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Éloge de la folie / Moriae encomium — ĐœĐ° Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč і Đ»Đ°Ń†Ń–ĐœŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 10

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Érasme

Éloge de la folie

Desiderius Erasmus Roterodamus

Moriae encomium

que les gants qui protĂšgent ses mains sont l’emblĂšme de son dĂ©sintĂ©ressement dans les fonctions sacrĂ©es de son ministĂšre ! Vous voudriez peut-ĂȘtre que ces dignitaires songeassent Ă  cette crosse qui rappelle le pasteur veillant sur son troupeau ; Ă  cette croix qu’il porte sur la poitrine comme symbole du renoncement aux passions ! —

Quid manus chirothecis communitĂŠ, puram et ab omni rerum humanarum contagio immunem sacramentorum administrationem. Quid pedum, nimirum, crediti gregis vigilantissimam curam. Quid prĂŠlata crux, videlicet, omnium humanorum affectuum victoriam.

Mais si telles étaient leurs préoccupations habituelles, leur vie ne serait-elle pas une suite de tristesses et de soucis ?

HĂŠc, inquam, atque id genus multa, si quis perpendat, nonne tristem ac sollicitam vitam egerit?

Nos prĂ©lats d’aujourd’hui bien assez Ă  faire de se repaĂźtre eux-mĂȘmes ; quant Ă  leurs ouailles, ils en confient volontiers la garde au Christ ou plutĂŽt ils se reposent de ce soin sur ces moines, qu’ils appellent leurs frĂšres et leurs vicaires.

At nunc belle faciunt, cum sese pascunt. CĂŠterum ovium curam aut ipsi Christo mandant, aut in Fratres, quos vocant, ac vicarios reiiciunt.

Ils oublient jusqu’à leur nom d’évĂȘque, qui veut dire travail, vigilance, sollicitude. Mais s’agit-il d’attraper des Ă©cus, ils sont alors trois fois Ă©vĂȘques.

Neque vel nominis sui recordantur, quid sonet Episcopi vocabulum, nempe laborem, curam, sollicitudinem. Verum in irretiendis pecuniis, plane Episcopos agunt, oud’ alaoskopiĂȘ.

LVIII

LVIII

Le cas des cardinaux ne serait pas diffĂ©rent s’ils songeaient que, puisqu’ils prĂ©tendent avoir succĂ©dĂ© aux apĂŽtres, on est en droit d’exiger creux ce qu’ont fait leurs prĂ©dĂ©cesseurs,

Ad eumdem modum Cardinales si cogitent sese in Apostolorum locum successisse, eadem ab ipsis requiri, quĂŠ illi prĂŠstiterunt.

et surtout s’ils se considĂ©raient, non plus comme propriĂ©taires, mais bien comme seulement administrateurs des biens de l’Église, dont leur grand Ăąge les avertit cependant presque toujours qu’ils vont avoir Ă  rendre compte.

Deinde non dominos esse, sed administratores spiritalium dotium, de quibus omnibus sint paullo post exactissime reddituri rationem.

Admettez que leurs Ă©minences jettent, elles aussi, un coup d’Ɠil philosophique sur les vĂȘtements ; elles seront forcĂ©es de s’avouer que leur rochet est lĂ  pour indiquer l’innocence de leurs mƓurs,

Imo si vel in cultu paulisper philosophentur, atque ita secum cogitent, quid sibi vult hic vestitus candor? Nonne summam et eximiam vitĂŠ innocentiam?

et leur soutane de pourpre, leur ardent amour de Dieu ;

Quid interior purpura? Nonne flagrantissimum in Deum amorem?

que l’immense manteau qui se rĂ©pand Ă  flots aux pieds du prĂ©lat cache complĂštement sa mule et pourrait couvrir un chameau en plus,

Quid rursus exterior sinuosa capacitate diffluens, ac totam reverendissimi complectens mulam, quamquam una vel camelo contegendo suffecerit?

veut dire cette immense charitĂ© qui de son cƓur doit s’étendre Ă  tous les besoins ; c’est-Ă -dire cette charitĂ© qui consiste Ă  enseigner, exhorter, consoler, avertir, terminer les guerres, rĂ©sister aux caprices du prince, et rĂ©pandre, s’il le faut, son sang pour le troupeau du Christ, et non se borner Ă  dĂ©penser ses trĂ©sors. —

Nonne caritatem latissime sese pandentem ad subveniendum omnibus, hoc est, ad docendum, exhortandum, increpandum, admonendum, componenda bella, resistendum improbis principibus, et vel sanguinem libenter impendendum gregi Christiano, non solum opes.

Des trĂ©sors, ai-je dit, mais pourquoi des trĂ©sors aux successeurs des pauvres apĂŽtres ? —

Quamquam quorsum omnino opes, pauperum Apostolorum vicem gerentibus?

Avec de pareilles rĂ©flexions, il y aurait moins d’ambitieux qui aspireraient au chapeau ; on se soustrairait volontiers Ă  un tel honneur, car, alors, les cardinaux vivraient cette vie agitĂ©e et laborieuse qu’ont vĂ©cue les apĂŽtres.

