Đ€ŃĐ°ĐœŃŃĐ·ŃĐșа-Đ°ĐœĐłĐ»ŃĐčŃĐșĐ°Ń ĐșĐœŃга-бŃĐ»ŃĐœĐłĐČа
seul, le médecin est plus couru que tous les autres ensemble.
only the physician is worth all the rest.
Quâil soit ignorant, audacieux, irrĂ©flĂ©chi, câen est assez pour que tout le monde ait confiance en lui, voire mĂȘme les plus huppĂ©s.
And among them too, the more unlearned, impudent, or unadvised he is, the more he is esteemed, even among princes.
Du reste, la mĂ©decine, surtout comme la plupart de nos docteurs la pratiquent aujourdâhui, nâest plus que lâart de plaire Ă son malade, et Ă ce point de vue elle a quelques rapports avec la rhĂ©torique.
For physic, especially as it is now professed by most men, is nothing but a branch of flattery, no less than rhetoric.
Ceux qui viennent dans la faveur du public immĂ©diatement aprĂšs les mĂ©decins, ou pour mieux dire sur le mĂȘme rang quâeux, sont certainement les lĂ©gistes, bien que les philosophes (je nâoserai prendre sur moi la responsabilitĂ© de cette opinion) regardent leur science comme une Ăąnerie et sâen moquent sans rĂ©serve.
Next them, the second place is given to our law-drivers, if not the first, whose profession, though I say it myself, most men laugh at as the ass of philosophy;
Ce sont cependant ces Ăąnes qui rĂšglent les grandes et les petites affaires de la vie,
yet thereâs scarce any business, either so great or so small, but is managed by these asses.
et arrondissent chaque jour leur avoir, tandis que les thĂ©ologiens qui portent dans leur tĂȘte les secrets de Dieu, mangent tristement leurs fĂšves, tout en faisant la guerre Ă la vermine qui les ronge.
These purchase their great lordships, while in the meantime the divine, having run through the whole body of divinity, sits gnawing a radish and is in continual warfare with lice and fleas.
Puisquâil est prouvĂ© que les sciences, qui donnent le plus de bonheur Ă ceux qui les cultivent, sont prĂ©cisĂ©ment celles qui ont le plus dâaffinitĂ© avec la folie, il est clair que ceux-lĂ sont de beaucoup les plus heureux, qui sâĂ©tant abstenus de tout commerce avec la science, ont pris pour guide la simple nature, qui nâa jamais Ă©garĂ© personne, pourvu quâon agisse dans la sphĂšre dâaction attribuĂ©e Ă lâhumanitĂ©.
As therefore those arts are best that have the nearest affinity with folly, so are they most happy of all others that have least commerce with sciences and follow the guidance of Nature, who is in no wise imperfect, unless perhaps we endeavor to leap over those bounds she has appointed to us.
La nature a horreur de tout ce qui la dĂ©guise, et ses productions les plus parfaites sont celles oĂč lâart fait complĂ©tement dĂ©faut.
Nature hates all false coloring and is ever best where she is least adulterated with art.
XXXIV
XXXIV
Les animaux, qui sont tout Ă fait Ă©trangers Ă toutes connaissances et ne suivent dâautre loi que la nature, ne sont-ils pas heureux de tous points ?
Go to then, donât you find among the several kinds of living creatures that they thrive best that understand no more than what Nature taught them?
Y a-t-il rien de plus fortuné et de plus admirable que le peuple des abeilles ?
What is more prosperous or wonderful than the bee?
Bien quâelles nâaient pas les sens de lâhomme,
And though they have not the same judgment of sense as other bodies have,
ne le surpassent-elles pas en architecture ?
yet wherein has architecture gone beyond their building of houses?
Leur rĂ©publique nâest-elle pas mieux constituĂ©e que toutes les utopies des philosophes ?
What philosopher ever founded the like republic?
Le cheval, au contraire, qui jouit sensiblement du mĂȘme organisme que lâhomme, et vit Ă peu prĂšs la mĂȘme vie, ne partage-t-il pas les maux qui lâaffectent ?
Whereas the horse, that comes so near man in understanding and is therefore so familiar with him, is also partaker of his misery.
