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The Praise of Folly / Éloge de la folie — ĐœĐ° Đ°ĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșаĐč і Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 6

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Desiderius Erasmus Roterodamus

The Praise of Folly

Érasme

Éloge de la folie

but that they may pass over a few years in feeding their foolish fancies.

au moins ils ont passé agréablement quelques bonnes années.

And, in my opinion, next these may be reckoned such as with their new inventions and occult arts undertake to change the forms of things and hunt all about after a certain fifth essence;

PrĂšs d’eux se placent ces autres maniaques qui s’imaginent, au moyen des mystĂšres de la science nouvelle, changer la nature des choses, et poursuivent par terre et par mer je ne sais quelle quintessence chimĂ©rique. J’ai nommĂ© les alchimistes.

men so bewitched with this present hope that it never repents them of their pains or expense, but are ever contriving how they may cheat themselves, till, having spent all, there is not enough left them to provide another furnace.

L’espĂ©rance les allĂšche si bien que rien ne les rebute, ni travaux ni dĂ©penses ; sans relĂąche, ils cherchent quelque invention qui les aide Ă  se duper eux-mĂȘmes, et cela dure jusqu’à ce que, leur fortune ayant fondu dans leurs creusets, ils n’ont plus mĂȘme de quoi Ă©tablir un seul fourneau.

And yet they have not done dreaming these their pleasant dreams but encourage others, as much as in them lies, to the same happiness.

Leur dĂ©sastre ne les empĂȘche pas de nourrir de doux rĂȘves : ils tournent alors toute leur Ă©nergie Ă  encourager les autres Ă  rechercher pareille fĂ©licitĂ©.

And at last, when they are quite lost in all their expectations, they cheer up themselves with this sentence, “In great things the very attempt is enough,” and then complain of the shortness of man’s life that is not sufficient for so great an understanding.

Cette ressource vient-elle aussi Ă  leur manquer, ils se consolent en disant avec le poĂ«te que dans les grandes choses, il suffit d’avoir osĂ©. Si mieux n’aiment encore s’en prendre Ă  la briĂšvetĂ© de la vie, qui ne leur a pas permis de mener Ă  bien une si grande affaire.

And then for gamesters, I am a little doubtful whether they are to be admitted into our college;

Les joueurs me donnent quelques scrupules, j’hĂ©site Ă  les placer au nombre de mes sujets.

and yet ’tis a foolish and ridiculous sight to see some addicted so to it that they can no sooner hear the rattling of the dice but their heart leaps and dances again.

Je sais bien que rien n’est plus fou ni plus ridicule Ă  voir que la manie de ces forcenĂ©s, dont le cƓur palpite et bondit au seul bruit des dĂ©s.

And then when time after time they are so far drawn on with the hopes of winning that they have made shipwreck of all, and having split their ship on that rock of dice, no less terrible than the bishop and his clerks, scarce got alive to shore, they choose rather to cheat any man of their just debts than not pay the money they lost, lest otherwise, forsooth, they be thought no men of their words.

EnivrĂ©s par les promesses de cette syrĂšne qu’on nomme l’espĂ©rance, ils brisent leur vaisseau sur un Ă©cueil plus terrible que le cap MalĂ©e, et nus, sans ressources ils en arrivent Ă  demander leur subsistance Ă  la filouterie ; mais en ayant bien soin toutefois d’épargner leurs tours Ă  celui qui les a ruinĂ©s, tant ils craignent de passer pour des joueurs peu dĂ©licats ! —

Again what is it, I pray, to see old fellows and half blind to play with spectacles?

La plaisante chose encore que ces vieillards qui chaussent leurs bésicles pour jouer ;

Nay, and when a justly deserved gout has knotted their knuckles, to hire a caster, or one that may put the dice in the box for them?

et qui, lorsque la goutte vengeresse leur noue les doigts payent une main étrangÚre qui batte le cornet pour eux !

A pleasant thing, I must confess, did it not for the most part end in quarrels, and therefore belongs rather to the Furies than me.

Tout cela ne manque pas de charme, je dois l’avouer, malheureusement comme presque toujours l’amour du jeu dĂ©gĂ©nĂšre en rage, il est plutĂŽt du ressort des Furies que du mien.

XL

XL

But there is no doubt but that that kind of men are wholly ours who love to hear or tell feigned miracles and strange lies and are never weary of any tale, though never so long, so it be of ghosts, spirits, goblins, devils, or the like; which the further they are from truth, the more readily they are believed and the more do they tickle their itching ears.