HĂŠc si perpenderent, inquam, nec eum locum ambirent, et libenter relinquerent, aut certe vitam plane laboriosam, atque sollicitam agerent, cuiusmodi veteres illi vixerunt Apostoli.

LIX

LIX

Si les papes, ces vicaires de JĂ©sus-Christ, modelaient leur vie sur celle de leur maĂźtre ; s’ils se proposaient pour exemple sa pauvretĂ©, ses travaux, sa descente, ses souffrances, son dĂ©tachement du monde, s’ils prenaient au sĂ©rieux ces titres de pĂšre et de saintetĂ© qu’on leur donne ; quels mortels seraient plus Ă  plaindre ? Qui voudrait acheter ce poste au poids de l’or, qui voudrait s’y maintenir par le fer, le poison ou la force ?

Iam Summi Pontifices, qui Christi vices gerunt, si conentur eiusdem vitam ĂŠmulari, nempe paupertatem, labores, doctrinam, crucem, vitĂŠ contemptum, si vel PapĂŠ, id est patris nomen vel Sanctissimi cognomen cogitent, quid erit in terris afflictius? aut quis eum locum omnibus emat facultatibus: emptum, gladio, veneno, omnique vi tueatur?

HĂ©las ! de quels avantages se priveraient les pontifes, s’ils acquĂ©raient un jour la sagesse,

Quantum his abstulerit commoditatum, si semel incessiverit sapientia?

que dis-je,

Sapientia dixi?

la sagesse, mais un seul grain de ce sel de sapience dont parle le christ ?

Imo vel mica salis illius, cuius meminit Christus.

Que deviendraient alors tout ce qui les entoure, les richesses, les honneurs, la puissance, les triomphes, les bénéfices, les revenus, les impÎts, les indulgences et les plaisirs de toute espÚce ?

Tantum opum, tantum honorum, tantum ditionis, tantum victoriarum, tot officia, tot dispensationes, tot vectigalia, tot indulgentias, tantum equorum, mulorum, satellitum, tantum voluptatum.

La liste est brĂšve, vous le voyez, mais significative.

Videtis, quantas nundinas, quantam messem, quantum bonorum pelagus paucis sim complexa.

Tout cela disparaßtrait pour faire place aux veilles, aux jeûnes, aux larmes, aux oraisons, aux prédications, aux études, à la pénitence, à mille autres mortifications de ce genre.

In quorum locum inducet vigilias, ieiunia, lacrymas, orationes, conciones, studia, suspiria, milleque id genus miseros labores.

Mais s’il en Ă©tait ainsi, avez-vous songĂ© Ă  ce qu’on pourrait faire de tous ces scribes, tous ces notaires, tous cris avocats ; Ă  quoi pourrait ĂȘtre bonne cette armĂ©e de promoteurs, de secrĂ©taires, de muletiers, d’écuyers, de banquiers et de proxĂ©nĂštes ? — J’en pourrais ajouter bien d’autres n’était que je respecte vos oreilles. En somme, cette foule de fonctionnaires si onĂ©reuse
, si honorable, voulais-je dire, pour le saint-siĂ©ge, serait condamnĂ©e Ă  mourir de faim.

Neque vero negligendum, illud futurum, ut tot scriptores, tot copistĂŠ, tot notarii, tot advocati, tot promotores, tot secretarii, tot mulotribĂŠ, tot equisones, tot mensarii, tot lenones, pene mollius quiddam addideram, sed vereor ne durius sit auribus. In summa, tam ingens hominum turba, quĂŠ Romanam sedem onerat, lapsa sum, honorat sentiebam, ad famem adigetur.

Ce serait vraiment abominable et impie ; mais le comble ne serait-ce pas de vouloir ramener au bñton et à la besace les chefs de l’Église, ces vrais flambeaux du monde ?

Inhumanum quidem hoc, et abominandum facinus, at multo magis detestandum, ipsos etiam summos EcclesiĂŠ Principes ac vera mundi lumina, ad peram et baculum revocari.

Ne redoutons pas pour eux de tels malheurs ; de nos jours, ils laissent à saint Pierre et à saint Paul, qui ont du temps de reste, les peines et les travaux de leur état, se contentant de garder pour eux les honneurs et les plaisirs.

At nunc fere, si quid laboris est, id Petro et Paulo relinquitur, quibus abunde satis est otii.

Ne craignez rien, je veille sur mes papes, j’émaille leur vie de voluptĂ©s et en chasse les soucis.

Porro si quid splendoris, aut voluptatis, id sibi sumunt.

GrĂące Ă  moi, ils estiment avoir amplement satisfait au Christ lorsque, sous des ornements mystiques, j’allais dire théùtraux, dans des cĂ©rĂ©monies oĂč on leur prodigue les titres de saintetĂ© et de rĂ©vĂ©rence, ils jouent leur rĂŽle d’évĂȘques Ă  grand renfort d’anathĂšmes et de bĂ©nĂ©dictions.

Atque ita fit, mea quidem opera, ut nullum pĂŠne hominum genus vivat mollius, minusque sollicitum, ut qui abunde Christo satisfactum existiment, si mystico ac pĂŠne scenico ornatu, cerimoniis, beatitudinum, reverentiarum, sanctitatum titulis, et benedictionibus ac maledictionibus, Episcopos agant.

