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The Praise of Folly / Éloge de la folie — ĐœĐ° Đ°ĐœĐłĐ»Ń–ĐčсĐșаĐč і Ń„Ń€Đ°ĐœŃ†ŃƒĐ·ŃĐșаĐč ĐŒĐŸĐČах. ĐĄŃ‚Đ°Ń€ĐŸĐœĐșа 3

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Desiderius Erasmus Roterodamus

The Praise of Folly

Érasme

Éloge de la folie

If there can be any great entertainment without a woman at it, let others look to it. This I am sure, there was never any pleasant which folly gave not the relish to.

Je ne rechercherai pas, avec certains auteurs, si un festin sans femmes peut avoir quelques charmes ; mais, ce que j’affirme, c’est qu’il sera franchement insipide s’il lui manque l’assaisonnement de la Folie.

Insomuch that if they find no occasion of laughter, they send for “one that may make it,” or hire some buffoon flatterer, whose ridiculous discourse may put by the gravity of the company.

Je n’en veux d’autre preuve que celle-ci : si parmi les convives il ne s’en rencontre pas au moins un capable de les mettre en gaietĂ© par sa folie native ou artificielle, on payera quelque bouffon ou bien on attirera quelque parasite ridicule qui sache chasser le silence et la tristesse loin des buveurs, Ă  force de balourdises dĂ©sopilantes, c’est-Ă -dire folles.

For to what purpose were it to clog our stomachs with dainties, junkets, and the like stuff, unless our eyes and ears, nay whole mind, were likewise entertained with jests, merriments, and laughter?

Quoi ! toujours se farcir l’estomac de fins morceaux et de friandises de toute espĂšce, et les yeux, les oreilles ne prendraient pas part Ă  la fĂȘte ! Et les rires, les jeux, les plaisanteries n’auraient pas place au festin !

But of these kind of second courses I am the only cook;

Je ne puis souffrir une telle lacune, c’est pourquoi j’apprĂȘte avec soin un autre genre de service.

though yet those ordinary practices of our feasts, as choosing a king, throwing dice, drinking healths, trolling it round, dancing the cushion, and the like, were not invented by the seven wise men but myself, and that too for the common pleasure of mankind.

Toutes ces joyeuses cĂ©rĂ©monies qu’on cĂ©lĂšbre autour de la table, sont-ce les sept sages de la GrĂšce qui les ont inventĂ©es ? Sont-ce eux qui vous ont montrĂ© Ă  tirer au sort le roi du festin, Ă  jouer aux dĂ©s, Ă  porter des santĂ©s, Ă  chanter et boire Ă  la ronde, Ă  danser et vous Ă©baudir ? Non, vraiment, c’est encore moi qui les trouvai pour le salut du genre humain.

The nature of all which things is such that the more of folly they have, the more they conduce to human life, which, if it were unpleasant, did not deserve the name of life;

La vie est ainsi faite, que plus on y met de folie, plus on vit ; la tristesse c’est la mort.

and other than such it could not well be, did not these kind of diversions wipe away tediousness, next cousin to the other.

Sans les plaisirs que je procure, je le rĂ©pĂšte, rien d’aussi pĂ©nible que l’existence, elle ne saurait Ă©chapper Ă  l’ennui, son trop fidĂšle suivant.

XIX

XIX

But perhaps there are some that neglect this way of pleasure and rest satisfied in the enjoyment of their friends, calling friendship the most desirable of all things, more necessary than either air, fire, or water; so delectable that he that shall take it out of the world had as good put out the sun;

On rencontre des gens qui, dĂ©daignant les plaisirs de la table, ne trouvent le bonheur que dans le commerce de leurs amis. L’amitiĂ©, Ă  les en croire, tient la premiĂšre place dans l’existence ; elle leur est aussi indispensable que l’air, le feu et l’eau. Leur enlever les charmes de l’amitiĂ©, mais ce serait enlever Ă  la terre les rayons du soleil !

and, lastly, so commendable, if yet that make anything to the matter, that neither the philosophers themselves doubted to reckon it among their chiefest good. But what if I show you that I am both the beginning and end of this so great good also?

Et de fait, l’amitiĂ© est chose si honnĂȘte (le mot ne fait rien Ă  l’affaire) que les philosophes eux-mĂȘmes la comptent parmi les plus grands biens. — Et que me direz-vous pourtant, si je vous prouve que c’est encore moi qui suis l’alpha et l’omĂ©ga, c’est-Ă -dire l’auteur de cet immense bienfait ?

