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Éloge de la folie / Moriae encomium — ĐœĐ° Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč і Đ»Đ°Ń†Ń–ĐœŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 2

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Érasme

Éloge de la folie

Desiderius Erasmus Roterodamus

Moriae encomium

non pas, si je ne me trompe ; mais bien certaine autre partie, si folle, si bouffonne, qu’on ne peut la nommer sans rire.

Non, opinor, imo ea pars adeo stulta, adeoque ridicula, ut nec nominari citra risum possit, humani generis est propagatrix.

VoilĂ  la source sacrĂ©e d’oĂč vient la vie un peu plus sĂ»rement que du quaterne de Pythagore.

Is est sacer ille fons, unde uitam hauriunt omnia uerius quam ille Pythagoricus quaternio.

Entre nous, qui prĂ©senterait sa tĂȘte au joug du mariage, s’il avait mĂ»rement pesĂ©, comme le devraient faire les sages, les inconvĂ©nients de cet Ă©tat ? Quelle femme accueillerait son mari, si les douleurs de l’enfantement, les soucis de l’éducation lui Ă©taient connus, ou seulement si elle y avait rĂ©flĂ©chi ?

Age uero, qui uir, obsecro, matrimonii capistro uelit prĂŠbere os, si quemadmodum isti sapientes facere consueuerunt, prius eius uitĂŠ incommoda secum perpenderit: aut quĂŠ tandem mulier uirum admissura sit, si partus periculosos labores, si educationis molestiam, uel norit, uel cogitarit?

Devez-vous la naissance Ă  un mariage, le mariage Ă©tant du fait de ma compagne la DĂ©mence, il est facile de comprendre ce dont vous m’ĂȘtes redevable !

Porro si coniugiis debetis uitam, coniugium autem debetis anoia pedissequĂŠ, mihi nimirum quid debeatis, intelligitis.

La femme qui a subi une premiĂšre Ă©preuve s’exposerait-elle Ă  une seconde si notre bonne amie la dĂ©esse de l’Oubli n’intervenait dans l’affaire ?

Tum quĂŠ semel hĂŠc experta, denuo repetere uelit nisi lĂȘthĂȘs prĂŠsens nomen adfuerit?

VĂ©nus elle-mĂȘme, n’en dĂ©plaise Ă  LucrĂšce, aurait beau faire, sans mon secours elle resterait sans force et sans pouvoir.

Neque uero id Venus ipsa, uel reclamante Lucretio, umquam inficias iuerit, sine nostri numinis accessione, suam uim mancam atque irritam esse.

C’est de ce jeu ridicule, dont je rĂ©clame l’invention, que proviennent les philosophes pleins d’orgueil et leurs successeurs actuels, vulgairement nommĂ©s moines ; de cette mĂȘme source viennent aussi les majestĂ©s royales, les prĂȘtres sacrĂ©s, les pontifes trois fois saints, et encore cette foule de demi-dieux, si pressĂ©e, que l’Olympe, tout vaste qu’il est, peut Ă  peine la contenir.

Itaque ex nostro illo temulento ridiculoque lusu, proueniunt, et superciliosi Philosophi, in quorum locum nunc successere, quos uulgus Monachos appellat, et purpurei reges et pii sacerdotes, et ter sacntissimi Pontifices. Postremo totus etiam ille Deorum Poeticorum coetus, adeo frequens, ut turbam uix iam ipse capiat Olympus, tametsi spatiosissimus.

XII

XII

Mais ce n’est pas assez de vous avoir dĂ©montrĂ© que moi seule fĂ©conde les sources de la vie ; je n’aurais rien fait si je ne vous prouvais que tous les agrĂ©ments de cette vie, vous les devez Ă  ma munificence. Que serait-elle si on en retranchait le plaisir ? —

At sane parum sit mihi uitĂŠ seminarium, ac fontem deberi, nisi quidquid in omni uita commodi est, id quoque totum ostendero mei muneris esse. Quid autem uita hĂŠc, num omnino uita uidetur appellanda, si uoluptatem detraxeris?

Vous applaudissez. —

Applausistis.

Je pensais bien qu’il n’y avait parmi vous personne d’assez sage
 d’assez fou, voulais-je dire
 mais non d’assez sage
 j’avais raison d’abord, pour n’ĂȘtre pas de mon avis.

Equidem sciebam neminem uestrum ita sapere, uel desipere magis, imo sapere potius, ut in hac esset sententia.

Vos stoĂŻciens eux-mĂȘmes ne dĂ©daignent pas le plaisir, bien qu’ils le dissimulent avec soin, et ne manquent jamais d’en mĂ©dire en public ; mais il ne faut voir lĂ  qu’une manƓuvre adroite pour dĂ©tourner les autres du gĂąteau, afin d’avoir meilleure part.

Quamquam ne Stoici quidem isti uoluptatem adspernantur, tametsi sedulo dissimulant, milleque conuitiis eam apud uulgus dilacerant, nimirum ut deterritis aliis, ipsi prolixius fruantur.

Oseraient-ils soutenir, ces hypocrites, qu’il y ait un seul jour dans la vie qui ne soit triste, monotone, insipide, plein d’ennuis et de dĂ©goĂ»ts, Ă  moins que le plaisir, c’est-Ă -dire la Folie, n’y vienne mettre son grain de sel ?