Pour eux, il y aurait mieux Ă  faire que cela, il y aurait peut-ĂȘtre Ă  renouveler les miracles des apĂŽtres, mais c’est bien usĂ©, et il faut ĂȘtre de son temps ; il y aurait Ă  instruire le peuple, mais c’est si fatigant ; Ă  expliquer les saintes Écritures, mais c’est si pĂ©dant ; Ă  prier, mais c’est perdre son temps ; Ă  pleurer, mais c’est bon pour des femmes ; ĂȘtre pauvre, mais c’est vivre en gueux ! Il y aurait bien aussi Ă  cĂ©der quelquefois, mais comment se rĂ©soudrait-il Ă  le faire, cet homme qui admet Ă  peine les plus grands rois Ă  lui baiser les pieds ? Il y aurait encore Ă  bien mourir, mais c’est si peu gai ; Ă  souffrir au besoin la croix, mais c’est infamant aujourd’hui.

Priscum et obsoletum, nec horum omnino temporum, miracula edere: docere populum, laboriosum: sacras interpretari litteras, scholasticum: orare, otiosum: lacrymas fundere, miserum ac muliebre: egere, sordidum: vinci, turpe, parumque dignum eo, qui vix reges etiam summos, ad pedum beatorum admittit oscula: denique mori, inamabile: tolli in crucem, infame.

Restent donc aux saints pĂšres pour toutes armes ces douces bĂ©nĂ©dictions dont parle saint Paul ; et de fait, ils n’en sont pas chiches. C’est plaisir de leur voir distribuer les interdictions, les suspensions, les aggravations, les anathĂšmes ; sans compter les Ă©pouvantails du diable dont ils abusent, et cette foudre terrible qui, d’un seul coup, prĂ©cipite les Ăąmes des mortels bien au delĂ  des enfers.

Restant sola hĂŠc arma ac benedictiones dulces, quarum meminit Paulus, atque harum quidem sunt sane quam benigni, interdictiones, suspensiones, aggravationes, anathematizationes, ultrices picturĂŠ, ac fulmen illud terrificum, quo solo nutu mortalium animas vel ultra tartara mittunt.

Ce dernier instrument sert surtout aux pontifes, ces trĂšs-saints pĂšres en JĂ©sus-Christ dont ils sont les vicaires, Ă  frapper sans mĂ©nagements quiconque, Ă  l’instigation de BelzĂ©buth, essaye de rogner quelque peu le patrimoine de saint Pierre !

Quod ipsum tamen sanctissimi in Christo patres, et Christi vicarii, in nullos torquent acrius, quam in eos qui instigante Diabolo, patrimonia Petri minuere atque arrodere conantur.

Car cet apĂŽtre, qui a dit dans l’Évangile : « Nous avons tout laissĂ© pour vous suivre, » possĂšde aujourd’hui des champs, des villes et des vassaux, lĂšve des impĂŽts et se pose en suzerain.

Cuius cum héc vox sit in Euangelio: ‘Reliquimus omnia, et sequuti sumus te’, tamen huius patrimonium appellant agros, oppida, vectigalia, portitoria, ditiones.

Et pour conserver son patrimoine, les pontifes, se laissant emporter souvent par un trop grand amour de leur divin maĂźtre, ne se font pas faute d’user du fer et du feu et de rĂ©pandre le sang chrĂ©tien. Ils n’en ont pas moins l’audace de dire qu’ils dĂ©fendent de cette maniĂšre l’Église, cette Ă©pouse du Christ, et qu’ils terrassent ses ennemis.

Pro quibus dum zelo Christi accensi, ferro ignique dimicant, non absque plurimo Christiani sanguinis dispendio, tum demum Ecclesiam Christi sponsam sese credunt apostolice defendere, fortiter profligatis, ut vocant, hostibus.

Comme si l’Église avait d’autres ennemis que les pontifes impies qui, par leur silence, laissent oublier le Christ, trafiquent honteusement en son nom, torturent sa loi par leurs interprĂ©tations et ruinent son Église par l’exemple de leurs vies !

Quasi vero ulli sint hostes EcclesiĂŠ perniciosiores, quam impii pontifices, qui et silentio Christum sinunt abolescere, et quĂŠstuariis legibus alligant et coactis interpretationibus adulterant, et pestilente vita iugulant.

L’Église chrĂ©tienne a Ă©tĂ© fondĂ©e dans le sang, cimentĂ©e par le sang et agrandie par le sang ; ils s’en autorisent pour tirer le glaive pour elle, comme si le Christ n’était plus lĂ  pour protĂ©ger les siens.

Porro cum Christiana Ecclesia sanguine sit condita, sanguine confirmata, sanguine aucta, nunc perinde quasi Christus perierit, qui more suo tueatur suos, ita ferro rem gerunt.