Au milieu de la bataille, pour éviter la défaite, il se rompt les flancs ; ou bien, en plein triomphe, il est frappé et mord la poussiÚre à cÎté de son maßtre expirant.
For while he thinks it a shame to lose the race, it often happens that he cracks his wind; and in the battle, while he contends for victory, heâs cut down himself, and, together with his rider âlies biting the earth;â
Nâoubliez pas non plus ce frein quâil lui faut ronger, ces Ă©perons qui le dĂ©chirent, lâĂ©curie oĂč il est emprisonnĂ©, les fouets, les houssines, les brides, les sangles, le harnais, le cavalier et tout lâappareil de la servitude Ă laquelle il sâest soumis volontairement autrefois, lorsquâĂ lâexemple de tant de hĂ©ros il sacrifia tout pour se venger !
not to mention those strong bits, sharp spurs, close stables, arms, blows, rider, and briefly, all that slavery he willingly submits to, while, imitating those men of valor, he so eagerly strives to be revenged of the enemy.
Oh ! quâelle est prĂ©fĂ©rable lâexistence de la mouche et de lâoiseau dans son indĂ©pendance, lorsque toutefois ils Ă©chappent aux piĂ©ges de lâhomme !
Than which how much more were the life of flies or birds to be wished for, who living by the instinct of nature, look no further than the present, if yet man would but let them alone in it.
Enfermez dans une cage lâhabitant de lâair, apprenez-lui Ă imiter la voix humaine, aussitĂŽt il perd toute grĂące et toute beautĂ©.
And if at anytime they chance to be taken, and being shut up in cages endeavor to imitate our speaking, âtis strange how they degenerate from their native gaiety.
Tant il est vrai que la simplicitĂ© native est au-dessus des productions de lâart !
So much better in every respect are the works of nature than the adulteries of art.
Aussi ne saurais-je trop vous citer le coq de Lucien, lequel, grĂące Ă la mĂ©tempsychose avait Ă©tĂ© dâabord philosophe sous la figure de Pythagore, puis tour Ă tour homme, femme, roi, simple particulier, poisson, cheval, grenouille, Ă©ponge mĂȘme, si je ne me trompe, et qui aprĂšs avoir tout vu, nâen retint pour seule certitude, que de tous les animaux lâhomme Ă©tait le plus mal partagĂ©, parce que les autres se contentent de leur sort, tandis que lui ne cherche quâĂ franchir les limites que la nature a tracĂ©es Ă ses facultĂ©s.
In like manner I can never sufficiently praise that Pythagoras in a dunghill cock, who being but one had been yet everything, a philosopher, a man, a woman, a king, a private man, a fish, a horse, a frog, and, I believe too, a sponge; and at last concluded that no creature was more miserable than man, for that all other creatures are content with those bounds that nature set them, only man endeavors to exceed them.
XXXV
XXXV
Ce mĂȘme philosophe ne cachait pas sa prĂ©fĂ©rence pour les ignorants et les idiots ; pour lui, Grillus, lorsque CircĂ© lâeut changĂ© en porc, avait Ă©tĂ© plus avisĂ© que lâastucieux Ulysse lui-mĂȘme, puisquâil avait mieux aimĂ© continuer Ă grogner tranquillement Ă lâĂ©table que dâaller avec le hĂ©ros dâIthaque courir de nouveaux dangers.
And again, among men he gives the precedency not to the learned or the great, but the fool. Nor had that Gryllus less wit than Ulysses with his many counsels, who chose rather to lie grunting in a hog sty than be exposed with the other to so many hazards.
HomĂšre, le pĂšre des fables, semble partager cette opinion. Il appelle sans cesse les hommes malheureux et infortunĂ©s, il ne marchande pas lâĂ©pithĂšte de lamentable Ă Ulysse, quâil nous donne pourtant comme le type de la sagesse. Cette mĂȘme Ă©pithĂšte, jamais il ne la donne aux Achille, aux Ajax, aux PĂąris, qui tous ont lâhonneur dâĂȘtre fous. Et pourquoi, sâil vous plaĂźt, cette diffĂ©rence ?
Nor does Homer, that father of trifles, dissent from me; who not only called all men âwretched and full of calamity,â but often his great pattern of wisdom, Ulysses, âmiserable;â Paris, Ajax, and Achilles nowhere.
Pourquoi ?