Sed dicant mihi per Iouem, quĂŠ tandem uitĂŠ pars est, non tristis, non in infestiua, non inuenusta, non insipida, non molesta, nisi uoluptatem, id est, stultitiĂŠ condimentum adjunxeris?

Le tĂ©moignage de Sophocle, qu’on ne saurait trop citer, serait Ă  la vĂ©ritĂ© suffisant pour prouver cette proposition. N’est-ce pas lui qui a renfermĂ© dans un vers notre Ă©loge le plus complet ? L’absence de la sagesse, a-t-il dit quelque part, rend seule la vie agrĂ©able ! Mais ce n’est pas assez, il s’agit de dĂ©montrer ce que nous avançons.

Cuius rei cum satis idoneus testis esse possit, ille numquam satis laudatus Sophocles, cuius exstat pulcerrimum illud de nobis Elogium, en tĂŽ phronein gar mĂȘdev hĂȘdistos bios, tamen age, rem omnem sigillatim aperiamus.

XIII

XIII

Le premier Ăąge de la vie est le plus plaisant, le plus aimable de tous, personne ne le conteste ;

Principio quis nescit primam hominis ĂŠtatem multo lĂŠtissimam, multoque omnibus gratissimam esse?

rien n’est aimĂ©, dorlotĂ©, caressĂ©, choyĂ© comme l’enfance ; elle attendrit mĂȘme le cƓur d’un ennemi. D’oĂč vient ce charme, s’il vous plaĂźt, sinon de cette aurĂ©ole de folie dont la nature prudente a ornĂ© les jeunes fronts, afin qu’ils puissent payer en plaisir les soucis de ceux qui prennent soin d’eux, et conquĂ©rir, par leur amabilitĂ©, la protection qui leur est indispensable ? —

Quid est enim illud in infantibus, quod sic exosculamur, sic amplectimur, sic fouemus, ut hostis etiam huic ĂŠtati ferat opem, nisi stultitiĂŠ lenocinium, quod data opera prudens natura, recens natis adjunxit, ut aliquo uoluptatis uelut auctoramento, et educantium labores delinire queant, et tuentium fauores eblandiantur?

À l’enfance succĂšde la jeunesse. Que de grĂąces chez l’adolescent ! aussi comme tout le monde l’accueille avec sympathie, l’aide avec empressement et lui tend une main bienveillante ! D’oĂč vient donc cette faveur ? De mon influence magique qui, en entretenant chez lui une douce folie, le rend plus aimable.

Deinde quĂŠ succedit huic adolescentia, quam est apud omnes gratiosa, quam candide fauent omnes, quam studiose prouehunt, quam officiose porrigunt auxiliares manus? At unde, quĂŠso, ista iuuentĂŠ gratia? unde, nisi ex me? Cuius beneficio quam minimum sapit, atque ob id quam minime ringitur.

Je serais incomplĂšte si je n’ajoutais qu’aussitĂŽt que l’ñge s’avance, l’usage du monde, certaines conventions rĂ©putĂ©es sagesse chez les hommes, y aidant, la beautĂ© s’altĂšre, la gaietĂ© s’éteint, l’élĂ©gance s’efface, la vigueur diminue.

Mentior, nisi mox ubi grandiores facti, per rerum usum, ac disciplinas uirile quiddam sapere coeperint, continuo deflorescit formĂŠ nitor, languescit alacritas, frigescit lepos, labascit uigor.

À mesure que les hommes s’éloignent de moi, la vie se retire d’eux ; et ils touchent bientĂŽt Ă  la vieillesse grondeuse, Ă  cet Ăąge importun Ă  soi-mĂȘme et aux autres, que les hommes ne pourraient supporter si, lĂ  encore, je ne leur venais en aide. Comme les dieux des poĂ«mes antiques qui, dans les pĂ©rils pressants sauvaient leurs protĂ©gĂ©s Ă  l’aide d’une mĂ©tamorphose ; autant qu’il m’est possible, je ramĂšne Ă  l’enfance le vieillard penchĂ© vers la tombe :

Quoque longius a me subducitur, hoc minus minusque uiuit, donec succedat to chalepon gĂȘras, id est, molesta senectus, non iam aliis modo, uerum etiam sibimet inuisa. QuĂŠ quidem prorsum nulli mortalium foret tolerabilis, nisi rursum tantorum miserta laborum dextra adessem, et quemadmodum Dii Poetarum solent pereuntibus aliqua metamorphosi succurrere, itidem ego quoque iam capulo proximos denuo quoad licet, ad pueritiam eos reuocarem.

de lĂ , cette habitude populaire de les appeler vieux enfants. Je ne fais pas mystĂšre de ma maniĂšre d’opĂ©rer, je conduis simplement mes gens Ă  la source du LĂ©thĂ©, aux Îles FortunĂ©es (car il n’y a aux Enfers qu’un petit bras de ce fleuve), et lĂ  je leur fais boire Ă  longs traits l’eau d’oubli, qui dissipe leurs soucis et leur donne une nouvelle enfance. Mais on m’objectera qu’aprĂšs cela ils divaguent et battent la campagne.