Mais il en est d’autres qui sont incontestablement de mon bord. Ce sont ceux-lĂ  qui se dĂ©lectent Ă  Ă©couter ou Ă  raconter les miracles et les prodiges les plus incroyables. Ils ne peuvent se rassasier de ces fables, pourvu qu’elles soient bien grossiĂšres, et qu’il y soit question de spectres, de lutins, de revenants, d’enfer et d’autres choses de mĂȘme farine. Plus elles s’éloignent de la vĂ©ritĂ©, plus elles sont acceptĂ©es facilement par nos gens ; plus elles leur chatouillent agrĂ©ablement l’oreille.

And these serve not only to pass away time but bring profit, especially to mass priests and pardoners.

Et il ne faut pas croire que ces balivernes n’aient d’autre but que d’amuser un peu le bon public ; non pas, elles ont des rĂ©sultats plus positifs pour la marmite des prĂȘtres et des moines.

And next to these are they that have gotten a foolish but pleasant persuasion that if they can but see a wooden or painted Polypheme Christopher, they shall not die that day; or do but salute a carved Barbara, in the usual set form, that he shall return safe from battle; or make his application to Erasmus on certain days with some small wax candles and proper prayers, that he shall quickly be rich.

Dans la mĂȘme classe, on ne doit pas omettre et ces nigauds qui s’imaginent, follement peut-ĂȘtre, mais non sans agrĂ©ment selon moi, qu’ils ne pourront pĂ©rir dans le jour oĂč ils ont entrevu quelque statue ou tableau de saint Christophe, ce PolyphĂšme chrĂ©tien ; et ces soudards superstitieux, qui se croient invulnĂ©rables parce qu’ils ont saluĂ© sainte Barbe des paroles prescrites ; et encore ces naĂŻfs qui, pour avoir Ă  certains jours gratifiĂ© saint Érasme de petits cierges et de petites priĂšres, espĂšrent que bientĂŽt ils deviendront fort riches.

Nay, they have gotten a Hercules, another Hippolytus, and a St. George, whose horse most religiously set out with trappings and bosses there wants little but they worship; however, they endeavor to make him their friend by some present or other, and to swear by his master’s brazen helmet is an oath for a prince.

De ceux-lĂ , il ne faut pas non plus sĂ©parer ces autres pour qui saint Georges remplace Hercule et mĂȘme Hippolyte ; qui ornent son cheval de boucles et de harnais prĂ©cieux, et, s’ils ne l’adorent pas tout Ă  fait, cherchent du moins Ă  se le rendre favorable par des offrandes. Si on les en croyait, les rois seuls peuvent jurer par son casque !

Or what should I say of them that hug themselves with their counterfeit pardons; that have measured purgatory by an hourglass, and can without the least mistake demonstrate its ages, years, months, days, hours, minutes, and seconds, as it were in a mathematical table?

Il y aurait bien d’autres choses Ă  dire de ces personnages qui bercent le peuple avec ces prĂ©tendues indulgences, qu’ils se sont fabriquĂ©es Ă  eux-mĂȘmes, et qui mesurent, comme avec une clepsydre, la durĂ©e du purgatoire ; siĂšcles, annĂ©es, mois, jours et heures, ils calculent tout sans une minute d’erreur et avec une prĂ©cision mathĂ©matique.

Or what of those who, having confidence in certain magical charms and short prayers invented by some pious imposter, either for his soul’s health or profit’s sake, promise to themselves everything: wealth, honor, pleasure, plenty, good health, long life, lively old age, and the next place to Christ in the other world, which yet they desire may not happen too soon, that is to say before the pleasures of this life have left them?

Je me borne aussi Ă  indiquer ces imbĂ©ciles qui, sur la foi de formules et de priĂšres magiques qu’un pieux imposteur a trouvĂ©es pour le bien des Ăąmes ou pour escroquer des Ă©cus, ne se promettent rien moins que richesses, honneurs, plaisirs, bonne chĂšre, santĂ© inaltĂ©rable, longue vie et verte vieillesse, voire mĂȘme une place au ciel Ă  la droite du Christ ; dernier avantage dont cependant ils ne veulent user que le plus tard possible, c’est-Ă -dire lorsque, malgrĂ© eux, ils auront Ă©tĂ© enlevĂ©s aux plaisirs de ce monde, auxquels ils se cramponnent de toutes leurs forces. Alors, et alors seulement, ils consentent Ă  goĂ»ter la fĂ©licitĂ© des Ă©lus !

And now suppose some merchant, soldier, or judge, out of so many rapines, parts with some small piece of money. He straight conceives all that sink of his whole life quite cleansed; so many perjuries, so many lusts, so many debaucheries, so many contentions, so many murders, so many deceits, so many breaches of trusts, so many treacheries bought off, as it were by compact; and so bought off that they may begin upon a new score.