Nor shall I go about to prove it by fallacies, sorites, dilemmas, or other the like subtleties of logicians, but after my blunt way point out the thing as clearly as it were with my finger.

Attention, je vais vous le dĂ©montrer sans arguments captieux, sans sorites cornus et autres jongleries dialectiques ; avec l’aide des Muses seules, vous allez toucher tout cela du doigt !

And now tell me if to wink, slip over, be blind at, or deceived in the vices of our friends, nay, to admire and esteem them for virtues, be not at least the next degree to folly?

Voyons, fermer les yeux, se tromper de gaietĂ© de cƓur, s’aveugler sur les dĂ©fauts de ses amis, aimer en eux les plus grands vices, les admirer comme autant de vertus, cela n’est-il pas bien voisin de la folie ?

What is it when one kisses his mistress’ freckle neck, another the wart on her nose? When a father shall swear his squint-eyed child is more lovely than Venus? What is this, I say, but mere folly?

Cet amant qui baise avec ardeur une tache sur l’épiderme de sa maĂźtresse, cet autre qui savoure l’haleine perfide de son AgnĂšs, ce pĂšre qui ne trouve qu’un peu dĂ©viĂ©s les yeux de son fils affectĂ© d’un horrible strabisme, tout cela, n’est-ce pas, est de la pure folie ?

And so, perhaps you’ll cry it is; and yet ’tis this only that joins friends together and continues them so joined.

C’est de la folie, vous le reconnaissez, et cependant c’est lĂ  le principe qui forme et entretient les amitiĂ©s.

I speak of ordinary men, of whom none are born without their imperfections, and happy is he that is pressed with the least: for among wise princes there is either no friendship at all, or if there be, ’tis unpleasant and reserved, and that too but among a very few ’twere a crime to say none. For that the greatest part of mankind are fools, nay there is not anyone that dotes not in many things; and friendship, you know, is seldom made but among equals.

Bien entendu, je ne parle ici que du commun des martyrs, dont le plus parfait n’est pas celui qui n’a pas de dĂ©faut, mais celui qui en a le moins. Quant aux demi-dieux de la philosophie, ou ils ne cultivent pas l’amitiĂ©, ou ils la rendent dĂ©sagrĂ©able et insipide, et n’admettent dans leur intimitĂ© que trĂšs-peu de gens, pour ne pas dire personne. Et cela par une raison toute simple, c’est que la majeure partie des hommes dĂ©raisonne, que dis-je, dĂ©lire de cent façons, et qu’une vĂ©ritable union ne peut exister qu’entre gens qui se ressemblent.

And yet if it should so happen that there were a mutual good will between them, it is in no wise firm nor very long lived; that is to say, among such as are morose and more circumspect than needs, as being eagle-sighted into his friends’ faults, but so blear-eyed to their own that they take not the least notice of the wallet that hangs behind their own shoulders.

Si, par le plus grand des hasards, une sympathie rĂ©ciproque rapproche ces moroses personnages, ce n’est jamais pour bien longtemps, entre gens qui ont l’Ɠil perçant de l’aigle et du serpent d’Épidaure pour pĂ©nĂ©trer les dĂ©fauts du prochain.

Since then the nature of man is such that there is scarce anyone to be found that is not subject to many errors,

Pour les leurs, ils ne les voient pas ; comme dans la fable d’Ésope, ils les portent dans la poche de derriùre.

add to this the great diversity of minds and studies, so many slips, oversights, and chances of human life, and how is it possible there should be any true friendship between those Argus, so much as one hour, were it not for that which the Greeks excellently call “euetheian”? And you may render by folly or good nature, choose you whether.

Et d’ailleurs, si aux vices essentiels que vous rencontrez chez ces esprits supĂ©rieurs, mĂȘme les plus parfaits, vous ajoutez les diffĂ©rences d’ñge et d’étude, les fautes, les erreurs et les ennuis qui traversent la vie, vous resterez convaincus que l’amitiĂ© ne pourrait se prolonger au delĂ  d’une heure entre ces Argus, s’ils ne sacrifiaient, eux aussi, Ă  cette heureuse inconsĂ©quence qu’il vous est donnĂ© de nommer folie ou facilitĂ© de mƓurs Ă  votre choix.

But what?

Il n’y a pas Ă  s’en Ă©tonner.

Is not the author and parent of all our love, Cupid, as blind as a beetle? And as with him all colors agree, so from him is it that everyone likes his own sweeter-kin best, though never so ugly, and “that an old man dotes on his old wife, and a boy on his girl.” These things are not only done everywhere but laughed at too; yet as ridiculous as they are, they make society pleasant, and, as it were, glue it together.