Vnde non abs re uulgus eos palimpaidas appellare consueuit. Porro si quis transformandi rationem requirat, ne id quidem celarim. Ad Lethes nostrĂŠ fontem, nam Insulis Fortunatis oritur (siquidem apud Inferos tenuis modo riuulus labitur), eos produco, ut simul atque illic longa potarint obliuia, paulatim dilutis animi curis repubescant. At isti iam delirant, inquiunt, iam desipiunt.

Par Hercule ! je le sais bien ! — Mais c’est par lĂ  qu’ils reviennent Ă  l’enfance ; le propre de cet Ăąge n’étant autre que de divaguer et battre la campagne ; et la Folie, nous l’avons montrĂ©, en constitue le plus bel ornement ! La sagesse de l’ñge mĂ»r se greffant sur l’enfance produit un monstre,

Esto sane. Sed istud ipsum est repuerascere. An uero aliud est puerum esse quam delirare, quam desipere? An non hoc uel maxime in ea delectat ĂŠtate, quod nihil sapit? Quis enim non ceu portentum oderit, atque exsecretur puerum uirili sapientia?

et le proverbe latin a raison de dire : « Je n’aime pas qu’un enfant soit un homme. » Je ne sais rien de fatigant comme le commerce et la sociĂ©tĂ© d’un vieillard, qui avec son expĂ©rience de toutes choses, a conservĂ© la vigueur de son intelligence et la nettetĂ© de son jugement.

Adstipulatur et uulgo iactatum prouerbium: Odi puerulum prĂŠcoci sapientia. Quis autem sustineret habere commercium aut consuetudinem cum eo sene, qui ad tantam rerum experientiam, parem animi uigorem iudiciique acrimoniam adiunxisset?

Il y a donc bienfait de ma part Ă  faire radoter la vieillesse. Je la mets d’ailleurs par ce moyen Ă  l’abri des tourments que le sage mĂȘme ne peut Ă©viter, ce qui ne l’empĂȘche pas cependant de fĂȘter la dive bouteille.

Itaque delirat senex meo munere. Sed tamen delirus iste meus interim miseris illis curis uacat, quibus sapiens ille distorquetur. Interim non illepidus est compotor.

À l’abri dĂ©sormais du dĂ©goĂ»t de la vie, que l’ñge le plus vigoureux supporte Ă  grand’peine, le vieillard en revient mĂȘme parfois Ă  Ă©peler le mot aimer, comme le barbon de Plaute ; trop heureux alors de n’avoir plus son bon sens ! En somme, grĂące Ă  moi, la vieillesse est exempte de chagrins, agrĂ©able Ă  ses amis, et bienvenue dans toutes les fĂȘtes.

Non sensit uitĂŠ tĂŠdium, quod robustior ĂŠtas uix tolerat. Nonnumquam cum sene Plautino ad tres illas litteras reuertitur, infelicissimus si sapiat: At interim meo beneficio felix, interim amicis gratus, ne congerro quidem infestiuus.

Voyez chez HomĂšre, les lĂšvres d’Achille ne distillent que le fiel, tandis que de la bouche de Nestor les discours s’épandent aussi doux que le miel ; et les anciens guerriers, assis Ă  la porte de ScĂ©e, s’abandonnent Ă  des entretiens pleins de calme.

Quandoquidem et apud Homerum e Nestoris ore fiuit oratio melle dulcior, cum Achillis sit amarulenta, et apud eumdem, senes in moenibus considentes, tĂȘn leirioessan uocem edunt.

De ce cĂŽtĂ©, la vieillesse l’emporte sur l’enfance, Ăąge heureux, mais privĂ© de ces longues causeries qui ajoutent tant de charmes Ă  la vie.

Quo quidem calculo ipsam etiam superant pueritiam, suauem quidem illam, sed infantem, ac prĂŠcipuo uitĂŠ oblectamento, puta garrulitate carentem.

Il est bon d’observer que les vieux raffolent des enfants et les enfants des vieux, sans doute parce que, comme le dit le poĂ«te : les dieux se plaisent Ă  rapprocher les semblables. La seule diffĂ©rence entre ces deux extrĂȘmes, ce sont les rides de l’un et les longues annĂ©es qu’il compte ; pour le reste, tout est pareil entre eux :

Addite huc quod pueris quoque gaudeant impensius senes, ac pueri uicissim senibus delectantur, hĂŽs aiei ton homoion agei theos hĂŽs ton homoion. Quid enim inter illos non conuenit, nisi quod hic rugosior et plures numerat natales?

cheveux peu colorĂ©s, bouche Ă©dentĂ©e, formes incomplĂštes, gourmandise de laitage, bĂ©gaiement, intempĂ©rance de langue, niaiserie, faiblesse de mĂ©moire et dĂ©faut d’attention.

Alioqui capillorum albor, os edentulum, corporis modus minor, lactis appetentia, balbuties, garrulitas, ineptia, obliuio, incogitantia, breuiter omnia cĂŠtera congruunt.