Mentionnons en passant le marchand, le soldat ou le juge qui, distrayant de ses rapines une obole pour l’Église, est persuadĂ© qu’il a, par cela seul, purifiĂ© toutes les souillures de sa vie : parjures, dĂ©bauches, ivresses, batteries, meurtres, impostures, perfidies, trahisons ; tout est, selon lui, rachetĂ© en bonne et due forme ; si bien rachetĂ© qu’il se croit autorisĂ© Ă  recommencer sur de nouveaux frais.

But what is more foolish than those, or rather more happy, who daily reciting those seven verses of the Psalms promise to themselves more than the top of felicity?

Il est difficile de trouver d’animaux plus fous et partant plus heureux que ces gens qui se promettent mieux que la bĂ©atitude Ă©ternelle s’ils rĂ©citent chaque jour sept versets des psaumes sacrĂ©s ; —

Which magical verses some devil or other, a merry one without doubt but more a blab of his tongue than crafty, is believed to have discovered to St. Bernard, but not without a trick.

recette qu’un diable facĂ©tieux indiqua, dit-on, Ă  saint Bernard ; pauvre diable plus Ă©tourdi que rusĂ©, puisqu’il trouva son maĂźtre. —

And these are so foolish that I am half ashamed of them myself, and yet they are approved, and that not only by the common people but even the professors of religion.

Ces pratiques si saugrenues, que j’en rougis moi-mĂȘme, ne trouvent pas cependant crĂ©dit seulement auprĂšs du populaire ; elles ont encore l’entiĂšre approbation de vos docteurs en thĂ©ologie.

And what, are not they also almost the same where several countries avouch to themselves their peculiar saint, and as everyone of them has his particular gift, so also his particular form of worship? As, one is good for the toothache; another for groaning women; a third, for stolen goods; a fourth, for making a voyage prosperous; and a fifth, to cure sheep of the rot;

À ce genre de folie se rattachent ces divinitĂ©s particuliĂšres que chaque pays Ă©rige en patrons. Elles ont leur puissance particuliĂšre, comme leur culte particulier ; l’un guĂ©rit le mal de dents, l’autre assiste les femmes en travail d’enfants, celle-ci fait dĂ©couvrir les voleurs, celle-lĂ  secourt les naufragĂ©s, tandis que cette derniĂšre protĂ©ge les troupeaux ;

and so of the rest, for it would be too tedious to run over all.

et ainsi des autres, car il serait trop long de les passer toutes en revue.

And some there are that are good for more things than one; but chiefly, the Virgin Mother, to whom the common people do in a manner attribute more than to the Son.

Il en est mĂȘme qui cumulent plusieurs de ces spĂ©cialitĂ©s ; de ce nombre est la Vierge, mĂšre de Dieu, Ă  qui le peuple attribue pour ainsi dire plus de puissance qu’à son fils.

XLI

XLI

Yet what do they beg of these saints but what belongs to folly?

Que demande-t-on à ces déités ; ne sont-ce pas toutes choses qui ont avec la folie le plus intime rapport ?

To examine it a little. Among all those offerings which are so frequently hung up in churches, nay up to the very roof of some of them, did you ever see the least acknowledgment from anyone that had left his folly, or grown a hair’s breadth the wiser?

Voyez, parmi tant d’ex-voto appendus aux murs et jusqu’aux voĂ»tes des temples, en trouvez-vous un seul qui ait Ă©tĂ© offert en reconnaissance de la guĂ©rison d’une folie ou de l’acquisition d’un grain de sagesse ? Point du tout.

One escapes a shipwreck, and he gets safe to shore.

LĂ , c’est un naufragĂ© qui s’est sauvĂ© Ă  la nage ;

Another, run through in a duel, recovers.

ici, un soldat qui a survécu à une affreuse blessure ;

Another, while the rest were fighting, ran out of the field, no less luckily than valiantly.

l’un, au fort de la bataille, laissant ses compagnons s’en tirer sans lui, a pris la fuite avec non moins de bonheur que de courage ;

Another, condemned to be hanged, by the favor of some saint or other, a friend to thieves, got off himself by impeaching his fellows.

l’autre, dĂ©jĂ  hissĂ© Ă  la potence, a pu, grĂące Ă  l’intervention d’un saint ami des gens de son mĂ©tier, se soustraire si bien Ă  la corde, qu’il a recommencĂ© de plus belle Ă  dĂ©charger les passants de l’excĂ©dant de leur monnaie.

Another escaped by breaking prison.