Et cependant ils devraient savoir que la guerre est une chose si cruelle, qu’elle Ă©tait digne tout au plus des bĂȘtes fĂ©roces ; si insensĂ©e, que les poĂ«tes la donnent pour une inspiration des Furies ; si mauvaise, qu’elle entraĂźne aprĂšs elle la perturbation des mƓurs ; si injuste, que les plus grands brigands la pratiquent le mieux ; si impie, qu’elle est entiĂšrement contraire au Christ. Les papes savent tout cela, mais n’en font pas moins la guerre.

Cumque bellum res sit adeo immanis, ut feras non homines deceat, adeo insana, ut poetĂŠ quoque fingant a Furiis immitti, adeo pestilens, ut universam morum luem simul invehat, adeo iniusta, ut a pessimis latronibus optime soleat administrari, adeo impia, ut nihil cohĂŠreat cum Christo, tamen omnibus omissis, hoc tantum agunt.

Vous voyez des vieillards dĂ©crĂ©pits retrouver l’ardeur de la jeunesse, prodiguer leurs trĂ©sors, braver la fatigue et ne reculer devant rien, pour se donner le plaisir de bouleverser Ă  leur aise les lois, la religion, la paix et toutes les choses humaines.

Hic videas etiam decrepitos senes, iuvenilis animi robur prĂŠstare, nec offendi sumptibus, nec fatigari laboribus, nec deterreri quidquam si leges, si religionem, si pacem, si res humanas omneis sursum ac deorsum misceant.

Et il se trouve de savants panĂ©gyristes pour dĂ©corer cette frĂ©nĂ©sie patente des beaux noms de zĂšle, de piĂ©tĂ©, de courage, et pour prouver qu’on peut tirer l’épĂ©e et en percer les entrailles de son frĂšre sans se dĂ©partir de cette charitĂ© parfaite dont tout chrĂ©tien doit user envers son prochain !

Neque desunt adulatores eruditi, qui istam manifestariam insaniam, zelum, pietatem, fortitudinem appellent, excogitata via, qua fieri potest, ut quis lethale ferrum stringat, adigatque in fratris sui viscera, manente nihilominus caritate illa summa, quam ex Christi prĂŠcepto debet proximo Christianus.

LX

LX

Je n’ai pu dĂ©couvrir jusqu’ici si les Ă©vĂȘques d’Allemagne ont pris exemple des papes, ou les papes des Ă©vĂȘques d’Allemagne ; toujours est-il que, simplifiant les choses, ils mettent tout bonnement de cĂŽtĂ© la messe et les cĂ©rĂ©monies du culte pour mener une vie de satrape. Il semble qu’ils estiment pour lĂąche et indigne de l’épiscopat de rendre Ă  Dieu leur Ăąme guerriĂšre autre part qu’en bataille rangĂ©e.

Equidem incerta sum adhuc, utrum his rebus exemplum dederint, an potius hinc sumpserint episcopi quidam Germanorum, qui simplicius, etiam omisso cultu, omissis benedictionibus, aliisque id genus cerimoniis, plane satrapas agunt, adeo ut propemodum ignavum, parumque decorum episcopo putent, alibi, quam in acie, fortem animam Deo reddere.

Les simples prĂȘtres se font un cas de conscience de suivre la voie tracĂ©e par leurs supĂ©rieurs ; aussi les voit-on endosser bravement la cuirasse et s’escrimer d’estoc et de taille pour la dĂ©fense de leurs dĂźmes. Ils joignent Ă  cette humeur belliqueuse une Ă©tonnante pĂ©nĂ©tration quand il s’agit de dĂ©couvrir dans un vieux parchemin n’importe quoi qui puisse effrayer les bonnes gens et les convaincre qu’ils doivent encore bien autre chose que la dĂźme.

Iam vero vulgus Sacerdotum, nefas esse ducens, a prĂŠsulum suorum sanctimonia degenerare, euge, quam militariter pro iure decimarum, ensibus, iaculis, saxis, omnique armorum vi belligerantur: quam hic oculati, si quid ex veterum litteris possint elicere, quo plebeculam territent, et plus quam decimas deberi convincant.

Mais ces pillards n’ont garde de lire ce qui est pourtant inscrit partout : leurs devoirs envers le peuple.

At interim non venit in mentem, quam multa passim legantur de officio, quod illi vicissim prĂŠstare populo debeant.

Leur tonsure ne leur dit rien ; elle ne leur dit pas que le prĂȘtre doit ĂȘtre dĂ©tachĂ© du monde et n’avoir de commerce qu’avec le ciel.

Nec saltem admonet eos vertex rasus, sacerdotem omnibus huius mundi cupiditatibus liberum esse oportere, neque quidquam nisi coelestia meditari.

Il est vraiment dĂ©licieux de les voir s’imaginer remplir de tous points leurs devoirs, perce qu’ils marmottent quelques priĂšres que Dieu entend et comprend peut-ĂȘtre, mais qu’assurĂ©ment eux n’entendent pas, alors mĂȘme qu’ils les braillent Ă  tue-tĂȘte.

Sed homines suaves, se suo officio probe perfunctos aiunt, si preculas illas suas, utcumque permurmurarint, quas, mehercule, demiror, si quis Deus vel audiat, vel intelligat, cum ipsi fere nec audiant, nec intelligant, tum cum eas ore perstrepunt.