Plus l’homme s’avance vers sa fin, plus la ressemblance se confirme, jusqu’à ce que tout Ă  fait comme l’enfant, le vieillard, sans regrets de la vie, sans crainte de la mort, Ă©migre vers un autre monde.

Quoque magis accedunt ad senectam, hoc propius ad pueritiĂŠ similitudinem redeunt, donec puerorum ritu, citra uitĂŠ tĂŠdium, citra mortis sensum emigrant e vita.

XIV

XIV

Que l’on compare aprĂšs cela mes bienfaits avec les mĂ©tamorphoses des autres dieux. Sans parler des vilains tours que ces immortels se permettent lorsqu’ils sont en colĂšre, voyez seulement en quoi consistent leurs faveurs : les plus bienveillants se sont bornĂ©s Ă  changer leurs protĂ©gĂ©s en arbres, en oiseaux, en cigales, voire mĂȘme en serpents ; comme si ce n’était pas mourir que n’ĂȘtre plus soi-mĂȘme !

Eat nunc qui uolet, et hoc meum beneficium cum reliquorum Deorum metamorphosi comparet. Qui quid irati faciant, non libet commemorare: sed quibus quam maxime propitii sunt, eos solent in arborem, in auem, in cicadam aut etiam in serpentem transformare: quasi uero non istud ipsum sit perire, aliud fieri.

Moi, que fais-je, au contraire ? Je rends aux mortels la pĂ©riode la meilleure et la plus heureuse de leur vie. En vĂ©ritĂ©, je vous le dis, si les mortels rompaient tout commerce avec la sagesse, s’ils abandonnaient leurs jours Ă  ma seule direction, ils ne vieilliraient pas ; leur fĂ©licitĂ© et leur jeunesse dureraient autant qu’eux.

Ego uero hominem eumdem optimĂŠ ac felicissimĂŠ uitĂŠ parti restituo. Quod si mortales prorsus ab omni sapientiĂŠ commercio temperarent, ac perpetuo mecum ĂŠtatem agerent, ne esset quidem ullum senium, uerum perpetua iuuenta fruerentur felices.

Regardez ces visages blafards, ils ont pĂąli sur la philosophie, au milieu d’études profondes et ardues ; tout jeunes encore, ils sont dĂ©jĂ  vieux ; le travail, une tension incessante du cerveau, a dessĂ©chĂ© chez eux la sĂ©ve de la vie.

An non uidetis tetricos istos et uel PhilosophiĂŠ studiis, uel seriis et arduis addictos negotiis plerumque priusquam plane iuuenes sint, iam consenuisse, uidelicet curis, et assidua acrique cogitationum agitatione sensim spiritus et succum illum uitalem exhauriente?

Regardez au contraire mes fous bien-aimĂ©s, ils sont gras, brillants de santĂ© dans leur peau, comme de vrais pourceaux acarnaniens ; ils sont dĂšs maintenant Ă  l’abri des incommoditĂ©s de la vieillesse, Ă  moins que, comme il n’arrive que trop souvent, ils ne finissent par attraper la fiĂšvre de la sagesse.

Cum contra Moriones mei pinguiculi sint, et nitidi, et bene curata cute, plane choiroi, quod aiunt, Akaranioi, numquam profecto senectutis incommodum ullum sensuri, nisi nonnihil, ut fit, sapientum contagio inficerentur.

Tant il est vrai que le bonheur absolu est impossible à l’homme !

Adeo nihil patitur hominum uita, omni ex parte beatum esse.

À l’appui de ce que je viens de vous dire, je vous citerai le dicton populaire : « La Folie est la seule chose qui arrĂȘte la jeunesse dans sa fuite et retarde l’arrivĂ©e du dernier jour. »

Accedit ad hĂŠc uulgati prouerbii non leue testimonium, quo dictitant, STVLTITIAM unam esse rem, quĂŠ et iuuentam alioqui fugacissimam remoretur, et improbam senectam procul arceat.

Je ne connais que les Brabançons qui aient mis ce prĂ©cepte complĂ©tement en pratique, au rebours de ce qui se passe chez les autres ; loin d’acquĂ©rir la gravitĂ© avec l’ñge, ces bons compagnons se trouvent chaque matin un peu plus fous que la veille.

Vt non temere de Brabantis populari sermone iactatum sit. Cum cĂŠteris hominibus ĂŠtas prudentiam adferre soleat, hos quo propius ad senectam accedunt, hoc magis atque magis stultescere.

Il est de fait qu’il n’est pas d’autre nation qui mette plus de joyeusetĂ© dans les choses de la vie, et qui redoute moins la vieillesse.

Atqui hac gente non est alia, uel ad communem uitĂŠ consuetudinem festiuior, uel quĂŠ minus sentiat senectutis tristitiam.