Celui-ci a forcĂ© sa prison et s’est Ă©vadĂ© ;

Another recovered from his fever in spite of his physician.

celui-lĂ , malgrĂ© son mĂ©decin, s’est remis de sa fiĂšvre ;

Another’s poison turning to a looseness proved his remedy rather than death; and that to his wife’s no small sorrow, in that she lost both her labor and her charge.

tout prĂšs, c’est un mari qui n’a trouvĂ© dans le poison qui devait le tuer qu’un simple laxatif, au grand dam de sa femme, qui y a perdu ses peines et son argent ;

Another’s cart broke, and he saved his horses.

plus loin, c’est un PhaĂ©ton qui, tout en versant son char, a cependant ramenĂ© sains et saufs ses chevaux Ă  l’écurie ;

Another preserved from the fall of a house.

son voisin de droite, pour avoir Ă©tĂ© enseveli sous des ruines, n’en est pas moins bien portant ;


son voisin de gauche rend grĂąces de s’ĂȘtre tirĂ© sans encombre des mains d’un mari qui l’a surpris.

All these hang up their tablets, but no one gives thanks for his recovery from folly; so sweet a thing it is not to be wise, that on the contrary men rather pray against anything than folly.

Tout cela est bel et bon ; mais il n’en est pas un seul qui remercie d’avoir Ă©tĂ© privĂ© de sa folie ! Et c’est bien naturel, il est si doux de n’ĂȘtre pas sage, que de tous les biens, c’est le dernier que les mortels consentent Ă  perdre !

But why do I launch out into this ocean of superstitions?

Mais pourquoi m’aventurer sur cet ocĂ©an des superstitions ?

Had I a hundred tongues, as many mouths, and a voice never so strong, yet were I not able to run over the several sorts of fools or all the names of folly, so thick do they swarm everywhere.

Non, comme dit Virgile ou Ă  peu prĂšs, quand mĂȘme j’aurais cent voix, un larynx de fer, il me serait impossible d’esquisser toutes les nuances de cette folie et d’en rappeler les noms !

And yet your priests make no scruple to receive and cherish them as proper instruments of profit;

C’est qu’en effet, l’existence d’un chrĂ©tien, quel qu’il soit, est Ă©maillĂ©e de nombre d’extravagances de cette sorte, admises et entretenues avec soin par les prĂȘtres, qui y trouvent sans peine leur profit.

whereas if some scurvy wise fellow should step up and speak things as they are, as, to live well is the way to die well; the best way to get quit of sin is to add to the money you give the hatred of sin, tears, watchings, prayers, fastings, and amendment of life; such or such a saint will favor you, if you imitate his life—

Au milieu de pareilles gens, figurez-vous un fĂącheux qui vienne proclamer des maximes dans le goĂ»t de celles-ci : « Ta mort sera bonne si ta vie l’a Ă©tĂ©. — Pour racheter tes pĂ©chĂ©s, il est nĂ©cessaire d’ajouter Ă  ton obole, la haine du mal, le repentir, les veilles, les mĂ©ditations, les jeĂ»nes, en un mot, de changer complĂ©tement ta maniĂšre de vivre. — Si tu veux te rendre un saint propice, imite sa vie, il n’y a rien d’autre Ă  faire. » —

these, I say, and the like—should this wise man chat to the people, from what happiness into how great troubles would he draw them?

Comprenez-vous combien de semblables principes troubleraient le bonheur des mortels et amĂšneraient de perturbations dans les consciences ?

Of this college also are they who in their lifetime appoint with what solemnity they’ll be buried, and particularly set down how many torches, how many mourners, how many singers, how many almsmen they will have at it; as if any sense of it could come to them, or that it were a shame to them that their corpse were not honorably interred; so curious are they herein, as if, like the aediles of old, these were to present some shows or banquet to the people.

Au mĂȘme degrĂ© de folie que ceux qui prĂ©cĂšdent, nous devons placer les individus qui, de leur vivant, rĂšglent avec le plus grand soin les cĂ©rĂ©monies de leurs funĂ©railles. Ils ne nĂ©gligent rien ; le nombre des cierges, des manteaux de deuil, des chantres, des pleureurs ; tout est prĂ©vu, comme s’ils devaient jouir en personne de tant de pompe, ou que les morts rougissaient de voir leurs cadavres pauvrement enfouis. On dirait des Ă©diles chargĂ©s de prĂ©parer des jeux et des festins Ă  leurs concitoyens !

XLII

XLII

And though I am in haste, yet I cannot yet pass by them who, though they differ nothing from the meanest cobbler, yet ’tis scarcely credible how they flatter themselves with the empty title of nobility.

Bien que le temps me presse, je ne puis cependant refuser une mention Ă  ces autres fous qui, avec une Ăąme de boue, se placent au-dessus des humains, grĂące Ă  quelque vain titre nobiliaire :

One derives his pedigree from Aeneas, another from Brutus, a third from the star by the tail of Ursa Major.

