum advoca, camelum saltare dices.
si vous parvenez Ă lâentraĂźner Ă un spectacle, son seul aspect glacera les plaisirs de la foule, et, comme lâaustĂšre Caton, on le priera de quitter le théùtre puisquâil ne peut quitter pour une heure son air grave et sĂ©vĂšre.
Ad publicos ludos trahe, ipso vultu populi voluptatibus obstabit et cogetur e theatro migrare sapiens Cato, quandoquidem supercilium non potest ponere.
Quâil tombe au milieu dâune conversation, câest un loup dans une bergerie, personne nâose plus souffler mot.
In colloquium inciderit, repente lupus in fabula.
Sâagit-il dâacheter, de faire un acte quelconque, une de ces mille nĂ©gociations que veut le commerce journalier de la vie, notre philosophe nâest plus un homme, câest une souche.
Si quid emendum, si contrahendum, breviter, si quid eorum agendum, sine quibus hĂŠc quotidiana vita transigi non potest, stipiteml dicas sapientem istum, non hominem.
Bref, lui-mĂȘme, ses parents et les siens nâont rien Ă attendre dâun pareil ĂȘtre ; parce quâil est inhabile Ă toutes choses, et quâil se tient Ă©loignĂ© des opinions et des coutumes ordinaires.
Usque adeo neque sibi, neque patriĂŠ, neque suis usquam usui esse potest, propterea quod communium rerum sit imperitus, et a populari opinione, vulgaribusque institutis longe lateque discrepet.
Une telle diffĂ©rence de mĆurs le rend, on le comprend, odieux Ă tout le monde. Car, retenez-le bien, tout ce qui se fait ici-bas entre les mortels est essentiellement fou, et fait par des fous pour des fous.
Qua quidem ex re odium quoque consequatur necessum est, nimirum, ob tantam vitĂŠ atque animorum dissimilitudinem. Quid enim omnino geritur inter mortales non stultitiĂŠ plenum, idque a stultis, et apud stultos?
Qui veut seul sâopposer Ă lâentraĂźnement universel, nâa selon moi pour ressource que de suivre lâexemple de Timon le Misanthrope, et dâaller jouir dans quelque solitude profonde de sa tant belle sagesse.
Quod si quis unus universis velit obstrepere, huic ego suaserim, ut Timonem imitatus, in solitudinem aliquam demigret, atque ibi solus sua fruatur sapientia.
XXVI
XXVI
Pour en revenir Ă notre sujet, quelle force a pu rassembler en citĂ©s lâespĂšce humaine encore sauvage, cruelle et ignorante ? Nâest-ce pas la flatterie ?
Verum ut ad id quod institueram, revertar: quĂŠ vis saxeos, quernos, et agrestes illos homines in civitatem coegit, nisi adulatio?
Câest lĂ le vĂ©ritable sens des mythes de la lyre dâAmphion et dâOrphĂ©e. â Remarquez bien ceci. â
Nihil enim aliud significat illa Amphionis et Orpheil cithara.
Comment la plĂšbe de Rome, lorsquâelle voulait se porter Ă toutes extrĂ©mitĂ©s, fut-elle ramenĂ©e au calme ?
QuĂŠ res plebem Romanam iam extrema molientem, in concordiam civitatis revocavit?
Est-ce par une exhortation philosophique ?
Num oratio philosophica?
Point du tout.
Minime.
Il a suffi pour cela dâun apologue puĂ©ril et ridicule, oĂč il Ă©tait question de membres et de ventre.
Imo ridiculus ac puerilis apologus de ventre, reliquisque corporis membris confictus.
ThĂ©mistocle produisit le mĂȘme effet avec la fable du Renard et du HĂ©risson.
Idem valuit Themistoclis apologus consimilis de vulpe et ericio.
Toute lâĂ©loquence philosophique aurait Ă©chouĂ© oĂč Sertorius a rĂ©ussi avec la fable de la Biche, avec celle des Deux chiens, dĂ©jĂ employĂ©e en pareil cas par Lycurgue, ou bien encore la fameuse histoire des Queues de chevaux Ă©pilĂ©es.
QuĂŠ Sapientis oratio tantumdem potuisset, quantum commentitia illa cerva Sertorii potuit quantum Laconis illius de duobus canibus deque vellendis equinĂŠ caudĂŠ pilis ridendum commentum?
Je ne veux rien dire de Minos et de Numa qui gouvernĂšrent si facilement la folle multitude avec leurs contes en lâair.
Ut ne quid dicam de Minoe, deque Numa, quorum uterque fabulosis inventis stultam multitudinem rexit.
Il suffit de pareilles niaiseries pour remuer profondĂ©ment cette Ă©norme et puissante bĂȘte quâon appelle le peuple.
Huiusmodi nugis commovetur ingens ac potens illa bellua, populus.
XXVII
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Citez-moi donc une ville qui ait jamais adoptĂ© les lois de Platon ou dâAristote ou les maximes de Socrate. Qui a inspirĂ© aux DĂ©cius de se sacrifier pour le salut de leur patrie ? qui a entraĂźnĂ© Curtius vers le gouffre, si ce nâest la gloriole, cette douce syrĂšne que conspuent si bien nos philosophes.
At rursum, quĂŠ civitas umquam Platonis, aut Aristotelis leges, aut Socratis dogmata recepit? Tum autem quĂŠ res Deciis persuasit, ut ultro sese Diis Manibus devoverent? Quod Q. Curtium in specum traxit, nisi inanis gloria, dulcissima quĂŠdam Siren, sed mirum quam a Sapientibus istis damnata?
Ăcoutez-les, ces sages. â Quoi de plus fou, vous diront-ils, que de flatter lĂąchement le peuple pour poser sa candidature aux honneurs, que dâacheter ses faveurs par des profusions, de se complaire Ă ses acclamations vĂ©nales, de se donner triomphalement en spectacle comme une idole ou de se planter au beau milieu du Forum comme une statue dâairain ?
Quid enim stultius, inquiunt, quam supplicem candidatum blandiri populo, congiariis favorem emere, venari tot stultorum applausus, acclamationibus sibi placere, in triumpho veluti signum aliquod populo spectandum circumferri, ĂŠneum in foro stare?
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