Mes Hollandais se rapprochent d’eux, non moins par leur position gĂ©ographique que par leur maniĂšre de vivre ;

His quidem ut loco, ita et uitĂŠ instituto confines sunt Hollandi mei, cur enim non meos appellem, usque adeo studiosos mei cultores, ut inde uulgo cognomen emeruerint?

je dis mes Hollandais, parce qu’ils me rendent un culte si assidu qu’ils en ont retenu un surnom. Disons Ă  leur louange que, loin d’en rougir, ils le considĂšrent comme leur plus beau titre de gloire. Allez maintenant, mortels insensĂ©s, demander aux MĂ©dĂ©es, aux CircĂ©s, aux VĂ©nus, Ă  l’Aurore, Ă  je ne sais quelle fontaine, une seconde jeunesse ! Ne comprenez-vous pas que, moi seule, je puis la donner, et la donne en effet ?

cuius illos adeo non pudet, ut hinc uel prĂŠcipue sese iactitent. Eant nunc stultissimi mortales, et Medeas, Circes, Veneres, Auroras, et fontem, nescio quem, requirant, quo sibi iuuentam restituant, cum id sola prĂŠstare et possim et soleam.

C’est moi qui possùde ce philtre magique à l’aide duquel la fille de Memnon prolongea les jours de Tithon, son aïeul ;

Apud me succus est ille mirificus, quo Memnonis filia Tithoni aui sui iuuentam prorogauit.

c’est moi la VĂ©nus qui rendit Ă  Phaon les grĂąces de cette belle jeunesse qui enflamma si fort l’ardente Sapho ;

Ego sum Venus illa, cuius fauore Phaon ille repubuit, ita ut a Sapphone tantopere deamaretur.

ce sont mes simples, s’il y en a dans l’affaire, mes enchantements, ma fontaine merveilleuse, qui rappellent la jeunesse Ă©coulĂ©e, que dis-je, qui la conservent inaltĂ©rable.

MeĂŠ sunt herbĂŠ, si quĂŠ sunt, mea precamina, meus ille fons, qui non solum reuocat elapsam adolescentiam, sed quod est optabilius, perpetuam seruat.

Si vous ĂȘtes d’accord avec moi que rien n’est plus dĂ©sirable que la jeunesse, rien n’est plus odieux que la vieillesse ; vous devez reconnaĂźtre par suite ce dont vous m’ĂȘtes redevable, Ă  moi qui vous conserve un bien si prĂ©cieux en Ă©cartant le mal contraire.

Quod si omnes huic sententiĂŠ subscribitis, adolescentia nihil esse melius, senectute nihil detestabilius, quantum mihi debeatis uidetis opinor, quĂŠ tantum bonum retineat, tanto excluso malo.

XV

XV

Mais quittons la terre un moment

Sed quid adhuc de mortalibus loquor?

et passons en revue les habitants des cieux. Je veux bien qu’on me fasse une injure de mon nom, si on trouve un seul des immortels qui vaille quelque chose sans moi !

Coelum omne lustrate, et mihi meum nomen opprobret licebit, quicumque uolet, si quem omnino Deorum repererit non insuauem et aspernabilem, nisi meo numine commendetur.

Pourquoi Bacchus a-t-il toujours été cet éphÚbe à la longue chevelure !

Etenim cur semper ephebus et comatus Bacchus?

parce que toujours fou, toujours ivre, toujours au milieu des banquets, des danses, des chansons et des fĂȘtes, il n’a jamais eu aucun commerce avec Pallas.

Nempe quia uecors ac temulentus, conuiuiis, saltationibus, choreis, lusibus uitam omnem transigens, ne tantulum quidem habet cum Pallade commercii.

Il serait si fĂąchĂ© de passer pour sage qu’il ne veut ĂȘtre honorĂ© que par des jeux et des rĂ©jouissances.

Denique tantum abest, ut sapiens haberi postulet, ut ludibriis ac iocis coli gaudeat.

Il ne s’offense mĂȘme pas du surnom de bouffon que lui donne un proverbe grec, qui le dit plus fou qu’une tĂȘte barbouillĂ©e de lie, —

Neque prouerbio offenditur, quod illi fatui cognomentum attribuit, id est huiusmodi, moruchou mĂŽrteros.

par allusion Ă  la coutume des vignerons en fĂȘte, de barbouiller de figues et de vin doux la statue de leur patron assise devant son temple. —

Porro Morycho nomen uerterunt, quod illum pro templi foribus sedentem, musto ficisque recentibus, agricolarum lasciuia consueuerit oblinere.

Aussi quels sarcasmes l’ancienne comĂ©die n’a-t-elle pas dĂ©cochĂ©s contre lui ! Oh ! le plaisant dieu, disait-elle, beau produit de la cuisse de Jupiter !

Tum autem quid non scommatum in hunc uetus iacit comoedia? O insulsum, inquiunt, Deum, et dignum qui ex inguine nasceretur.

De bonne foi, qui n’aimerait mieux ĂȘtre ce bouffon, ce railleur toujours en fĂȘte, toujours jeune avec son cortĂ©ge de ris et de plaisirs, plutĂŽt que ce sournois de Jupiter toujours en train de faire trembler quelqu’un ; que ce vieux Pan gĂątant tout avec ses terreurs ; que ce vilain Vulcain tout poudreux, et noir de fumĂ©e, ou que cette Minerve Ă  la lance et Ă  l’égide terribles, et qui regarde toujours de travers.