Cupidon n’est-il pas l’auteur et le pĂšre de toute liaison ? Et ce dieu ne jouit-il pas d’une telle hallucination de la vue, qu’il voit le laid en beau ! Il a accordĂ© Ă  chacun de vous le mĂȘme privilĂ©ge, si bien que l’objet de vos affections est toujours beau Ă  vos yeux : le vieux goĂ»te sa vieille tout de mĂȘme que l’adolescent la vierge qu’il dĂ©sire. Il en est ainsi partout, partout on en rit ; mais c’est cependant cet aveuglement, malgrĂ© son ridicule, qui jette quelque agrĂ©ment sur la vie et forme les plus forts liens de la sociĂ©tĂ©.

XX

XX

And what has been said of friendship may more reasonably be presumed of matrimony, which in truth is no other than an inseparable conjunction of life.

Ce que je viens de dire des liaisons amicales s’applique Ă  plus forte raison au mariage, qui ne doit ĂȘtre, Ă  proprement parler, que la fusion de deux vies en une seule.

Good God! What divorces, or what not worse than that, would daily happen were not the converse between a man and his wife supported and cherished by flattery, apishness, gentleness, ignorance, dissembling, certain retainers of mine also! Whoop holiday!

Dieux immortels, que de divorces ou de choses pires que le divorce troubleraient chaque jour les mĂ©nages, si les habitudes conjugales n’appelaient sans cesse Ă  leur aide la flatterie, le badinage, l’indulgence, l’illusion, la dissimulation et le reste de mon entourage !

How few marriages should we have, if the husband should but thoroughly examine how many tricks his pretty little mop of modesty has played before she was married!

Oui-dà, que de mariages manqueraient, si le futur prudent recherchait à quel jeu a déjà joué cette jeune fille si modeste et si pudique en apparence !

And how fewer of them would hold together, did not most of the wife’s actions escape the husband’s knowledge through his neglect or sottishness!

que de ruptures, si l’insouciance et la bĂȘtise des maris ne servaient de manteaux aux faits et gestes de leurs dames !

And for this also you are beholden to me, by whose means it is that the husband is pleasant to his wife, the wife to her husband, and the house kept in quiet.

Tout cela est folie, me dira-t-on, je le veux bien, mais il n’en est pas moins vrai qu’il ne faut rien moins que cela pour faire supporter la femme au mari, et le mari Ă  la femme, donner quelque tranquillitĂ© Ă  la maison et y retenir la bonne harmonie.

A man is laughed at, when seeing his wife weeping he licks up her tears.

On rit, on appelle cocu, cornard, et ceci et cela, le pauvre diable qui sĂšche sous ses baisers les fausses larmes de son infidĂšle ;

But how much happier is it to be thus deceived than by being troubled with jealousy not only to torment himself but set all things in a hubbub!

mais son erreur n’est-elle pas prĂ©fĂ©rable mille fois Ă  la jalousie, qui se dĂ©vore elle-mĂȘme et fait de la tragĂ©die Ă  propos de rien ?

XXI

XXI

In fine, I am so necessary to the making of all society and manner of life both delightful and lasting, that neither would the people long endure their governors, nor the servant his master, nor the master his footman, nor the scholar his tutor, nor one friend another, nor the wife her husband, nor the usurer the borrower, nor a soldier his commander, nor one companion another, unless all of them had their interchangeable failings, one while flattering, other while prudently conniving, and generally sweetening one another with some small relish of folly.

En dĂ©finitive, sans moi pas de sociĂ©tĂ© possible, pas de rapports solides et agrĂ©ables dans la vie ; sans moi, le sujet serait bientĂŽt las de son prince, le valet de son maĂźtre, la servante de sa maĂźtresse, le disciple de son prĂ©cepteur, l’ami de son ami, le mari de sa femme, l’hĂŽte de son hĂŽte, le camarade de son camarade. Il est donc nĂ©cessaire que tout cela se trompe, se flatte, use de complaisance ; en rĂ©sumĂ©, qu’ils se frottent rĂ©ciproquement du miel de la folie.

And now you’d think I had said all, but you shall hear yet greater things.

VoilĂ  certes de bien belles choses, mais vous allez entendre mieux encore.

XXII

XXII

Will he, I pray, love anyone that hates himself?

Dites-moi, je vous prie, peut-on aimer quelqu’un lorsqu’on se hait soi-mĂȘme ?

Or ever agree with another who is not at peace with himself?

Peut-on ĂȘtre d’accord avec les autres lorsque dĂ©jĂ  on ne l’est pas avec soi ?