And why, I pray
câest quâUlysse, si fertile en ruses, ne faisait rien sans Minerve, et que, trop sage, il ne sâabandonnait pas assez Ă la nature.
but that, like a cunning fellow and one that was his craftâs master, he did nothing without the advice of Pallas?
Je le rĂ©pĂšte, les hommes sâĂ©loignent dâautant plus du bonheur quâils possĂšdent plus de sagesse, et, deux fois fous alors, ils oublient leur condition dâhommes, pour entasser leurs sciences les unes sur les autres, et vouloir dĂ©trĂŽner les dieux Ă lâexemple des Titans ; dâoĂč il faut conclure que les moins malheureux sont ceux qui cherchent Ă se rapprocher davantage de lâineptie des brutes, et nâessayent rien au-dessus des forces humaines.
In a word he was too wise, and by that means ran wide of nature. As therefore among men they are least happy that study wisdom, as being in this twice fools, that when they are born men, they should yet so far forget their condition as to affect the life of gods; and after the example of the giants, with their philosophical gimcracks make a war upon nature: so they on the other side seem as little miserable as is possible who come nearest to beasts and never attempt anything beyond man.
Voyons un peu si, sans employer les enthymĂšmes des StoĂŻciens, je pourrai vous prouver cela par quelque bon exemple bien saisissable.
Go to then, letâs try how demonstrable this is; not by enthymemes or the imperfect syllogisms of the Stoics, but by plain, downright, and ordinary examples. And now, by the immortal gods!
Par les dieux immortels ! connaissez-vous rien de plus heureux que ceux-lĂ , justement, Ă qui le vulgaire jette comme autant dâinjures, les beaux noms de fou, dâextravagant, dâinsensĂ©, dâidiot.
I think nothing more happy than that generation of men we commonly call fools, idiots, lack-wits, and dolts; splendid titles too, as I conceive them.
De prime abord, je lâavoue, ma proposition peut sembler tant soit peu absurde ; elle peut pourtant parfaitement se justifier, comme vous allez voir.
Iâll tell you a thing, which at first perhaps may seem foolish and absurd, yet nothing more true.
Et dâabord, tous ces gens-lĂ ne craignent pas la mort, ce qui nâest pas selon moi un mince avantage ;
And first they are not afraid of deathâno small evil, by Jupiter!
puis, le remords ne trouble pas leur conscience ; la peur de lâenfer, des spectres et des revenants nâa pas prise sur eux ; et les craintes comme les espĂ©rances de lâavenir les laissent insensibles.
They are not tormented with the conscience of evil acts, not terrified with the fables of ghosts, nor frightened with spirits and goblins. They are not distracted with the fear of evils to come nor the hopes of future good.
Ce nâest pas tout, ils ne connaissent aucun de ces mille maux qui torturent la vie humaine,
In short, they are not disturbed with those thousand of cares to which this life is subject.
ils nâont ni honte, ni timiditĂ©, ni ambition, ni jalousie, ni amour ;
They are neither modest, nor fearful, nor ambitious, nor envious, nor love they any man.
et mĂȘme sâils rĂ©ussissent Ă atteindre Ă lâentiĂšre stupiditĂ© des brutes, ils ont lâavantage, au dire des thĂ©ologiens, dâĂȘtre impeccables.
And lastly, if they should come nearer even to the very ignorance of brutes, they could not sin, for so hold the divines.
Ă sage trois fois fou ! rĂ©capitule, sâil te plaĂźt, les inquiĂ©tudes qui dĂ©chirent jour et nuit ton Ăąme ; rassemble en un seul monceau les tourments de ta vie, et dis-moi si je ne suis pas une vraie providence pour mes fidĂšles !
And now tell me, you wise fool, with how many troublesome cares your mind is continually perplexed; heap together all the discommodities of your life, and then youâll be sensible from how many evils I have delivered my fools.
Ils nâont pas seulement le mĂ©rite dâĂȘtre toujours joyeux, toujours sâĂ©baudissant, chantant ou riant ; ils rĂ©pandent encore la joie autour dâeux, comme sâils avaient reçu des immortels la mission dâĂ©gayer les tristesses de la vie.
Add to this that they are not only merry, play, sing, and laugh themselves, but make mirth wherever they come, a special privilege it seems the gods have given them to refresh the pensiveness of life.