Mais qu’il s’agisse de leurs intĂ©rĂȘts, mieux que des laĂŻques, les prĂȘtres veillent au grain et demandent au besoin des armes Ă  la chicane.

Verum hoc quidem sacerdotibus est cum profanis commune, ut ad emolumenti messem vigilent omnes, neque quisquam ibi leges ignoret.

Y a-t-il par hasard quelque charge Ă  supporter, ils la rejettent avec adresse sur les Ă©paules d’autrui : c’est une balle qu’ils se renvoient prestement les uns aux autres.

CĂŠterum si quid sarcinĂŠ, id prudenter in alienos humeros reiiciunt, et aliis alii tamquam pilam per manus tradant.

Il en est de l’Église comme du gouvernement d’un État. Les princes se reposent sur leurs ministres, les ministres sur leurs commis ; mais tous, par excùs de modestie, sans doute, laissent au peuple le soin d’honorer Dieu.

Siquidem laici quoque Principes, quemadmodum partes administrandi regni vicariis delegant, et vicarius item vicario tradit, ita pietatis studium omne plebi modestiĂŠ causa relinquunt.

Le peuple, tout comme s’il Ă©tait Ă©tranger lui-mĂȘme Ă  l’Église et qu’il comptĂąt pour rien le baptĂȘme, rejette ce soin sur ceux qu’on nomme gens d’église ;

Plebs in eos reiicit, quos Ecclesiasticos vocant, perinde quasi ipsis cum Ecclesia nihil omnino sit commercii, quasi Baptismi votis nihil prorsus sit actum.

les gens d’église, qu’on dit sĂ©culiers, comme s’ils Ă©taient du monde et non du Christ, le repassent par procuration aux rĂ©guliers, les rĂ©guliers aux moines, les moines relĂąchĂ©s aux rĂ©formĂ©s, tous d’un commun accord aux ordres mendiants. Mais ceux-ci s’en dĂ©mettent en faveur des Chartreux, chez qui seuls la piĂ©tĂ© s’est cachĂ©e, dit-on, mais si bien cachĂ©e que depuis nul ne put la voir.

Rursum Sacerdotes, qui sese vocant Seculares, quasi mundo initiati non Christo, in regulares onus hoc devolvunt: regulares in monachos: monachi laxiores in arctiores: Omnes simul in mendicantes: mendicantes in Carthusienses, apud quos solos sepulta latet pietas, et adeo latet ut vix umquam liceat conspicere.

En vertu du mĂȘme principe, les souverains pontifes, si actifs Ă  moissonner les Ă©cus, dĂ©lĂšguent volontiers les travaux trop apostoliques aux Ă©vĂȘques, les Ă©vĂȘques aux curĂ©s, les curĂ©s aux vicaires, les vicaires aux frĂšres mendiants,

Itidem pontifices in messe pecuniaria diligentissimi, labores illos nimium apostolicos, in episcopos relegant, episcopi in pastores, pastores in vicarios, vicarii in fratres mendicantes.

et ceux-ci confient les ouailles à des gens qui ont l’art de tondre de prùs.

Hi rursum in eos retrudunt, a quibus ovium lana tondetur.

Mais il est temps de cesser d’éplucher ainsi la vie des pontifes et des prĂȘtres ; j’aurais l’air de faire plutĂŽt la satire des autres que mon Ă©loge, et l’on pourrait croire qu’en louant les mauvais princes, j’ai eu dessein de critiquer les bons.

Verum non est huius instituti, pontificum ac sacerdotum vitam excutere, ne cui videar satyram texere, non encomium recitare, neve quis existimet bonos principes a me taxari, dum malos laudo.

Le peu que j’en ai dit n’avait d’autre but que de prouver qu’il n’est pas un mortel sur la terre qui puisse se dire heureux, s’il n’est initiĂ© Ă  mes mystĂšres et soutenu par ma protection.

Sed hĂŠc ideo paucis attigi, quo palam fieret, nullum esse mortalem, qui suaviter vivere possit, nisi meis initiatus sit sacris, meque propitiam habeat.

LXI

LXI

Le bonheur sans mon intervention, je le rĂ©pĂšte, est chose impossible, puisque la fortune, cette arbitre souveraine du monde, est si bien d’accord avec moi que jamais elle n’a favorisĂ© un sage, tandis qu’au contraire elle comble de ses biens mes fous les plus distinguĂ©s jusque dans leur sommeil ;

Nam id quo pacto fieri queat, cum ipsa etiam Rhamnusia, rerum humanarum fortunatrix , mecum adeo consentiat, ut sapientibus istis semper fuerit inimicissima? contra stultis etiam dormientibus omnia commoda adduxerit?

par exemple, ce gĂ©nĂ©ral athĂ©nien, TimothĂ©e, qui reçut le surnom d’heureux, et donna naissance au proverbe : « Il prend les villes en dormant. »

Agnoscitis Timotheum illum, cui hinc etiam cognomen, et proverbium ĂȘ heudontos kurtos hairei. Rursum aliud glaux hiptatai.