Or beget pleasure in another that is troublesome to himself?

Peut-on apporter de l’agrĂ©ment Ă  personne quand on est ennuyĂ© et fatiguĂ© de sa propre existence ?

I think no one will say it that is not more foolish than Folly.

Pour soutenir pareille thĂšse, il faudrait ĂȘtre plus fou que la Folie !

And yet, if you should exclude me, there’s no man but would be so far from enduring another that he would stink in his own nostrils, be nauseated with his own actions, and himself become odious to himself;

Donc, si on m’exilait de ce monde, bien loin de pouvoir supporter les autres, chacun serait Ă  charge Ă  soi-mĂȘme et serait Ă  ses propres yeux un objet de haine.

forasmuch as Nature, in too many things rather a stepdame than a parent to us, has imprinted that evil in men, especially such as have least judgment, that everyone repents him of his own condition and admires that of others.

Car la nature, plus souvent marĂątre que mĂšre, a disposĂ© ainsi les esprits des mortels, surtout des mieux douĂ©s, qu’ils mĂ©prisent ce qu’ils possĂšdent pour envier ce qu’ont les autres.

Whence it comes to pass that all her gifts, elegancy, and graces corrupt and perish.

D’oĂč il arrive que tous les avantages, tous les agrĂ©ments et les charmes de la vie s’altĂšrent et se dĂ©truisent.

For what benefit is beauty, the greatest blessing of heaven, if it be mixed with affectation?

À quoi servirait, par exemple, la beautĂ©, ce prĂ©sent unique peut-ĂȘtre des dieux, si celui Ă  qui elle est Ă©chue en partage n’en jouissait pas tout le premier ?

What youth, if corrupted with the severity of old age?

À quoi servirait la jeunesse, si elle Ă©tait dĂ©parĂ©e par l’humeur chagrine de la vieillesse ?

Lastly, what is that in the whole business of a man’s life he can do with any grace to himself or others—for it is not so much a thing of art, as the very life of every action, that it be done with a good mien—unless this my friend and companion, Self-love, be present with it? Nor does she without cause supply me the place of a sister, since her whole endeavors are to act my part everywhere.

Songez donc que dans la vie, soit dans son for intĂ©rieur, soit dans ses rapports avec son prochain, l’homme ne peut rien faire de beau (car le beau est la chose capitale, non-seulement en fait de beaux-arts, mais en toutes choses), s’il ne s’inspire de Philautie (l’amour-propre) qui siĂ©ge Ă  ma droite et que je puis bien nommer ma sƓur, tant elle me supplĂ©e presque en tous points !

For what is more foolish than for a man to study nothing else than how to please himself? To make himself the object of his own admiration?

Il faut bien que je vous le dise, il n’y a rien de plus fou que de se plaire Ă  soi-mĂȘme et de s’admirer ;

And yet, what is there that is either delightful or taking, nay rather what not the contrary, that a man does against the hair?

mais cependant on ne peut rien faire de beau si on ne se laisse aller Ă  ce sentiment.

Take away this salt of life, and the orator may even sit still with his action, the musician with all his division will be able to please no man, the player be hissed off the stage, the poet and all his Muses ridiculous, the painter with his art contemptible, and the physician with all his slip-slops go a-begging.

Retranchez ce stimulant de l’amour-propre, l’orateur devient glacial, le musicien ne charme plus l’oreille, l’acteur nĂ©glige son jeu et ne recueille que des sifflets, le poĂ«te et sa muse ne sont plus que matiĂšres Ă  plaisanteries, le peintre et son art ne mĂ©ritent plus que le mĂ©pris, et le mĂ©decin meurt de faim au milieu de ses remĂšdes.

Lastly, you will be taken for an ugly fellow instead of youthful, and a beast instead of a wise man, a child instead of eloquent, and instead of a well-bred man, a clown.

Sans l’amour-propre, le beau NĂ©rĂ©e et le hideux Thersite, Phaon le rajeuni et l’antique Nestor sont Ă©gaux ; sans l’amour-propre, impossible de distinguer le sot de l’homme d’esprit, le causeur agrĂ©able du lourdaud, le paysan de l’homme du monde.

So necessary a thing it is that everyone flatter himself and commend himself to himself before he can be commended by others.

Tant il est vrai que chacun doit se caresser soi-mĂȘme et se donner son propre suffrage avant de prĂ©tendre Ă  celui des autres.