Aussi, tandis que les hommes montrent pour leurs semblables des dispositions si diffĂ©rentes, ils sont unanimes pour accueillir mes fous Ă bras ouverts ; on les recherche, on les aime, on les choie, on leur vient en aide au besoin, sans compter quâon leur passe tout ce quâils peuvent dire ou faire.
Whence it is that whereas the world is so differently affected one towards another, that all men indifferently admit them as their companions, desire, feed, cherish, embrace them, take their parts upon all occasions, and permit them without offense to do or say what they like.
Personne ne songe Ă leur nuire, les bĂȘtes elles-mĂȘmes les respectent comme si elles avaient naturellement conscience de leur innocuitĂ©.
And so little does everything desire to hurt them, that even the very beasts, by a kind of natural instinct of their innocence no doubt, pass by their injuries.
Les fous sont sous la sauvegarde des dieux, et avant tout sous la mienne ; câest lĂ un privilĂ©ge que personne nâose leur contester.
For of them it may be truly said that they are consecrate to the gods, and therefore and not without cause do men have them in such esteem.
XXXVI
XXXVI
Ce nâest pas tout : les princes, mĂȘme les plus grands, goĂ»tent si fort mes protĂ©gĂ©s, quâils ne peuvent ni manger, ni se promener, ni rester une heure entiĂšre sans leurs bouffons en titre.
Whence is it else that they are in so great request with princes that they can neither eat nor drink, go anywhere, or be an hour without them?
Ils vont mĂȘme jusquâĂ les prĂ©fĂ©rer de beaucoup aux philosophes grondeurs, quâils entretiennent par vanitĂ© :
Nay, and in some degree they prefer these fools before their crabbish wise men, whom yet they keep about them for stateâs sake.
ce qui, selon moi, est facile Ă comprendre, puisque ces prĂ©tendus sages ne leur donnent en retour quâune stĂ©rile gravitĂ©, et quâils vont mĂȘme, tant ils sont pleins de leur science, jusquâĂ blesser leurs oreilles par de dures vĂ©ritĂ©s.
Nor do I conceive the reason so difficult, or that it should seem strange why they are preferred before the others, for that these wise men speak to princes about nothing but grave, serious matters, and trusting to their own parts and learning do not fear sometimes âto grate their tender ears with smart truthsâ;
Mes fous, au contraire, portent partout avec eux ce quâĂ la cour on goĂ»te le mieux, jeux et gaietĂ©, bons mots et plaisirs.
but fools fit them with that they most delight in, as jests, laughter, abuses of other men, wanton pastimes, and the like.
Au reste, une qualitĂ©, qui nâest certes pas Ă dĂ©daigner, se retrouve chez eux au plus haut point ; je veux parler de leur tant belle sincĂ©ritĂ©.
Again, take notice of this no contemptible blessing which Nature has given fools, that they are the only plain, honest men and such as speak truth.
Or, quây a-t-il de plus beau que la vĂ©ritĂ© ? â
And what is more commendable than truth?
Platon, dans son Banquet, fait dire Ă Alcibiade que la vĂ©ritĂ© se montre surtout dans lâivresse et dans lâenfance ; je nâen soutiens pas moins quâelle est avant tout mon apanage, car comme le dit fort bien Euripide : « Le fou dit des folies ; son cĆur, son visage et sa bouche sont toujours dâaccord ».
For though that proverb of Alcibiades in Plato attributes truth to drunkards and children, yet the praise of it is particularly mine, even from the testimony of Euripides, among whose other things there is extant that his honorable saying concerning us, âA fool speaks foolish things.â
For whatever a fool has in his heart, he both shows it in his looks and expresses it in his discourse;
Tel nâest point le sage, câest encore Euripide qui le dit : « Le sage a deux langues, lâune qui dit la vĂ©ritĂ©, lâautre qui parle le langage des circonstances. »
while the wise menâs are those two tongues which the same Euripides mentions, whereof the one speaks truth, the other what they judge most seasonable for the occasion.
Câest Ă lui que revient la palme pour changer le blanc en noir, pour souffler tour Ă tour le froid et le chaud, et receler dans son cĆur le contraire de ce quâil met dans ses discours.