At quis non malit hic fatuus et insulsus esse, semper festiuus, semper pubescens, semper omnibus lusus ac uoluptatem adferens, quam uel agkulomĂȘtis ille Iupiter omnibus formidabilis, uel Pan suis tumultibus omnia senio uitians, uel fauillis oppletus Vulcanus, ac semper of ficinĂŠ laboribus squalidus, aut Pallas etiam ipsa, sua Gorgone et hasta terribilis kai ĂŠi enorĂŽsa drimu.

Et Cupidon ?

Cur semper puer Cupido?

pourquoi croyez-vous que sa jeunesse soit éternelle ?

Cur?

C’est, qu’ami du badinage, il ne pense et ne fait rien que des folies.

nisi quia nugator est, kai mĂȘdev hugies neque facit, neque cogitat?

Et VĂ©nus aux cheveux d’or, pourquoi sa beautĂ© fleurit-elle toujours ? Pourquoi ?

Cur aureĂŠ Veneri semper uornat sua forma?

parce qu’elle a avec moi certaine affinitĂ©, qui fait Ă©clater en elle les richesses de mon pĂšre,

Nimirum, quia mecum habet affinitatem, unde et patris mei colorem uultu refert, atque hac de causa est apud Homerum, chrusĂȘ AphroditĂȘ.

et que la gaietĂ© ne l’abandonne jamais, si nous en croyons les poĂ«tes et les statuaires leurs Ă©mules.

Deinde perpetuo ridet, si quid modo Poetis credimus, aut horum ĂŠmulis Statuariis.

Dites-moi quelle autre dĂ©esse fut honorĂ©e chez les Romains Ă  l’égal de Flore, la mĂšre des voluptĂ©s ! —

Quod numen umquam religiosius coluere Romani, quam FlorĂŠ omnium uoluptatum parentis?

Au reste, si on en croit HomĂšre, les dieux les plus austĂšres sacrifient eux-mĂȘmes Ă  la Folie.

Quamquam si quis etiam tetricorum Deorum uitam diligentius requirat ab Homero, reliquisque Poetis, reperiet stultitiĂŠ plena omnia.

Est-il besoin de vous rappeler les amours et les aventures de Jupiter-Tonnant ?

Quid enim attinet reliquorum facta commemorare, cum Iouis ipsius fulminatoris amores ac lusus probe noritis?

de vous parler de Diane, qui oubliant tout Ă  fait la modestie de son sexe, ne chassait plus rien dans les forĂȘts que le bel Endymion, pour qui elle mourait d’amour ?

cum seuera illa Diana oblita sexus, nihil aliud quam uenetur, Endymionem interim deperiens?

Et toutes ces peccadilles que Momus reprochait autrefois aux immortels, je les passe sous silence ;

Verum illi sua facinora a Momo audiant malim, a quo sĂŠpius quondam audire solebant.

sur ce sujet dĂ©licat, j’aime mieux m’en rapporter Ă  ce qu’il a dit, car, s’il vous en souvient, les dieux importunĂ©s de sa sagesse le prĂ©cipitĂšrent sur la terre,

Sed hunc nuper irati una cum Ate in terras prĂŠcipitem dederunt, quod sapientia sua felicitati Deorum importunus obstreperet.

et depuis aucun asile ne s’ouvrit Ă  l’exilĂ© ; les palais des rois se fermĂšrent surtout devant lui, la Flatterie ma compagne y tenant cour plĂ©niĂšre et sympathisant avec lui comme le loup avec l’agneau.

Neque mortalium ullus exsulem dignatur hospitio, tantum abest ut illi in Principum aulis sit locus, in quibus tamen mea kolakia primas tenet, cui cum Momo non magis conuenit, quam cum agno lupis.

Débarrassés de cet importun, les Immortels menÚrent joyeuse vie et se laissÚrent aller à la pente, comme dit HomÚre, sans crainte des censeurs.

Itaque sublato illo, iam multo licentius ac suauius nugantur Dii, uere raon agontes, ut inquit Homerus, nullo uidelicet censore.

Que de gaieté dans ce drille de Priape ?

Quos enim non prĂŠbet iocos ficulnus ille Priapus?

que d’espiùglerie dans les vols et les tours de Mercure !

Quos non ludos exhibet furtis ac prĂŠstigiis suis Mercurius?

N’est-ce pas grĂące Ă  Vulcain, Ă  son allure baroque, Ă  ses balourdises et Ă  ses quiproquos, que les dieux Ă©branlent par leurs rires la salle de leurs festins ?

Quin et Vulcanus ipse in Deorum conuiuiis gelĂŽtopoion agere consueuit, ac modo claudicatione, modo cauillis, modo ridiculis dictis exhilarare compotationem.

SilÚne, ce vieil amoureux, ne danse-t-il pas la Cordax, et PolyphÚme ne se trémousse-t-il pas lourdement, tandis que les nymphes effleurent à peine la terre de leurs pieds ? Les satyres aux pieds de chÚvres figurent les impudiques Atellanes ;

Tum et Silenus ille senex amator, tĂȘn kordaka saltare solitus, una cum Polyphemo tĂȘn threttanelo, Nymphis tĂȘn gumnopodian saltantibus.

Pan, avec ses chansons bien bĂȘtes, fait rire tout le monde, car on prĂ©fĂšre Pan aux Muses, surtout quand le nectar Ă©chauffe les cerveaux divins !