Vous connaissez aussi le dicton : « Aux innocents les mains pleines. » — Que dit au contraire, des sages, la sagesse des nations : « Il est nĂ© sous une mauvaise Ă©toile. » Ou bien : « Il monte le cheval de SĂ©jan. » Ou encore, : « Son or est de Toulouse. » —

Contra in sapientes quadrant illa, en tetradi gennĂȘthentes, et equum habet Seianum, et aurum Tolosanum.

Mais trĂȘve de proverbes, on me soupçonnerait de piller le recueil de mon ami Érasme. —

Sed desino paroimiazesthai, ne videar Erasmi mei commentaria suppilasse.

Je disais donc que la Fortune aime les gens peu sensés, les gens audacieux, qui disent sans hésiter : le sort en est jeté.

Ergo ut ad rem: Amat Fortuna parum cordatos, amat audaciores, et quibus illud placet pas erriphthĂŽ kubos.

La sagesse rend timide, aussi voyons-nous ses adeptes en ĂȘtre rĂ©duits Ă  la pauvretĂ©, Ă  la faim et Ă  la corde, aprĂšs avoir passĂ© leur vie, nĂ©gligĂ©s, sans gloire et repoussĂ©s par tous. Aux mains de mes fous, au contraire, les richesses affluent, et le timon de l’État leur est confiĂ© ; bref ils fleurissent de toutes façons. —

At Sapientia timidulos reddit, ideoque vulgo videtis sapientibus istis cum paupertate, cum fame, cum fumo rem esse, neglectos, inglorios, invisos vivere: Stultos affluere nummis, admoveri reipublicĂŠ gubernaculis, breviter, florere modis omnibus.

Faites-vous consister le bonheur Ă  ĂȘtre le favori des princes, Ă  hanter ces demi-dieux, maĂźtres fous chamarrĂ©s de bijoux ? — Que feriez-vous prĂšs d’eux, de la sagesse ? Ne serait-ce pas un sujet de dĂ©faveur ? —

Etenim si quis beatum existimet principibus placuisse viris, et inter meos illos, ac gemmeos Deos versari, quid inutilius sapientia, imo quid apud hoc hominum genus damnatius?

Courez-vous aprĂšs les richesses ? Comment pourrez-vous y arriver, si vous restez sage au milieu des affaires ; si vous craignez le parjure et rougissez du mensonge ; si vous vous laissez arrĂȘter sur la pente du vol et de l’usure par des scrupules ou d’autres misĂšres semblables ? —

Si divitiĂŠ parandĂŠ sunt, quid tandem lucri facturus est negotiator, si sapientiam secutus: periurio offendetur, si in mendacio deprehensus erubescet, si anxios illos de furtis, atque usuris sapientum scrupulos, vel tantuli faciet.

Ambitionnez-vous les dignitĂ©s et les bĂ©nĂ©fices ecclĂ©siastiques ? Un Ăąne ou un bƓuf pourra y arriver, mais un sage
 jamais ! —

Porro si quis honores, atque opes ambiat Ecclesiasticas, ad eas vel asinus, vel bubalus citius penetrabit quam sapiens.

Aimez-vous les plaisirs ? les femmes qui louent le premier rĂŽle dans cette comĂ©die sont toutes de cƓur aux fous ; quant au sage, elles le fuient comme une bĂȘte venimeuse. —

Si voluptate ducaris, puellĂŠ, maxima huius fabulĂŠ pars, stultis toto pectore sunt addictĂŠ, sapientem haud secus ac scorpium horrent fugiuntque.

Bref, partout oĂč on veut vivre en liesse et en joie, il faut mettre le sage Ă  la porte : tout autre animal serait moins dĂ©placĂ©.

Denique quicumque paulo festivius ac lĂŠtius vivere parant, sapientem inprimis excludunt, ac quodvis animal potius admittunt.

Regardez autour de vous papes, rois, juges, magistrats, amis, ennemis grands et petits, tout a un seul mobile, la soif de l’or. Le sage mĂ©prise l’or ; il est donc logique que toutes les portes lui soient fermĂ©es.

Breviter quoquo te vertas, apud pontifices, principes, iudices, magistratus, amicos, hostes, maximos, minimos, omnia prĂŠsentibus nummis parantur: quos uti contemnit sapiens, ita illum sedulo fugere consueverunt.

Mon éloge est certainement un sujet inépuisable, cependant il faut en finir.

Sed cum laudum mearum nullus sit modus, neque finis, tamen oratio aliquando finem habeat, necesse est.

J’aurais tout dit si je ne voulais vous montrer que plus d’un grand homme m’a cĂ©lĂ©brĂ©e et par ses Ă©crits et par ses actions. Je craindrais autrement qu’on n’en vĂźnt Ă  croire que je ne plais qu’à moi-mĂȘme, et que vos lĂ©gistes ne me reprochassent de ne pas citer mes autoritĂ©s.

Itaque desinam dicere, sed si prius ostendero paucis, non deesse magnos auctores, qui me litteris suis pariter ac factis illustrarint, ne cui forte stulte mihi soli videar placere, neve legulei calumnientur, me nihil allegare.

À leur exemple, je vais me mettre en frais de citations ; bien entendu que, comme les leurs, elles ne seront d’aucune utilitĂ© Ă  ma cause.