These are they âthat turn black into whiteâ, blow hot and cold with the same breath, and carry a far different meaning in their breast from what they feign with their tongue.
On se plaĂźt Ă vanter le bonheur des rois, mais ils me semblent vraiment Ă plaindre, de nâavoir prĂšs dâeux personne qui leur dise la vĂ©ritĂ©, et de ne pouvoir choisir leurs amis que parmi les flatteurs.
Yet in the midst of all their prosperity, princes in this respect seem to me most unfortunate, because, having no one to tell them truth, they are forced to receive flatterers for friends.
Ă cela on me rĂ©pondra que les princes nâaiment pas la vĂ©ritĂ© et que câest lĂ ce qui leur fait fuir la sociĂ©tĂ© des sages ; ils craignent toujours que lâun dâeux, plus hardi que les autres, ne sâingĂ©nie Ă leur dire plutĂŽt des choses vraies que des choses agrĂ©ables.
But, someone may say, the ears of princes are strangers to truth, and for this reason they avoid those wise men, because they fear lest someone more frank than the rest should dare to speak to them things rather true than pleasant;
La vĂ©ritĂ©, jâen conviens, est odieuse aux rois,
for so the matter is, that they donât much care for truth.
mais câest ce qui rend dâautant plus remarquable le plaisir avec lequel ils acceptent de mes fous, je ne dirai pas des vĂ©ritĂ©s, mais de belles et bonnes injures. Le mĂȘme mot qui, dans la bouche dâun sage, eĂ»t Ă©tĂ© un crime capital, devient dans la leur plaisanterie pleine de charmes.
And yet this is found by experience among my fools, that not only truths but even open reproaches are heard with pleasure; so that the same thing which, if it came from a wise manâs mouth might prove a capital crime, spoken by a fool is received with delight.
La vĂ©ritĂ©, lorsquâelle ne blesse pas, a la vertu native de plaire ; or aux fous seuls les dieux ont accordĂ© le privilĂ©ge de la dire sans blesser.
For truth carries with it a certain peculiar power of pleasing, if no accident fall in to give occasion of offense; which faculty the gods have given only to fools.
Câest par cette raison ou quelque chose dâapprochant, que les fous rĂ©ussissent si bien prĂšs des femmes, toutes portĂ©es par nature, comme chacun sait, aux plaisirs et aux futilitĂ©s.
And for the same reasons is it that women are so earnestly delighted with this kind of men, as being more propense by nature to pleasure and toys.
Les femmes, du reste, trouvent un vĂ©ritable avantage dans ce genre de commerce ; elles font passer comme jeux et badinages tout ce quâelles se permettent avec eux, bien que souvent ce soit en fait, pour elles, tout ce que la vie a de sĂ©rieux. Mais elles sont si ingĂ©nieuses, surtout lorsquâil sâagit de pallier leur sottise !
And whatsoever they may happen to do with them, although sometimes it be of the most serious, yet they turn it to jest and laughter, as that sex was ever quick-witted, especially to color their own faults.
XXXVII
XXXVII
Revenons au bonheur des fous et rĂ©capitulons : ils passent leur vie au milieu des plaisirs ; sans crainte comme sans pressentiment de la mort, ils sâenvolent droit aux Champs-ĂlysĂ©es, oĂč ils amusent encore la sainte oisivetĂ© des Ăąmes pieuses.
But to return to the happiness of fools, who when they have passed over this life with a great deal of pleasantness and without so much as the least fear or sense of death, they go straight forth into the Elysian field, to recreate their pious and careless souls with such sports as they used here.
Rapprochons de cette destinĂ©e celle de tel sage quâil vous plaira.
Letâs proceed then, and compare the condition of any of your wise men with that of this fool.