Satyri semicapri Atellanas agitant, Pan insulsa quapiam cantiuncula risum omnibus mouet, quem ita malunt, quam ipsas audire Musas, prĂŠcipue cum iam nectare coeperint madere.

Vous dirai-je ce que les immortels font aprĂšs boire ?

Porro quid ego nunc commemorem, quĂŠ probe poti Dii post conuiuium agitent?

qu’Hercule me confonde si je puis m’empĂȘcher d’en rire ;

adeo mehercle stulta, ut ipsa nonnumquam a risu temperare nequeam.

mais il vaut mieux me taire comme Harpocrate, car quelque dieu mal avisĂ© n’aurait qu’a m’entendre et m’infliger le chĂątiment de Momus ?

At satius est in his Harpocratis meminisse, ne quis forte nos quoque CorycĂŠus aliquis Deus auscultet, ea narrantes, quĂŠ ne Momus quidem impune proloquutus est.

XVI

XVI

Comme le dit HomĂšre, il est temps de laisser les plaines Ă©thĂ©rĂ©es ; revenons sur la terre, que je vous montre que lĂ  aussi rien d’agrĂ©able ni d’heureux n’arrive sans mon intervention.

Sed iam tempus est, ut ad Homericum exemplar relictis Coelitibus uicissim in terram demigremus, quamque ibi nihil lĂŠtum, aut felix, nisi meo munere, dispiciamus.

Remarquons tout d’abord combien la nature, en mĂšre prĂ©voyante, a pris soin que tout ici-bas fĂ»t assaisonnĂ© d’un grain de folie.

In primis uidetis, quanta prouidentia Natura parens et humani generis opifex, illud cauerit, ne usquam deesset stultitiĂŠ condimentum?

J’admets, si l’on veut, avec les stoĂŻciens, que la sagesse consiste Ă  suivre la raison, et la folie, au contraire, Ă  suivre ses passions ; mais, n’est-ce pas justement pour Ă©gayer la vie, que les dieux nous ont donnĂ© plus de folie que de sagesse, et ce dans une trĂšs-forte proportion !

Etenim cum Stoicis definitoribus nihil aliud sit sapientia, quam duci ratione; contra stultitia, affectuum arbitrio moueri, ne plane tristis ac tetrica esset hominum uita, Iupiter quanto plus indidit affectuum quam rationis? quasi semiunciam compares ad assem.

Ils ont relégué la raison dans un tout petit coin du cerveau ; les passions, au contraire, rÚgnent dans tout le reste du corps.

PrĂŠterea rationem in angustum capitis angulum relegauit, reliquum omne corpus perturbationibus reliquit.

À la raison sont opposĂ©s deux antagonistes redoutables : la colĂšre, qui a le siĂ©ge de son empire au cƓur, aux sources mĂȘmes de la vie, et la lubricitĂ© qui Ă©tend bien au delĂ  sa prĂ©pondĂ©rance.

Deinde duos quasi tyrannos uiolentissimos uni opposuit, iram, quĂŠ prĂŠcordiorum arcem obtinet, atque adeo ipsum uitĂŠ fontem cor, et concupiscentiam, quĂŠ ad imam usque pubem latissime imperium occupat.

Ce que peut la raison avec une pareille organisation, le train ordinaire de la vie nous le montre ; en vain elle s’enroue Ă  indiquer le droit sentier, on ne l’écoute pas ; ses sujets se rĂ©voltent contre cette prĂ©tendue reine et crient plus fort qu’elle, si bien que fatiguĂ©e, un jour elle cĂšde, et lĂąche la bride Ă  tous les Ă©carts.

Aduersus has geminas copias quantum ualeat ratio, communis hominum uita satis declarat, cum illa, quod unum licet, uel usque ad rauim reclamat, et honesti dictat formulas. Verum hi laqueum regi suo remittunt, multoque odiosius obstrepunt, donec iam is quoque fessus ultro cedit, ac manus dat.

XVII

XVII

Cependant, comme l’homme Ă©tait destinĂ© aux affaires, il Ă©tait nĂ©cessaire qu’il eĂ»t au moins une once de raison pour s’en tirer Ă  peu prĂšs ; le crĂ©ateur, bien embarrassĂ©, prit mon avis, selon sa coutume ; le conseil que je lui donnai pour parer aux dangers de cet excĂ©dant de raison fut digne de moi : c’était de donner une femme Ă  l’homme ! La femme est, il faut l’avouer, un animal inepte et fou, mais au demeurant plaisant et gracieux ; de sorte que sa sociĂ©tĂ© tempĂšre et adoucit dans l’intimitĂ© ce que le gĂ©nie de l’homme a forcĂ©ment de triste.

CĂŠterum quoniam uiro administrandis rebus nato, plusculum de rationis unciola erat adspergendum, ut huic quoque pro uirili consuleret, me sicut in cĂŠteris in consilium adhibuit, moxque consilium dedi me dignum: nempe uti mulierem adiungeret, animal, uidelicet, stultum quidem illud atque ineptum, uerum ridiculum et suaue, quo conuictu domestico, uirilis ingenii tristitiam, sua stultitia condiret atque edulcaret.