Ad ipsorum igitur exemplum allegabimus, hoc est, ouden pros epos.

LXII

LXII

Il est certain, et tout le monde l’admet qu’oĂč manque quelque chose, il est bon de faire semblant de l’avoir.

Principio illud omnibus vel notissimo proverbio persuasum est: Ubi res abest, ibi simulationem esse optimam.

C’est en vertu de ce principe qu’on fait apprendre aux enfants ce beau vers :
Fais le fol à propos ; c’est toute la sagesse

Eoque recte statim traditur hic versus pueris: Stultitiam simulare loco, sapientia summa est.

Vous sentez déjà quelle vertu merveilleuse possÚde cette folie, puisque son fantÎme, son imitation seule mérite déjà le suffrage des savants.

Vos iam ipsi coniicite, quam ingens sit bonum Stultitia, cuius etiam fallax umbra, et imitatio sola tantum laudis meretur a doctis.

Horace, le gras pourceau du troupeau d’Épicure, dit la chose encore plus franchement : Il conseille de mĂȘler la folie Ă  la sagesse. Je sais bien qu’il ajoute de « temps Ă  autre. »

Sed multo candidius pinguis ille ac nitidus Epicuri de grege porcus miscere stultitiam consiliis iubet, tametsi brevem non admodum scite addidit.

Mais c’est lĂ  justement qu’il tombe dans l’erreur. « Il est bon d’ĂȘtre fou Ă  propos, » dit-il encore,

Item alibi: ‘Dulce est desipere in loco.’

et un peu plus loin : « J’aime mieux passer pour fou et pour un ĂȘtre sans valeur, que d’ĂȘtre sage et morose tout mon soĂ»l. »

Rursum alio in loco, mavult ‘delirus, inersque videri, quam sapere, et ringi.’

HomĂšre, qui d’ailleurs lui octroie force louanges, appelle cependant TĂ©lĂ©maque follet ; et les tragiques appliquent cette Ă©pithĂšte Ă  l’enfance comme Ă  la jeunesse, parce qu’ils estiment de bon augure.

Iam apud Homerum Telemachus, quem modis omnibus laudat poeta subinde nĂȘpios appellatur, atque eodem prĂŠnomine tamquam felicis ominis libenter pueros et adolescentes vocare solent tragici.

L’Iliade, ce poĂ«me divin, n’est autre chose que le tableau de la colĂšre des peuples et des rois.

Quid autem sacrum Iliadis carmen, nisi stultorum regum et populorum continet iras?

Et pour finir, CicĂ©ron a fait mon Ă©loge complet lorsqu’il a dit :

Porro quam absoluta laus illa Ciceronis?

« La terre est pleine de fous. » Tout le monde sait en effet qu’un bien est d’autant plus grand qu’il est partagĂ© par un grand nombre.

Stultorum sunt plena omnia. Quis enim ignorat, unumquodque bonum, quo latius patet, hoc esse prĂŠstantius?

LXIII

LXIII

Les autoritĂ©s que je viens de citer n’ont d’un poids relativement peu important auprĂšs des chrĂ©tiens ;

Atqui fortassis apud Christianos horum levis est auctoritas.

je vais donc chercher dans leurs livres sacrĂ©s, comme font les savants, des arguments en ma faveur, aprĂšs avoir pris prĂ©alablement la permission des seigneurs thĂ©ologiens. Comme ce n’est pas une petite affaire que nous allons entreprendre, et qu’il me semble peu convenable de faire faire aux muses de l’HĂ©licon un si grand voyage pour quelque chose oĂč elles n’ont que faire, j’aime mieux, pendant que je suis Ă  m’enthĂ©ologiser et Ă  vaguer dans les sentiers Ă©pineux de la scolastique, invoquer l’ñme de Scott ÉrigĂšne, la conjurer de quitter son antique Sorbonne pour animer mon sein, sauf aprĂšs Ă  lui souhaiter de s’en aller n’importe oĂč, fĂ»t-ce mĂȘme Ă  tous les diables !

Proinde Sacrarum quoque Litterarum testimoniis, si videtur, laudes nostras fulciamus, sive ut docti solent, fundemus, principio veniam a Theologis prĂŠfatĂŠ, ut nobis fas esse velint, deinde quoniam arduam rem aggredimur, et fortassis improbum fuerit denuo Musas ex Helicone, ad tantum itineris revocare, prĂŠsertim cum res sit alienior, fortasse magis conveniet optare, ut interim dum Theologum ago, perque has spinas ingredior, Scoti anima paulisper ex sua Sorbona in meum pectus demigret, quovis hystrice atque erinaceo spinosior, moxque remigret quo lubebit, vel es korakas.

Pour complĂ©ter l’illusion, que ne puis-je changer de visage et paraĂźtre devant vous en bonnet carrĂ© !

Utinam et vultum alium liceat sumere, et ornatus adsit Theologicus.

Mais, en m’entendant parler si bien thĂ©ologie, n’allez pas s’il vous plaĂźt, crier au plagiat, et croire que j’ai pillĂ© les manuscrits des maĂźtres.