Lastly, since it is the chief point of happiness “that a man is willing to be what he is,” you have further abridged in this my Self-love, that no man is ashamed of his own face, no man of his own wit, no man of his own parentage, no man of his own house, no man of his manner of living, nor any man of his own country; so that a Highlander has no desire to change with an Italian, a Thracian with an Athenian, nor a Scythian for the Fortunate Islands.

C’est un grand point pour ĂȘtre heureux, qu’on soit ce que l’on veut ĂȘtre, et c’est Ă  ma sƓur Philautie (l’amour-propre) qu’on est redevable de cet avantage ; c’est elle qui rend tout le monde satisfait de son physique, de son esprit, de sa naissance, de sa condition, de ses mƓurs et de sa patrie. Si bien que l’Irlandais ne voudrait pas changer avec l’Italien, le Thrace avec l’AthĂ©nien, le Scythe avec l’habitant des Îles FortunĂ©es.

O the singular care of Nature, that in so great a variety of things has made all equal!

Admirable sollicitude de la nature qui, dans une telle diversitĂ© de choses, parvient Ă  mettre l’égalitĂ© !

Where she has been sometimes sparing of her gifts she has recompensed it with the more of self-love; though here, I must confess, I speak foolishly, it being the greatest of all other her gifts:

Si elle refuse à l’un quelques-uns de ses dons, à celui-là elle accorde un grain en plus de Philautie. Mais, je suis bien folle de dire qu’elle lui refuse quelque don, puisqu’elle lui en accorde un qui les renferme tous !

to say nothing that no great action was ever attempted without my motion, or art brought to perfection without my help.

Je veux aller plus loin, je veux vous prouver qu’il n’y a pas d’actions d’éclat que je n’inspire, pas d’arts ni de sciences que je n’aie pour ainsi dire créés.

XXIII

XXIII

Is not war the very root and matter of all famed enterprises? And yet what more foolish than to undertake it for I know what trifles, especially when both parties are sure to lose more than they get by the bargain?

La guerre n’est-elle pas le théùtre des actions les plus vantĂ©es, le champ oĂč croissent les lauriers ? Et cependant, trouvez-moi rien de plus fou que de s’engager, sans trop savoir pourquoi, la plupart du temps, dans des entreprises de cette sorte, qui toujours apportent aux deux partis plus de maux que de biens.

For of those that are slain, not a word of them; and for the rest,

Ceux qui tombent on n’en parle pas, comme jadis Ă  MĂ©gare.

when both sides are close engaged “and the trumpets make an ugly noise,” what use of those wise men, I pray, that are so exhausted with study that their thin, cold blood has scarce any spirits left? No, it must be those blunt, fat fellows, that by how much the more they exceed in courage, fall short in understanding.

Lorsque deux armĂ©es sont en prĂ©sence, lorsque le clairon retentit, Ă  quoi pourraient ĂȘtre bons ces philosophes extĂ©nuĂ©s par l’étude et puisant Ă  peine un souffle de vie dans un sang refroidi ? Ce qu’il faut alors, ce sont des gars bien nourris et robustes, animĂ©s d’autant plus de courage qu’ils ont moins de bon sens.

Unless perhaps one had rather choose Demosthenes for a soldier, who, following the example of Archilochius, threw away his arms and betook him to his heels e’er he had scarce seen his enemy; as ill a soldier, as happy an orator.

À moins qu’on ne veuille se contenter de guerriers de la force de DĂ©mosthĂšne, qui, selon le conseil d’Archiloque, jeta son bouclier Ă  la vue de l’ennemi, et se montra aussi pitoyable soldat qu’il Ă©tait excellent orateur.

But counsel, you’ll say, is not of least concern in matters of war.

L’intelligence, pourra-t-on m’objecter, trouve aussi sa place à la guerre ;

In a general I grant it; but this thing of warring is not part of philosophy, but managed by parasites, panders, thieves, cut-throats, plowmen, sots, spendthrifts, and such other dregs of mankind, not philosophers;

je n’en disconviens pas, quant au gĂ©nĂ©ral ; encore est-ce une intelligence militaire et non pas philosophique qu’il lui faut ; quant au reste, les parasites, les proxĂ©nĂštes, les paysans, les imbĂ©ciles, les gueux, en un mot ce que l’on appelle la lie du peuple, suffit amplement pour cueillir les lauriers de la victoire, lauriers auxquels ne pourraient prĂ©tendre les philosophes les plus illuminĂ©s.