Platon, en mettant en doute dans quelle classe il devait ranger la femme, des animaux raisonnables ou des autres, n’a voulu faire autre chose qu’indiquer par là l’insigne folie du sexe.

Nam, quod Plato dubitare uidetur, utro in genere ponat mulierem, rationalium animantium, an brutorum, nihil aliud uoluit, quam insignem eius sexus stultitiam indicare.

Si, par hasard, une femme voulait poser pour la sagesse, elle ne parviendrait certainement qu’à mettre sa folie plus en relief ; c’est comme si elle envoyait un bƓuf aux courses du cirque. En gĂ©nĂ©ral, on ne fait que rendre plus saillant un vice lorsqu’on cherche Ă  lui donner les apparences de la vertu et qu’on change son naturel.

Quod si qua forte mulier sapiens haberi uoluit, ea nihil aliud agit quam ut bis stulta sit, perinde quasi bouem aliquis ducat ad ceroma, inuita reluctanteque, ut aiunt, Minerua. Conduplicat enim uitium, quisquis contra naturam, uirtutis fucum inducit, atque alio deflectit ingenium.

Le singe est toujours singe, a dit avec justesse le proverbe grec, mĂȘme sous la pourpre. La femme est toujours femme, c’est-Ă -dire folle, quelque masque qu’elle prenne d’ailleurs.

Quemadmodum, iuxta GrĂŠcorum prouerbium, simia semper est simia, etiam si purpura uestiatur: Ita mulier semper mulier est, hoc est, stulta, quamcumque personam induxerit.

Je ne vais pourtant pas jusqu’à la croire assez folle pour trouver mauvais que moi, femme, et de plus la Folie en personne, je la dĂ©clare comblĂ©e de mes faveurs. À prendre les choses du bon cĂŽtĂ©, elle doit admettre que je lui ai donnĂ© une part bien prĂ©fĂ©rable Ă  celle des hommes.

Neque uero mulierum genus usque adeo stultum arbitror, ut eam ob rem mihi succenseant, quod illis et ipsa mulier, et STVLTITIA stultitiam attribuam. Etenim si rem recta reputent uia, hoc ipsum StultitiĂŠ debent acceptum ferre, quod sint uiris multis calculis fortunatiores.

Ne serait-ce que cette beautĂ©, qu’elle prise et Ă  juste raison avant tout, et qui lui permet de tyranniser les tyrans eux-mĂȘmes.

Primum formĂŠ gratiam, quam illĂŠ merito rebus omnibus anteponunt, cuiusque prĂŠsidio in tyrannos etiam ipsos tyrannidem exercent.

Ne vous le dissimulez pas, ce qui donne Ă  l’homme ces traits rudes, cette peau hĂ©rissĂ©e, cette barbe Ă©paisse qui appellent la vieillesse, c’est la raison, la raison seule ; tandis qu’il y a chez la femme je ne sais quoi d’éternellement jeune : ses joues sont imberbes, sa voix fraĂźche, sa peau moelleuse.

Alioqui undenam horror ille formĂŠ, hispida cutis, et barbĂŠ sylua, plane senile quoddam in uiro, nisi a prudentiĂŠ uitio, cum feminarum semper lĂŠues malĂŠ, uox semper exilis, cutis mollicula, quasi perpetuam quamdam adolescentiam imitentur?

Toute l’ambition de sa vie elle la met à plaire à l’homme !

Deinde quid aliud optant in hac uita, quam ut uiris quam maxime placeant?

Les soins, les fards, les bains, les coiffures, les parfums, les essences et tous les artifices pour embellir, peindre et faire son visage et ses yeux, n’ont pas d’autre but.

Nonne huc spectant tot cultus, tot fuci, tot balnea, tot compturĂŠ, tot unguenta, tot odores, tot componendi, pingendi, fingendique uultus, oculos et cutem, artes?

N’est-ce pas avouer par suite que ce qui recommande plus particuliùrement les femmes aux hommes, c’est leur folie ?

Iam num alio nomine, uiris magis commendatĂŠ sunt, quam stultitiĂŠ?

D’ailleurs les hommes permettent tout aux femmes, pourvu qu’elles leur donnent en retour le plaisir ;

Quid enim est quod illi mulieribus non permittunt? At quo tandem auctoramento, nisi uoluptatis?

or, qu’est-ce que le plaisir, sinon la Folie ? Et personne ne me contredira, pour peu qu’il ait songĂ© quelles inepties dit et fait un homme lorsque le dĂ©sir l’aiguillonne.

Delectant autem non alia re, quam stultitia. Id esse uerum non ibit inficias quisquis secum reputarit, quas uir cum muliere dicat ineptias, quas agat nugas, quoties foeminea uoluptate decreuerit uti.

Je viens de vous montrer la source du plus grand plaisir de la vie.

Habetis igitur primum et prĂŠcipuum uitĂŠ oblectamentum, quo fonte proficiscatur.

XVIII

XVIII

Ainsi les vieillards, en général, plutÎt buveurs que galants, trouvent le bonheur au fond de leur verre.

Sed sunt nonnulli, cumprimis autem senes bibaces quidem illi magis quam mulierosi, qui summam uoluptatem in compotationibus constituunt.

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