Ă  les en croire, ils descendent, qui d’ÉnĂ©e, qui de Bacchus, qui du roi Arthus.

They show you on every side the statues and pictures of their ancestors; run over their great-grandfathers and the great-great-grandfathers of both lines, and the ancient matches of their families, when themselves yet are but once removed from a statue, if not worse than those trifles they boast of.

Chez eux, dans tous les coins, s’étalent les statues de leurs ancĂȘtres. Sans cesse, ils ont Ă  la bouche leur gĂ©nĂ©alogie et les titres antiques de chacun.

And yet by means of this pleasant self-love they live a happy life.

Quant à eux, plus stupides que les statues qu’ils exposent, ils n’en mùnent pas moins dans leur gloriole une vie pleine de charmes,

Nor are they less fools who admire these beasts as if they were gods.

car il se trouve des gens assez fous pour rĂ©vĂ©rer ces imbĂ©ciles Ă  l’égal des dieux.

But what do I speak of any one or the other particular kind of men, as if this self-love had not the same effect everywhere and rendered most men superabundantly happy?

Il est difficile de se borner Ă  un ou deux exemples, quand il est avĂ©rĂ© que l’amour-propre a mille moyens de donner le bonheur.

As when a fellow, more deformed than a baboon, shall believe himself handsomer than Homer’s Nereus.

Un singe est moins laid que tel personnage, il ne s’en trouve pas moins beau pour cela, au contraire ;

Another, as soon as he can draw two or three lines with a compass, presently thinks himself a Euclid. A third, that understands music no more than my horse, and for his voice as hoarse as a dunghill cock, shall yet conceive himself another Hermogenes.

tel autre sait Ă  peine tracer un cercle avec un compas, qui se croit un Euclide ; tandis que son voisin harmonieux comme un Ăąne qui joue de la lyre, s’égale Ă  HermogĂšne, parce qu’il parvient Ă  tirer de son gosier la voix perçante du coq.

But of all madness that’s the most pleasant when a man, seeing another any way excellent in what he pretends to himself, makes his boasts of it as confidently as if it were his own.

Mais il y en a qui laissent bien loin d’eux tous ceux dont nous nous sommes occupĂ©s jusqu’ici ; je veux parler de ces pirates qui exploitent au profit de leur propre gloire les moindres talents de ceux qui les entourent.

And such was that rich fellow in Seneca, who whenever he told a story had his servants at his elbow to prompt him the names; and to that height had they flattered him that he did not question but he might venture a rubber at cuffs, a man otherwise so weak he could scarce stand, only presuming on this, that he had a company of sturdy servants about him.

Ils ressemblent Ă  ce richard dont parle SĂ©nĂšque, qui, s’il s’agissait de conter une anecdote, avait sous la main un complaisant qui lui soufflait les mots, et entrait rĂ©solument dans l’arĂšne, s’il s’agissait d’une lutte, parce qu’il Ă©tait assurĂ© du concours de ses esclaves.

Or to what purpose is it I should mind you of our professors of arts?

OĂč il fait surtout bon observer l’amour-propre, c’est prĂšs de ceux qui cultivent les beaux-arts ;

Forasmuch as this self-love is so natural to them all that they had rather part with their father’s land than their foolish opinions; but chiefly players, fiddlers, orators, and poets, of which the more ignorant each of them is, the more insolently he pleases himself, that is to say vaunts and spreads out his plumes.

plutĂŽt que de douter de leur gĂ©nie, ils renonceraient volontiers Ă  leur patrimoine. Chez eux tous, mais surtout chez les comĂ©diens, les musiciens, les orateurs et les poĂ«tes, l’orgueil, la jactance et la morgue sont en raison directe de l’ignorance.

And like lips find like lettuce; nay, the more foolish anything is, the more ’tis admired, the greater number being ever tickled at the worst things, because, as I said before, most men are so subject to folly.

Ce qui ne les empĂȘche pas de trouver chaussure Ă  leurs pieds, car il ne faut jamais l’oublier, une chose a d’autant plus d’admirateurs qu’elle est plus inepte ; par l’excellente raison que la majoritĂ© des hommes se compose de fous.

And therefore if the more foolish a man is, the more he pleases himself and is admired by others, to what purpose should he beat his brains about true knowledge, which first will cost him dear, and next render him the more troublesome and less confident, and lastly, please only a few?