Verum illud interim vereor, ne quis me furti ream agat, quasi clanculum Magistrorum Nostrorum scrinia compilaverim, quĂŠ tantum rei TheologicĂŠ teneam.

Rien de bien Ă©tonnant que, vivant depuis si longtemps dans leur intimitĂ©, j’aie fini par attraper quelques bribes de leur science. L’histoire ne nous apprend-elle pas qu’un Priape de bois retint quelques mots qu’il avait entendus de son maĂźtre,

Sed non adeo mirum videri debet, si tam diutina, quĂŠ mihi arctissima est, cum Theologis consuetudine, nonnihil arripui, cum ficulnus etiam ille Deus Priapus, nonnullas GrĂŠcas voces, legente domino, subnotarit tenueritque.

et que le coq de Lucien, par une longue fréquentation des hommes, en était arrivé à parler comme eux ?

Et gallus Lucianicus longo hominum convictu sermonem humanum expedite calluerit.

Mais entrons en matiĂšre, et que les dieux me soient propices.

Sed iam ad rem bonis avibus.

« Le nombre des fous est infini, » selon l’EcclĂ©siaste (ch. I) ;

Scripsit Ecclesiastes capite primo: Stultorum infinitus est numerus.

infini, embrasse Ă©videmment la totalitĂ© des hommes, Ă  l’exception d’un petit nombre que personne ne remarque.

Cum numerum prĂŠdicat infinitum, nonne mortaleis universos complecti videtur, prĂŠter pauculos aliquot, quos, haud scio, an cuiquam videre contigerit?

JĂ©rĂ©mie est plus explicite encore : « La sagesse de l’homme, dit-il en son Xe chapitre, n’a d’autre effet que d’en faire un archifou. »

Sed magis ingenue confitetur hoc Ieremias cap. ‘Stultus’, inquiens, ‘factus est omnis homo a sapientia sua.’

Il considùre donc la sagesse comme l’attribut de Dieu, et la folie comme l’attribut de l’homme.

Soli Deo tribuit sapientiam, universis hominibus stultitiam relinquens.

Quelques lignes plus haut, il avait dĂ©jĂ  dit : « Il ne faut pas que l’homme se glorifie de sa sagesse. »

Ac rursum paulo superius: Ne glorietur homo in sapientia sua.

Et pourquoi l’excellent JĂ©rĂ©mie ne veut-il pas que cela se fasse ?

Cur non vis hominem in sua sapientia gloriari, optime Ieremia?

Par la raison toute simple que, selon lui, l’homme manque complĂ©tement de sagesse. Mais revenons Ă  l’EcclĂ©siaste,

Nimirum, inquiet, ob id, quia non habet sapientiam. Sed ad Ecclesiasten redeo.

« VanitĂ© des vanitĂ©s, s’écrie-t-il, tout n’est que vanitĂ© !
 » Qu’entend-il par lĂ  selon vous ? n’est-ce pas, comme je vous l’ai dĂ©jĂ  dit, que la vie humaine est le jouet de la folie ?

Hunc, cum exclamat: ‘Vanitas vanitatum et omnia vanitas,’ quid aliud sensisse creditis, nisi, quemadmodum diximus, vitam humanam nihil aliud quam Stultitié ludicrum esse?

Et il confirme ainsi ce que CicĂ©ron a dit Ă  ma louange et qu’on ne saurait trop rĂ©pĂ©ter : « Le monde est plein de fous !

nimirum Ciceroniané laudi album addentem calculum, cuius optimo iure celebratur illud, quod modo retulimus: ‘stultorum plena sunt omnia’.

Le fou change comme la lune, le sage Ă  la stabilitĂ© du soleil, ajoute le mĂȘme livre, pour montrer que la folie est le lot de tous les hommes, la sagesse celui de Dieu.

Rursum sapiens ille Ecclesiasticus, qui dixit: ‘Stultus mutatur ut Luna, sapiens permanet ut Sol,’ quid aliud innuit, nisi mortale genus omne stultum esse, soli Deo, sapientis nomen competere?

La lune c’est la nature humaine, le soleil, source de toute lumiĂšre, c’est Dieu. »

Siquidem Lunam humanam naturam interpretantur, Solem omnis luminis fontem, Deum.

Ajoutons Ă  cela le mot de l’Évangile : « Dieu seul est bon. »

Huic adstipulatur quod ipse Christus in Euangelio negat, quemquam appellandum bonum, nisi Deum unum.

Or si quiconque est fou n’est pas sage, si bon et sage sont synonymes, comme le veulent les stoïciens, tous les hommes sont fous, la chose est claire, puisqu’il n’y en a pas un de bon.

Porro si stultus est, quisquis sapiens non est, et quisquis bonus, idem sapiens, auctoribus Stoicis, nimirum mortales omneis Stultitia complectatur necessum est.

« La folie est la joie du fou. » si on en croit Salomon (ch. xv), d’oĂč il faut conclure que, sans folie, la vie serait insupportable.

Iterum Salomon cap. 15 ‘Stultitia’, inquit, ‘gaudium stulto’, videlicet, manifeste confitens, sine stultitia nihil in vita suave esse.

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