Prenons ce philosophe qui a flĂ©tri son enfance et sa jeunesse par lâĂ©tude de toutes sciences ; qui a usĂ© la plus belle partie de sa vie Ă veiller, rĂ©flĂ©chir et travailler. Le plaisir, il nây a jamais goĂ»tĂ© ; toujours sobre, toujours pauvre, jamais gai, jamais affable, dur et inflexible pour lui-mĂȘme, sĂ©vĂšre et sans indulgence pour les autres ; pĂąle, maigre, valĂ©tudinaire, presque aveugle, il sent la vieillesse et ses infirmitĂ©s sâavancer avant lâheure prescrite, et avant lâheure aussi, il sort de la vie,
Fancy to me now some example of wisdom youâd set up against him; one that had spent his childhood and youth in learning the sciences and lost the sweetest part of his life in watchings, cares, studies, and for the remaining part of it never so much as tasted the least of pleasure; ever sparing, poor, sad, sour, unjust, and rigorous to himself, and troublesome and hateful to others; broken with paleness, leanness, crassness, sore eyes, and an old age and death contracted before their time
bien quâĂ vrai dire la mort doit assez peu importer Ă qui nâa jamais vĂ©cu.
(though yet, what matter is it, when he die that never lived?);
VoilĂ pourtant la biographie dâun sage !
and such is the picture of this great wise man.
XXXVIII
XXXVIII
Mais jâentends coasser les grenouilles du Portique. Rien au monde, objectent-elles, nâest plus triste que la dĂ©mence ; or, de la folie Ă la dĂ©mence, il nây a pas un doigt ou plutĂŽt câest la mĂȘme chose.
And here again do those frogs of the Stoics croak at me and say that nothing is more miserable than madness. But folly is the next degree, if not the very thing.
Car la dĂ©mence nâest, comme la folie, quâune aberration perpĂ©tuelle de lâesprit. â
For what else is madness than for a man to be out of his wits?
Grenouilles, mes amies, vous battez la campagne, et sans plus tarder,
But to let them see how they are clean out of the way, with the Musesâ good favor weâll take this syllogism in pieces.
avec lâaide des Muses, je vais pulvĂ©riser votre syllogisme. â
Socrate, dans Platon, nous montre comment, Ă lâaide dâune distinction, on peut trouver deux VĂ©nus dans une VĂ©nus, et deux Cupidons dans un seul ; nos dialecticiens auraient dĂ» faire la mĂȘme distinction dans la dĂ©mence, si au moins ils voulaient en paraĂźtre indemnes.
Subtly argued, I must confess, but as Socrates in Plato teaches us how by splitting one Venus and one Cupid to make two of either, in like manner should those logicians have done and distinguished madness from madness, if at least they would be thought to be well in their wits themselves.
Toute dĂ©mence nâest pas funeste ;
For all madness is not miserable,
sans cela, Horace nâaurait pas dit : « Mon esprit est frappĂ© dâune aimable dĂ©mence. » Platon nâaurait pas placĂ© parmi les meilleures choses de ce monde lâexaltation des poĂ«tes, des prophĂštes et des amants, et la Sibylle dans Virgile nâaurait pas qualifiĂ© dâinsensĂ©s les travaux du pieux ĂnĂ©e.
or Horace had never called his poetical fury a beloved madness; nor Plato placed the raptures of poets, prophets, and lovers among the chiefest blessings of this life; nor that sibyl in Virgil called Aeneasâ travels mad labors.
Donc, il y a deux espĂšces de dĂ©mence : lâune, que les Furies, en agitant leurs serpents, rĂ©pandent sur la terre ; celle-ci allume les fureurs de la guerre, attise la soif insatiable de lâor ou lâamour honteux et criminel : câest elle qui pousse au parricide, Ă lâinceste, au sacrilĂ©ge et aux autres crimes, et qui allume de ses torches vengeresses les remords dans les Ăąmes coupables.
But there are two sorts of madness, the one that which the revengeful Furies send privily from hell, as often as they let loose their snakes and put into menâs breasts either the desire of war, or an insatiate thirst after gold, or some dishonest love, or parricide, or incest, or sacrilege, or the like plagues, or when they terrify some guilty soul with the conscience of his crimes;
Mais il en est une autre qui en diffĂšre essentiellement. Câest une Ă©manation de ma bienveillance pour lâespĂšce humaine.
the other, but nothing like this, that which comes from me and is of all other things the most desirable;
Elle se manifeste par une illusion agrĂ©able de lâĂąme, qui en efface les soucis, et la plonge dans un torrent de voluptĂ©s.
which happens as often as some pleasing dotage not only clears the mind of its troublesome cares but renders it more jocund.