XXIV

XXIV

who how unapt they are even for common converse, let Socrates, whom the oracle of Apollo, though not so wisely, judged “the wisest of all men living,” be witness; who stepping up to speak somewhat, I know not what, in public was forced to come down again well laughed at for his pains. Though yet in this he was not altogether a fool, that he refused the appellation of wise, and returning it back to the oracle, delivered his opinion that a wise man should abstain from meddling with public business; unless perhaps he should have rather admonished us to beware of wisdom if we intended to be reckoned among the number of men,

Il est facile de juger Ă  quel point les philosophes sont inaptes aux choses de la vie par l’exemple de Socrate ; ce sage unique au dire peu sage de l’oracle d’Apollon, lequel, obligĂ© Ă  traiter en public je ne sais quelle affaire, s’en tira si mal qu’il emporta les huĂ©es de tout son auditoire. Force nous est bien pourtant d’avouer que Socrate n’était pas dĂ©jĂ  tant fou lorsqu’il refusait le titre de sage pour l’attribuer Ă  Dieu seul, ou lorsqu’il recommandait au philosophe de se tenir Ă©loignĂ© de la politique ; bien qu’il eĂ»t mieux fait au fond d’enseigner qu’on doit s’abstenir de la sagesse, lorsqu’on veut vĂ©ritablement compter parmi les hommes.

there being nothing but his wisdom that first accused and afterwards sentenced him to the drinking of his poisoned cup.

La cause de sa condamnation à boire la ciguë est-elle autre chose que son excÚs de sagesse ?

For while, as you find him in Aristophanes, philosophizing about clouds and ideas, measuring how far a flea could leap, and admiring that so small a creature as a fly should make so great a buzz, he meddled not with anything that concerned common life.

Au lieu de philosopher sur les nuages et les idĂ©es, au lieu de mesurer le pas d’une puce et d’admirer le bourdonnement d’une mouche, que n’a-t-il appris ce qui est nĂ©cessaire au commerce de la vie ? il eĂ»t Ă©vitĂ© son sort. Et Platon, ce cĂ©lĂšbre disciple de Socrate, comment a-t-il dĂ©fendu la vie de son maĂźtre ? Le bel avocat vraiment ! le bruit de la foule l’ahurit, et c’est Ă  peine s’il peut achever sa premiĂšre pĂ©riode.

But his master being in danger of his head, his scholar Plato is at hand, to wit that famous patron, that being disturbed with the noise of the people, could not go through half his first sentence.

Que dire encore de Théophraste,

What should I speak of Theophrastus,

lui qui s’avança un jour dans une assemblĂ©e pour y prendre la parole, et resta coi comme en face d’un loup. Ce gaillard-lĂ  n’était-il pas bien propre Ă  exciter le courage des soldats au fort de la bataille ?

who being about to make an oration, became as dumb as if he had met a wolf in his way, which yet would have put courage in a man of war? Or Isocrates, that was so cowhearted that he dared never attempt it?

Parlez-moi encore d’Isocrate, si timide, qu’il n’osa jamais ouvrir la bouche en public ; ou bien de CicĂ©ron, ce pĂšre de l’éloquence romaine, qui tremblait et bĂ©gayait comme un enfant Ă  chaque exorde de ses discours.

Or Tully, that great founder of the Roman eloquence, that could never begin to speak without an odd kind of trembling, like a boy that had got the hiccough; which Fabius interprets as an argument of a wise orator and one that was sensible of what he was doing;

Il est vrai que Fabius regarde cette timiditĂ© comme la marque d’un orateur intelligent et qui connaĂźt le danger.

and while he says it, does he not plainly confess that wisdom is a great obstacle to the true management of business?

Mais parler ainsi n’est-ce pas prĂ©cisĂ©ment reconnaĂźtre que la sagesse est un obstacle Ă  bien faire ?

What would become of them, think you, were they to fight it out at blows that are so dead through fear when the contest is only with empty words?

Que serait-il advenu de ces philosophes, s’il eĂ»t fallu qu’ils s’escrimassent pour tout de bon avec le fer, eux qui s’évanouissaient dĂ©jĂ  de peur Ă  l’idĂ©e de se battre Ă  coups de langue ?

And next to these is cried up, forsooth, that goodly sentence of Plato’s, “Happy is that commonwealth where a philosopher is prince, or whose prince is addicted to philosophy.”

Malgré ce, Dieu sait comme on fait sonner le mot célÚbre de Platon : Heureux seraient les peuples si les rois étaient philosophes, ou si les philosophes étaient rois !

When yet if you consult historians, you’ll find no princes more pestilent to the commonwealth than where the empire has fallen to some smatterer in philosophy or one given to letters.

Interrogez l’histoire, vous resterez convaincus que les États pĂątirent toutes les fois que le pouvoir a Ă©tĂ© entre les mains d’un philosophe ou d’un homme de lettres.