Donc si l’ignorance jouit du double privilĂ©ge de plaire Ă  chacun en particulier et d’attirer, en outre, l’admiration gĂ©nĂ©rale, Ă  quoi bon viser au vrai savoir ; ce savoir qui coĂ»te tant Ă  acquĂ©rir, qui rend pĂ©dant et timide, et rencontre si peu d’apprĂ©ciateurs ?

XLIII

XLIII

And now I consider it, Nature has planted, not only in particular men but even in every nation, and scarce any city is there without it, a kind of common self-love. And hence is it that the English, besides other things, particularly challenge to themselves beauty, music, and feasting.

Il est remarquable que l’amour-propre n’est pas seulement le partage des individus, chaque nation, chaque ville en a sa dose spĂ©ciale. Les Anglais se font orgueil de leur beautĂ©, de leur goĂ»t pour la musique et de la magnificence de leurs festins.

The Scots are proud of their nobility, alliance to the crown, and logical subtleties. The French think themselves the only well-bred men. The Parisians, excluding all others, arrogate to themselves the only knowledge of divinity. The Italians affirm they are the only masters of good letters and eloquence, and flatter themselves on this account, that of all others they only are not barbarous.

Fiers de leur noblesse et de leur origine toujours royale, les Écossais se donnent avant tout pour les plus subtils dialecticiens du monde
 Le Français se rĂ©serve l’urbanitĂ© des mƓurs ; le Parisien, les secrets de la thĂ©ologie ; l’Italie prĂ©tend tenir le sceptre de la littĂ©rature et de l’éloquence, et traite de barbares tous les autres pays ;

In which kind of happiness those of Rome claim the first place, still dreaming to themselves of somewhat, I know not what, of old Rome. The Venetians fancy themselves happy in the opinion of their nobility.

cette douce erreur berce surtout les Romains, qui dorment toujours agrĂ©ablement sur les lauriers de leurs ancĂȘtres. La seule pensĂ©e de sa noblesse suffit au bonheur de Venise,

The Greeks, as if they were the only authors of sciences, swell themselves with the titles of the ancient heroes. The Turk, and all that sink of the truly barbarous, challenge to themselves the only glory of religion and laugh at Christians as superstitious.

et la GrĂšce, s’intitulant encore la mĂšre des Lettres, met en avant la gloire un peu surannĂ©e de ses grands hommes. Les Turcs et les sauvages de leur espĂšce se prĂ©tendent les seuls vrais croyants et mĂ©prisent les chrĂ©tiens comme adonnĂ©s Ă  des superstitions ;

And much more pleasantly the Jews expect to this day the coming of the Messiah, and so obstinately contend for their Law of Moses. The Spaniards give place to none in the reputation of soldiery. The Germans pride themselves in their tallness of stature and skill in magic.

mais ils sont encore moins curieux que les Juifs, qui attendent patiemment leur Messie et s’en tiennent mordicus Ă  MoĂŻse. Les Espagnols sont fiers de leur valeur guerriĂšre ; les Allemands de la soliditĂ© de leurs muscles et ils se piquent d’ĂȘtre plus profondĂ©ment versĂ©s qu’hommes du monde dans les sciences occultes.

XLIV

XLIV

And, not to instance in every particular, you see, I conceive, how much satisfaction this Self-love, who has a sister also not unlike herself called Flattery, begets everywhere;

Mais nous pouvons nous arrĂȘter ici ; je vous ai dĂ©montrĂ© aussi complĂ©tement que possible, il me semble, quelle somme de bonheur l’amour-propre rĂ©pand sur les individus comme sur les masses.

for self-love is no more than the soothing of a man’s self, which, done to another, is flattery.

La Flatterie, sa sƓur et compagne, lui ressemble fort ;

And though perhaps at this day it may be thought infamous, yet it is so only with them that are more taken with words than things.

avec cette diffĂ©rence toutefois que l’un se caresse lui-mĂȘme, tandis que l’autre caresse autrui. Je sais bien qu’aujourd’hui la flatterie a perdu en partie son crĂ©dit prĂšs de certaines gens, qui s’attachent plus aux mots qu’aux choses ;

They think truth is inconsistent with flattery, but that it is much otherwise we may learn from the examples of true beasts.

parce que, si on les en croit, elle est incompatible avec la bonne foi. Mais il est facile de leur dĂ©montrer combien ils se trompent, ne fĂ»t-ce que par l’exemple des animaux.

What more fawning than a dog?

Connaüt-on rien de plus flatteur qu’un chien,

And yet what more trusty?

et pourtant y a-t-il rien de plus fidĂšle ?

What has more of those little tricks than a squirrel? And yet what more loving to man?

Est-il un ĂȘtre plus caressant et cependant plus ami de l’homme que l’écureuil ?

Unless, perhaps you’ll say, men had better converse with fierce lions, merciless tigers, and furious leopards.