Câest cette illusion que, dans une lettre Ă Atticus, CicĂ©ron demandait aux dieux bienfaisants, pour devenir insensible aux malheurs qui lâaccablaient ;
And this was that which, as a special blessing of the gods, Cicero, writing to his friend Atticus, wished to himself, that he might be the less sensible of those miseries that then hung over the commonwealth.
câĂ©tait elle que regrettait ce Grec lorsquâon lâeut guĂ©ri ; lui qui, auparavant, assis tout seul au théùtre des journĂ©es entiĂšres, riait, applaudissait, trĂ©pignait, parce quâil sâimaginait voir jouer devant lui les plus belles piĂšces du monde, bien quâil nâen fĂ»t rien en rĂ©alitĂ©. Au demeurant notre homme se comportait sagement aux choses de la vie ; bon ami, bon Ă©poux, bon maĂźtre, il nâentrait pas en fureur pour une bouteille dĂ©cachetĂ©e.
Nor was that Grecian in Horace much wide of it, who was so far made that he would sit by himself whole days in the theatre laughing and clapping his hands, as if he had seen some tragedy acting, whereas in truth there was nothing presented; yet in other things a man well enough, pleasant among his friends, kind to his wife, and so good a master to his servants that if they had broken the seal of his bottle, he would not have run mad for it.
Lorsque sa famille, Ă force de remĂšdes, lâeut rendu Ă la raison : « Ă mes amis, dit-il, en mâarrachant Ă mon rĂȘve heureux vous mâavez fait mourir ! Vous ne mâavez pas guĂ©ri, vous mâavez enlevĂ© la plus douce des illusions ! »
But at last, when by the care of his friends and physic he was freed from his distemper and become his own man again, he thus expostulates with them, âNow, by Pollux, my friends, you have rather killed than preserved me in thus forcing me from my pleasure.â By which you see he liked it so well that he lost it against his will.
Et cet homme avait raison ; ceux-lĂ seuls Ă©taient dans lâerreur et mĂ©ritaient de boire lâellĂ©bore, qui avaient considĂ©rĂ© comme un mal justiciable de la mĂ©decine son heureuse et paisible folie.
And trust me, I think they were the madder of the two, and had the greater need of hellebore, that should offer to look upon so pleasant a madness as an evil to be removed by physic;
Remarquez que je nâai jamais prĂ©tendu quâil fallait donner indistinctement le nom de dĂ©mence Ă toutes les aberrations des sens et de lâesprit.
though yet I have not determined whether every distemper of the sense or understanding be to be called madness.
Quâun homme ait la berlue, quâil prenne un mulet pour un Ăąne, et admire comme un chef-dâĆuvre une mĂ©chante rapsodie ; on ne peut dire quâil est en dĂ©mence.
For neither he that having weak eyes should take a mule for an ass, nor he that should admire an insipid poem as excellent would be presently thought mad;
Au lieu quâon pourra lâaffirmer sans scrupule dâun homme qui, trompĂ© non-seulement par ses sens mais encore par son jugement, vit dans une sphĂšre dâillusions qui lui est particuliĂšre ; tel serait, par exemple, lâindividu qui, aux braiments dâun Ăąne, affirmerait entendre des accords ravissants, ou encore celui qui, nĂ© pauvre et dans un rang infime, se prendrait pour CrĂ©sus, roi des Lydiens.
but he that not only errs in his senses but is deceived also in his judgment, and that too more than ordinary and upon all occasionsâ he, I must confess, would be thought to come very near to it. As if anyone hearing an ass bray should take it for excellent music, or a beggar conceive himself a king.
Ce genre de folie, quand il est tournĂ© Ă la gaietĂ©, comme cela arrive le plus ordinairement, fait tout Ă la fois les dĂ©lices de ceux qui en sont atteints et de ceux qui en sont tĂ©moins, bien que fous eux-mĂȘmes Ă un moindre degrĂ©.
And yet this kind of madness, if, as it commonly happens, it turn to pleasure, it brings a great delight not only to them that are possessed with it but to those also that behold it, though perhaps they may not be altogether so mad as the other,
Il est, au reste, bien plus commun quâon ne le pense ;
for the species of this madness is much larger than the people take it to be.
le fou rit du fou et chacun procure du plaisir Ă son voisin ;
For one mad man laughs at another, and beget themselves a mutual pleasure.
et il nâest pas rare de voir un maĂźtre fou sâamuser aux dĂ©pens de qui lâest moins que lui.