To the truth of which I think the Catoes give sufficient credit; of whom the one was ever disturbing the peace of the commonwealth with his hair-brained accusations; the other, while he too wisely vindicated its liberty, quite overthrew it.

L’exemple des deux Caton, si je ne me trompe, est bien suffisant pour le prouver. L’un troubla la RĂ©publique par ses accusations inopportunes, l’autre prĂ©cipita la ruine de la libertĂ© en mettant trop de zĂšle Ă  la dĂ©fendre.

Add to this the Bruti, Casii, nay Cicero himself, that was no less pernicious to the commonwealth of Rome than was Demosthenes to that of Athens.

Il en a Ă©tĂ© ainsi des Brutus, des Cassius, des Gracques et de CicĂ©ron lui-mĂȘme, qui ne fut pas moins funeste Ă  Rome que DĂ©mosthĂšne ne l’avait Ă©tĂ© Ă  AthĂšnes.

Besides M. Antoninus (that I may give you one instance that there was once one good emperor; for with much ado I can make it out) was become burdensome and hated of his subjects upon no other score but that he was so great a philosopher.

J’admets, pour un instant, qu’Antonin fut un bon empereur, bien qu’on pourrait le contester, puisque son titre de sage l’avait rendu insupportable et odieux aux citoyens ; mais tout en le tenant pour bon, on ne peut mettre en balance les avantages de son rĂšgne avec les maux qu’il a causĂ©s, en laissant un fils comme Commode.

But admitting him good, he did the commonwealth more hurt in leaving behind him such a son as he did than ever he did it good by his own government.

D’ailleurs, si tous ceux qui s’adonnent Ă  la philosophie rĂ©ussissent peu aux choses du monde, il est notoire qu’ils Ă©chouent complĂ©tement quand il s’agit de procrĂ©ation.

For these kind of men that are so given up to the study of wisdom are generally most unfortunate, but chiefly in their children; Nature, it seems, so providently ordering it, lest this mischief of wisdom should spread further among mankind.

En cela, il faut le dire, la nature a montrĂ© sa prudence, car elle a empĂȘchĂ© par ce moyen la lĂšpre de la sagesse d’envahir l’espĂšce humaine.

For which reason it is manifest why Cicero’s son was so degenerate, and that wise Socrates’ children, as one has well observed, were more like their mother than their father, that is to say, fools.

CicĂ©ron avait un fils complĂ©tement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, et les enfants du sage Socrate tenaient plus de leur mĂšre Xantipe que de lui ; c’est-Ă -dire, comme on l’a justement fait remarquer, qu’ils Ă©taient passablement fous.

XXV

XXV

However this were to be born with, if only as to public employments they were “like a sow upon a pair of organs,” were they anything more apt to discharge even the common offices of life.

On passerait encore aux philosophes d’exercer les charges publiques comme les Ăąnes jouent de la lyre, s’ils Ă©taient du moins bons Ă  quelque chose dans la vie privĂ©e.

Invite a wise man to a feast and he’ll spoil the company, either with morose silence or troublesome disputes.

Mais menez un philosophe au milieu d’un festin ; son silence, sa tristesse ou ses questions saugrenues troubleront aussitĂŽt la fĂȘte ;

Take him out to dance, and you’ll swear “a cow would have done it better.”

faites-le danser, il dĂ©ploiera les grĂąces d’un chameau ;

Bring him to the theatre, and his very looks are enough to spoil all, till like Cato he take an occasion of withdrawing rather than put off his supercilious gravity.

si vous parvenez Ă  l’entraĂźner Ă  un spectacle, son seul aspect glacera les plaisirs de la foule, et, comme l’austĂšre Caton, on le priera de quitter le théùtre puisqu’il ne peut quitter pour une heure son air grave et sĂ©vĂšre.

Let him fall into discourse, and he shall make more sudden stops than if he had a wolf before him.

Qu’il tombe au milieu d’une conversation, c’est un loup dans une bergerie, personne n’ose plus souffler mot.

Let him buy, or sell, or in short go about any of those things without there is no living in this world, and you’ll say this piece of wisdom were rather a stock than a man, of so little use is he to himself, country, or friends;

S’agit-il d’acheter, de faire un acte quelconque, une de ces mille nĂ©gociations que veut le commerce journalier de la vie, notre philosophe n’est plus un homme, c’est une souche.

and all because he is wholly ignorant of common things and lives a course of life quite different from the people;

Bref, lui-mĂȘme, ses parents et les siens n’ont rien Ă  attendre d’un pareil ĂȘtre ; parce qu’il est inhabile Ă  toutes choses, et qu’il se tient Ă©loignĂ© des opinions et des coutumes ordinaires.

by which means it is impossible but that he contract a popular odium, to wit, by reason of the great diversity of their life and souls. For what is there at all done among men that is not full of folly, and that too from fools and to fools?