Ces exemples tirĂ©s d’animaux innocents ont bien quelque valeur, il nous semble, Ă  moins cependant qu’on n’aime mieux admettre que le tigre, le lion, le lĂ©opard, se rapprochent davantage de l’espĂšce humaine.

For that flattery is the most pernicious of all things, by means of which some treacherous persons and mockers have run the credulous into such mischief.

Il est encore, je ne l’ignore pas, une autre sorte de flatterie hypocrite, dont la perfidie et l’ironie s’arment contre les malheureux ;

But this of mine proceeds from a certain gentleness and uprightness of mind and comes nearer to virtue than its opposite, austerity, or a morose and troublesome peevishness, as Horace calls it.

mais celle qui m’est propre procĂšde de la bienveillance et de la franchise, et est certainement plus voisine de la vertu que cette rudesse misanthrope qu’Horace flĂ©trit si justement des Ă©pithĂštes de grossiĂšre et d’importune.

This supports the dejected, relieves the distressed, encourages the fainting, awakens the stupid, refreshes the sick, supplies the untractable, joins loves together, and keeps them so joined.

C’est elle qui rĂ©vĂšle l’ñme abattue, charme la tristesse, ranime le dĂ©couragement, Ă©veille la stupiditĂ©, soulage la douleur, tempĂšre la fiertĂ©, fait naĂźtre les amitiĂ©s et les rend durables ;

It entices children to take their learning, makes old men frolic, and, under the color of praise, does without offense both tell princes their faults and show them the way to amend them.

c’est elle qui dĂ©robe Ă  l’enfance l’amertume de l’étude, rend la vieillesse supportable, et qui, sans les irriter, fait accepter aux princes des avis et des leçons.

In short, it makes every man the more jocund and acceptable to himself, which is the chiefest point of felicity.

En un mot, la flatterie rend l’homme plus agrĂ©able et plus cher Ă  lui-mĂȘme, ce qui constitue la meilleure partie du bonheur auquel il peut prĂ©tendre.

Again, what is more friendly than when two horses scrub one another?

Vous n’ĂȘtes pas sans avoir vu deux mulets se gratter rĂ©ciproquement.

And to say nothing of it, that it’s a main part of physic, and the only thing in poetry; ’tis the delight and relish of all human society.

Que de complaisance dans cette simple action ! Semblable rĂ©ciprocitĂ© fait merveille entre honorables orateurs. La mĂ©decine, mais surtout la poĂ©sie, se prĂȘtent divinement Ă  cette pratique, qui contribue plus que toute autre Ă  rĂ©pandre quelque piquant et quelque douceur sur la vie.

XLV

XLV

But ’tis a sad thing, they say, to be mistaken. Nay rather, he is most miserable that is not so. For they are quite beside the mark that place the happiness of men in things themselves, since it only depends upon opinion.

C’est un malheur d’ĂȘtre trompĂ©, allez-vous m’objecter, et moi je vous rĂ©ponds : c’est un malheur de ne l’ĂȘtre pas. Ceux-lĂ  sont dans une grave erreur qui font rĂ©sider le bonheur dans les choses mĂȘmes, tandis qu’il est vĂ©ritablement dans l’opinion qu’on en a ;

For so great is the obscurity and variety of human affairs that nothing can be clearly known, as it is truly said by our academics, the least insolent of all the philosophers;

car les choses d’ici-bas offrent tant d’obscuritĂ©s et de divergences, qu’il est impossible d’y connaĂźtre rien d’un peu certain, comme l’ont fort bien dit mes amis les platoniciens, les moins impertinents de tous les philosophes ;

or if it could, it would but obstruct the pleasure of life.

que si par hasard on dĂ©couvre quelque vĂ©ritĂ© indiscutable, c’est toujours aux dĂ©pens du bonheur.

Lastly, the mind of man is so framed that it is rather taken with the false colors than truth;

L’esprit humain est ainsi fait que l’illusion a plus de prise sur lui que la rĂ©alitĂ© ; il n’est pas difficile d’en donner des preuves convaincantes.

of which if anyone has a mind to make the experiment, let him go to church and hear sermons, in which if there be anything serious delivered, the audience is either asleep, yawning, or weary of it;

Entrez dans une assemblĂ©e, dans un temple ; le sujet est-il sĂ©rieux, tout le monde dort, bĂąille ou s’ennuie Ă  mourir.

but if the preacher—pardon my mistake, I would have said declaimer—as too often it happens, fall but into an old wives’ story, they’re presently awake, prick up their ears and gape after it.