Nor does it seldom happen that he that is the more mad, laughs at him that is less mad.
XXXIX
XXXIX
Je vous en donne ma parole, le suprĂȘme bonheur est de rĂ©unir en soi toutes les nuances de la Folie ; pourvu cependant quâon ne sâĂ©carte pas trop de lâespĂšce de DĂ©mence qui est de mon essence mĂȘme. Celle-lĂ , vous le savez, est si rĂ©pandue, que je doute fort quâil y ait de par le monde un homme dâune sagesse si continue, quâil ne ressente de temps Ă autre quelques petits accĂšs. La diffĂ©rence entre les deux genres de dĂ©mence dont nous parlons consiste en ceci :
And in this every man is the more happy in how many respects the more he is mad; and if I were judge in the case, he should be ranged in that class of folly that is peculiarly mine, which in truth is so large and universal that I scarce know anyone in all mankind that is wise at all hours, or has not some tang or other of madness.
lâun prend une citrouille pour une femme et reçoit sans conteste le nom dâinsensĂ© ;
lâautre, bien quâil partage sa femme avec ses amis, ne lâen regarde pas moins comme une PĂ©nĂ©lope et ne cesse de vanter son bonheur ; dans le monde, cette erreur ne le fera pas baptiser fou ; son cas est trop frĂ©quent ; il a tant de confrĂšres parmi les maris !
Au rang de mes fĂ©aux, il faut mettre encore ces chasseurs intrĂ©pides, pour qui courre les fauves dans les bois est le plaisir suprĂȘme. Ils se pĂąment aux sons rauques du cor et aux aboiements de leur meute ;
And to this class do they appertain that slight everything in comparison of hunting and protest they take an unimaginable pleasure to hear the yell of the horns and the yelps of the hounds,
et je ne doute pas quâils ne flairent comme baume la fiente de leurs chiens.
and I believe could pick somewhat extraordinary out of their very excrement.
Quel bonheur de déchirer la proie !
And then what pleasure they take to see a buck or the like unlaced?
DĂ©pecer un taureau ou un mouton, câest bon pour un manant ; mais un cerf, on ne saurait ĂȘtre trop bon gentilhomme pour lâĂ©ventrer.
Let ordinary fellows cut up an ox or a wether, âtwere a crime to have this done by anything less than a gentleman!
Ă genoux, la tĂȘte nue, le victimaire, armĂ© dâun couteau rĂ©servĂ© Ă cet usage (ce serait un sacrilĂ©ge dâen employer un autre) dĂ©membre la bĂȘte, selon un cĂ©rĂ©monial et des rites sacrĂ©s.
who with his hat off, on his bare knees, and a couteau for that purpose (for every sword or knife is not allowable), with a curious superstition and certain postures, lays open the several parts in their respective order;
Autour de lui, la foule silencieuse suit toujours avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt, comme sâil Ă©tait nouveau, ce spectacle auquel elle a assistĂ© cent fois.
while they that hem him in admire it with silence, as some new religious ceremony, though perhaps they have seen it a hundred times before.
Heureux qui peut goĂ»ter Ă pareille venaison, câest pour lui un titre de noblesse !
And if any of them chance to get the least piece of it, he presently thinks himself no small gentleman.
Tant de courses et de ripailles finissent bien par faire de nos chasseurs des espĂšces de bĂȘtes sauvages, mais Ă les en croire, cette existence nâen est pas moins la seule digne des rois.
In all which they drive at nothing more than to become beasts themselves, while yet they imagine they live the life of princes.
On peut ranger dans la mĂȘme classe de fous ces bĂątisseurs Ă©ternels qui passent leur vie Ă changer les carrĂ©s en ronds et les ronds en carrĂ©s ; ils Ă©difient sans trĂȘve ni cesse, si bien quâun beau jour, ruinĂ©s de fond en comble, il ne leur reste ni gĂźte ni pain. â
And next these may be reckoned those that have such an itch of building; one while changing rounds into squares, and presently again squares into rounds, never knowing either measure or end, till at last, reduced to the utmost poverty, there remains not to them so much as a place where they may lay their head, or wherewith to fill their bellies.
Quâimporte,
And why all this?
Đ ŃĐșĐ»Đ°ĐŒĐ°