Une telle diffĂ©rence de mƓurs le rend, on le comprend, odieux Ă  tout le monde. Car, retenez-le bien, tout ce qui se fait ici-bas entre les mortels est essentiellement fou, et fait par des fous pour des fous.

Against which universal practice if any single one shall dare to set up his throat, my advice to him is, that following the example of Timon, he retire into some desert and there enjoy his wisdom to himself.

Qui veut seul s’opposer à l’entraünement universel, n’a selon moi pour ressource que de suivre l’exemple de Timon le Misanthrope, et d’aller jouir dans quelque solitude profonde de sa tant belle sagesse.

XXVI

XXVI

But, to return to my design, what power was it that drew those stony, oaken, and wild people into cities but flattery?

Pour en revenir Ă  notre sujet, quelle force a pu rassembler en citĂ©s l’espĂšce humaine encore sauvage, cruelle et ignorante ? N’est-ce pas la flatterie ?

For nothing else is signified by Amphion and Orpheus’ harp.

C’est lĂ  le vĂ©ritable sens des mythes de la lyre d’Amphion et d’OrphĂ©e. — Remarquez bien ceci. —

What was it that, when the common people of Rome were like to have destroyed all by their mutiny, reduced them to obedience?

Comment la plĂšbe de Rome, lorsqu’elle voulait se porter Ă  toutes extrĂ©mitĂ©s, fut-elle ramenĂ©e au calme ?

Was it a philosophical oration?

Est-ce par une exhortation philosophique ?

Least.

Point du tout.

But a ridiculous and childish fable of the belly and the rest of the members.

Il a suffi pour cela d’un apologue puĂ©ril et ridicule, oĂč il Ă©tait question de membres et de ventre.

And as good success had Themistocles in his of the fox and hedgehog.

ThĂ©mistocle produisit le mĂȘme effet avec la fable du Renard et du HĂ©risson.

What wise man’s oration could ever have done so much with the people as Sertorius’ invention of his white hind? Or his ridiculous emblem of pulling off a horse’s tail hair by hair? Or as Lycurgus his example of his two whelps?

Toute l’éloquence philosophique aurait Ă©chouĂ© oĂč Sertorius a rĂ©ussi avec la fable de la Biche, avec celle des Deux chiens, dĂ©jĂ  employĂ©e en pareil cas par Lycurgue, ou bien encore la fameuse histoire des Queues de chevaux Ă©pilĂ©es.

To say nothing of Minos and Numa, both which ruled their foolish multitudes with fabulous inventions;

Je ne veux rien dire de Minos et de Numa qui gouvernùrent si facilement la folle multitude avec leurs contes en l’air.

with which kind of toys that great and powerful beast, the people, are led anyway.

Il suffit de pareilles niaiseries pour remuer profondĂ©ment cette Ă©norme et puissante bĂȘte qu’on appelle le peuple.

XXVII

XXVII

Again what city ever received Plato’s or Aristotle’s laws, or Socrates’ precepts? But, on the contrary, what made the Decii devote themselves to the infernal gods, or Q. Curtius to leap into the gulf, but an empty vainglory, a most bewitching siren? And yet ’tis strange it should be so condemned by those wise philosophers.

Citez-moi donc une ville qui ait jamais adoptĂ© les lois de Platon ou d’Aristote ou les maximes de Socrate. Qui a inspirĂ© aux DĂ©cius de se sacrifier pour le salut de leur patrie ? qui a entraĂźnĂ© Curtius vers le gouffre, si ce n’est la gloriole, cette douce syrĂšne que conspuent si bien nos philosophes.

For what is more foolish, say they, than for a suppliant suitor to flatter the people, to buy their favor with gifts, to court the applauses of so many fools, to please himself with their acclamations, to be carried on the people’s shoulders as in triumph, and have a brazen statue in the marketplace?

Écoutez-les, ces sages. — Quoi de plus fou, vous diront-ils, que de flatter lĂąchement le peuple pour poser sa candidature aux honneurs, que d’acheter ses faveurs par des profusions, de se complaire Ă  ses acclamations vĂ©nales, de se donner triomphalement en spectacle comme une idole ou de se planter au beau milieu du Forum comme une statue d’airain ?

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