Mais que le brailleur (pardon, je voulais dire l’orateur), comme il n’advient que trop souvent, se mette Ă  dĂ©biter quelque conte de bonne femme, aussitĂŽt l’auditoire s’éveille et il est tout oreilles.

In like manner, if there be any poetical saint, or one of whom there goes more stories than ordinary, as for example, a George, a Christopher, or a Barbara, you shall see him more religiously worshiped than Peter, Paul, or even Christ himself.

De mĂȘme, si on cĂ©lĂšbre l’anniversaire de quelque saint apocryphe et de pure invention, comme par exemple saint Georges, saint Christophe ou sainte Barbe, la foule y apportera plus de ferveur que s’il s’agissait de saint Pierre, de saint Paul ou du fils de Dieu lui-mĂȘme.

But these things are not for this place.

Mais passons Ă  autre chose.

And now at how cheap a rate is this happiness purchased! Forasmuch as to the thing itself a man’s whole endeavor is required, be it never so inconsiderable; but the opinion of it is easily taken up, which yet conduces as much or more to happiness.

L’imagination est certainement la source oĂč l’on puise le bonheur Ă  meilleur marchĂ© ; la rĂ©alitĂ©, fĂ»t-ce mĂȘme la plus lĂ©gĂšre, comme la science de la grammaire, donne tant de peine Ă  acquĂ©rir ! L’esprit humain a naturellement la plus grande affinitĂ© pour le rĂȘve, qui le conduit sans efforts vers des pays enchantĂ©s.

For suppose a man were eating rotten stockfish, the very smell of which would choke another, and yet believed it a dish for the gods, what difference is there as to his happiness?

Ce rustre mange son morceau de lard rance ; vous avez peine Ă  en supporter l’odeur ; mais lui s’imagine qu’il dĂ©guste l’ambroisie ; que lui importe au fond la vĂ©ritĂ© ?

Whereas on the contrary, if another’s stomach should turn at a sturgeon, wherein, I pray, is he happier than the other?

Au rebours, la vue d’un esturgeon donne des nausĂ©es Ă  cet autre ; ce poisson, malgrĂ© l’estime dont il jouit chez les gourmets, pourra-t-il ĂȘtre pour quelque chose dans son bonheur ?

If a man have a crooked, ill-favored wife, who yet in his eye may stand in competition with Venus, is it not the same as if she were truly beautiful?

Une femme laide à faire peur paraßt à son mari aussi belle que Vénus, en aurait-il plus si elle était véritablement belle à ce point ?

Or if seeing an ugly, ill-pointed piece, he should admire the work as believing it some great master’s hand, were he not much happier, think you, than they that buy such things at vast rates, and yet perhaps reap less pleasure from them than the other?

Un quidam possĂšde certain mĂ©chant tableau et le prend pour un Zeuxis ou un Apelles ; il ne cesse de le regarder, de l’admirer ; ne voilĂ -t-il pas un homme tout aussi content que le connaisseur qui aura payĂ© au poids de l’or un tableau vĂ©ritable de ces maĂźtres, et qui peut-ĂȘtre y trouvera moins de plaisir ?

I know one of my name that gave his new married wife some counterfeit jewels, and as he was a pleasant droll, persuaded her that they were not only right but of an inestimable price;

J’ai connu certain personnage (il porte presque mon nom) qui donna de fausses pierreries Ă  sa nouvelle Ă©pouse. Comme il aimait la plaisanterie, il s’amusa Ă  lui faire croire qu’elles Ă©taient fines et d’un prix inestimable.

and what difference, I pray, to her, that was as well pleased and contented with glass and kept it as warily as if it had been a treasure?

En quoi cela, je vous prie, a-t-il touchĂ© cette jeune femme, puisque ces petits morceaux de verre charmaient ses yeux et son esprit, et qu’elle les conservait avec soin, comme s’ils eussent Ă©tĂ© un vĂ©ritable trĂ©sor ?

In the meantime the husband saved his money and had this advantage of her folly, that he obliged her as much as if he had bought them at a great rate.

Pour le mari, il y gagnait une grande Ă©conomie et jouissait, par-dessus le marchĂ©, du plaisir de tromper sa femme, qui avait pour lui la mĂȘme reconnaissance que s’il avait dĂ©pensĂ© pour elle une somme fabuleuse.

Or what difference, think you, between those in Plato’s imaginary cave that stand gaping at the shadows and figures of things, so they please themselves and have no need to wish,

Trouvez-vous donc qu’il y avait dĂ©jĂ  tant de diffĂ©rence entre ceux qui, dans l’antre de Platon, se laissent fasciner par les ombres et les simulacres des choses, sans qu’ils en dĂ©sirent rien du reste, ni qu’ils soient moins contents de leur sort,

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